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Violences envers les soignants : "Pour l'instant la loi Pradal est seulement décorative"

À l'occasion de la Journée européenne de lutte contre les violences faites aux soignants, le collectif du 12 mars a envoyé une "piqûre de rappel" aux pouvoirs publics. Il réclame la publication immédiate des décrets relatifs à la loi Pradal.

12/03/2026 Par Louise Claereboudt
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Après la mobilisation d'il y a un an, qui a bénéficié d'un "écho médiatique" important, le collectif du 12 mars a de nouveau donné rendez-vous à la presse, ce jeudi, à l'occasion de la Journée européenne de lutte contre les violences faites aux soignants. "Nous revenons faire une piqûre de rappel pour relancer les défenses du corps soignant dans sa globalité", a déclaré le Dr Martin Terdjman, président du SML des Bouches-du-Rhône et membre du collectif.

Si le Parlement a en effet renforcé les sanctions pénales encourues par les auteurs d'agressions et de violences à l'encontre des soignants en votant la loi Pradal, les décrets d'application se font toujours attendre huit mois après sa promulgation. "Il est important de continuer à se battre pour obtenir la publication des décrets d'application de l'ensemble des articles de cette loi pour qu'elle serve à quelque chose, a insisté le médecin libéral retraité. Pour l'instant, elle est plutôt décorative."

"Seul l'article 5 de cette loi a vu son décret d'application [paraître]", a précisé Martin Terdjman. Cet article permet à l'employeur d'un soignant salarié de déposer plainte pour le compte de celui-ci. Pour les libéraux, les ordres ou les unions régionales de professionnels de santé (URPS) peuvent aussi porter plainte pour le compte des médecins, dentistes, sages-femmes, pharmaciens, infirmières, kinés, pédicures-podologues "qui en font expressément la demande".

Cela devrait permettre une "augmentation du nombre de plaintes", espère Martin Terdjman. Mais sans la publication des autres décrets d'application, cette "loi cadre" ne pourra pas produire les effets escomptés.

Les violences envers les professionnels de santé continuent pourtant d'augmenter. En 2025, 21 000 faits de violence ont été signalés dans les établissements de santé, soit 7% de plus qu'en 2024, selon l'Observatoire national des violences en santé (ONVS). "Ça fait 60 actes [de violence] par jour", calcule le Dr Jean-Marc Bensoussan, membre de Médecins pour demain, qui précise que ces données sont sous-estimées. "Toutes les professions sont concernées", ajoute Martin Terdjman. Soignants salariés ou libéraux, mais aussi secrétaires et assistants médicaux, "en première ligne dans nos cabinets".

"On veut que les gens ne considèrent pas le soignant comme un punching-ball"

"Il y a une prise de conscience des politiques, aujourd'hui on attend qu'ils passent à l'action", a lancé le Dr Saïd Ouichou, médecin généraliste marseillais et fondateur du collectif du 12 mars. "Cette loi [Pradal] doit absolument être appliquée pour enfin prendre au sérieux ce phénomène qui touche toute la société", a-t-il poursuivi, déplorant "un sentiment d'impunité chez les agresseurs et un sentiment d'abandon chez les soignants". "On veut que les gens ne considèrent pas le médecin, le soignant, comme un punching-ball", a insisté Saïd Ouichou.

"Un soignant, c'est précieux parce qu'il reçoit toute la détresse des concitoyens et parce qu'il a fallu du temps pour le former. Il est un des ciments de l'unité nationale. Lui porter des coups, c'est encore moins de cohésion sociale", a estimé Emilie Dupart, infirmière membre du collectif Santé en danger. L'infirmière libérale espère que les institutions vont "s'emparer" pleinement du sujet des violences (physiques, morales et institutionnelles". Car "là en jeu clairement, c'est l'accès aux soins". "On manque de professionnels de santé. Ceux qui sont sur le terrain sont submergés de travail. Si on [les] agresse, in fine, il n'en restera plus…"

"Si [les pouvoirs publics] restent immobiles, inactifs, à un moment donné il va falloir rendre compte aux Français", a prévenu Saïd Ouichou.

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