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"Né sous Vichy" : quand le sombre passé de l’Ordre des médecins resurgit

dans la politique d'exclusion des praticiens juifs et, plus largement, des étrangers, montre Bruno Halioua dans son ouvrage. Il a non seulement été l'instrument de l'Etat français en la matière, mais il a également "aidé à légitimer le principe de l'épuration", analyse l'historien Robert Paxton dans son ouvrage de référence sur l'Occupation, La France de Vichy, publié en 1972.

Dès l'été 1940 en effet, de son propre chef, le régime de Vichy promulgue des lois nationalistes : la loi du 16 août limite l'accès à l'exercice de la médecine aux praticiens français, nés de père français ou naturalisés avant 1927. Des dérogations sont accordées, en faveur des médecins qui ont honoré la patrie (par leurs recherches, par l'exemple) ou des anciens combattants. A l'Ordre de vérifier ces conditions et d'examiner les demandes de dérogation.

Comme le souligne Bruno Halioua dans son ouvrage, "cette législation n'est que l'aboutissement des multiples pressions que le corps médical et en particulier les syndicats médicaux ont exercé sur tous les Gouvernements de la fin de la IIIe République et, pour finir, sur le régime de Vichy". Elle n'entraine d'ailleurs "aucune protestation" au sein de la profession. Au contraire.

Car dans les années 1920 et 1930, les voix se sont multipliées pour dénoncer "l'encombrement médical" par les "médecins métèques". Le premier trimestre de l'année 1935 est marqué par les grèves et manifestations des étudiants en médecine contre les 24% d'étudiants étrangers qui sont accusés d'accaparer les places dans les facultés de médecine et aux concours hospitaliers. "La France aux Français !", scandent alors les carabins, rejoints par les étudiants de la fac de droit (dont le jeune François Mitterrand).

 

Sont tout particulièrement visés les Juifs des pays de l'Est (Roumanie, Pologne, Russie) qui, pour échapper au numerus clausus en vigueur dans leur pays d'origine, sont venus en France pour apprendre la médecine… et y sont restés pour l'exercer. Jugés responsables de la "pléthore médicale", ils sont accusés par le Dr Paul Cibrié, président de la CSMF, de "vendre la médecine comme on vend des tapis aux terrasses".

Xénophobie et antisémitisme étant intimement liés, la législation de Vichy a tôt fait d'exclure de la profession les médecins français de "race juive"**, toujours dans une relative indifférence de leurs confrères : le 3 octobre 1940, la loi portant statut des Juifs leur ferme l'accès à fonction publique et à l'enseignement ; rares sont les "grands patrons", tel Robert Debré, qui bénéficient de dérogations. Le 2 juin 1941, le second statut des Juifs verrouille l'accès aux professions libérales...

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