@david-franklin/stock.adobe.com
Il prescrivait du fentanyl "comme du Doliprane" : trois ans de prison requis contre un généraliste
Un médecin girondin de 69 ans comparaissait lundi à Bordeaux pour de très nombreuses prescriptions hors AMM de fentanyl indument remboursées par l'assurance maladie.
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L'enquête débute en 2023. A La Réole, en Gironde, la gendarmerie a vent d'un couple qui se vante de pouvoir se procurer facilement du fentanyl auprès d'un généraliste. Agé de 69 ans, le praticien comparaissait ce lundi 30 mars devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour "prescription non conforme d'un médicament classé comme stupéfiant", "aide au mésusage ou à l'abus de médicament", "mise en danger d'autrui" et "escroquerie au préjudice des caisses d'assurance maladie".
Il est notamment reproché à ce médecin de très nombreuses prescriptions hors AMM (non mentionnées comme telles sur l'ordonnance) de fentanyl, pour certaines à des patients non cancéreux et à de très fortes doses. Le couple à l'origine de l'affaire s'est ainsi vu prescrire plus de 5400 doses en trois ans, soit en moyenne, 35 à 40 doses journalières. "Ils sont devenus toxicomanes. Et pendant des années, ils ont pu avoir des stupéfiants aux frais de la Sécurité sociale", a chargé la procureure de la République, Marie-Noëlle Courtiau-Duterrier. La CPAM a chiffré l'indu à 815 000 euros.
Parmi les ordonnances délivrées par le médecin entre 2022 et 2024, la prescription de ce produit arrive ainsi en deuxième position, en nombre de boîtes prescrites, derrière le paracétamol. "Il prescrit de l'Instanyl comme du Doliprane", a résumé le ministère public. Les enquêteurs n'ont toutefois pas établi que le praticien avait alimenté, par ses pratiques, un trafic de stupéfiants, ni bénéficié d'enrichissement personnel.
Le généraliste se distingue également par ses nombreuses prescriptions de bons de transport -34 fois plus élevée que ses confrères du secteur – et d'arrêts de travail, à une patientèle parfois très éloignée de la commune, voire séjournant à l'étranger. Le praticien jouissait d'une grande popularité auprès de la population locale, qui a cotisé pour lui acheter une voiture afin d'effectuer ses tournées, et pour payer ses frais d'avocat. "Il attire une certaine clientèle car la rumeur dit qu'il fait ce que le patient demande et que chez lui, on peut obtenir ce que l'on veut", a taclé Me Biais, l'avocat de l'ordre. Consultant habituellement de 17 heures à 3 heures du matin, le généraliste aurait également facturé 3000 majorations pour heures de nuit à la CPAM.
"Personne ne se met à la place des médecins généralistes, s'est défendu le médecin à la barre. Quand on est face à cette misère médicale, pas seulement sociale, il faut trouver des solutions", a-t-il temporisé. "On a dit que j'étais à la tête d'un trafic et que mes patients étaient des junkies. C'est faux. Je réponds seulement à leurs souffrances", a-t-il plaidé. S'il prescrivait du fentanyl, c'était pour traiter "des douleurs chroniques invalidantes et résistantes aux traitements antérieurs. Face à ces échecs thérapeutiques, à chaque fois je réévaluais."
Déjà sanctionné par l'Ordre pour des prescriptions de Subutex ou des certificats de complaisance, le généraliste a été interdit d'exercer depuis son placement en contrôle judiciaire. Le parquet a requis à son encontre 3 ans de prison, dont un an ferme, une interdiction définitive d'exercer la médecine. Le jugement sera rendu le 11 mai.
[avec AFP, Sudouest.fr et francebleu.fr]
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