Pascale Mathieu lors des vœux du Cnomk le 20 janvier 2026. Crédit : Louise Claereboudt
"Les professionnels qui défendent la démarche scientifique doivent être protégés" : les vœux engagés de la présidente de l'Ordre des kinés
À l'occasion de la cérémonie des vœux de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, ce mardi 20 janvier, sa présidente a appelé l'ensemble des professions et des acteurs de la santé à "affirmer publiquement [leurs] valeurs" pour lutter contre l'obscurantisme et les propos haineux qui prolifèrent, sur les réseaux sociaux mais aussi dans les cabinets.
Pascale Mathieu lors des vœux du Cnomk le 20 janvier 2026. Crédit : Louise Claereboudt
"J'ai souhaité que ce moment soit plus politique et plus citoyen que des vœux traditionnels", a déclaré Pascale Mathieu, lors des vœux de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, ce mardi, au siège de l'institution. Une cérémonie à laquelle étaient présents de nombreux acteurs du monde de la santé, dont l'ancienne locataire de l'avenue de Ségur Agnès Buzyn, la Directrice générale de l'offre de soins Marie Daudé, le président de la Haute Autorité de santé Lionel Collet, ainsi que plusieurs parlementaires. Stéphanie Rist n'a quant à elle pas pu honorer sa présence, étant retenue au Sénat dans le cadre de l'examen des propositions de loi sur la fin de vie.
Face à cette assemblée, la présidente du CNOMK a souhaité s'exprimer dans un style "un peu moins convenu" que "celui qu'impose habituellement le protocole républicain". "Il y a quelques semaines, je me suis exprimée […] en soutien d'un médecin, chef du service des urgences de Saint-Denis, violemment pris à parti pour avoir défendu la vaccination contre la grippe", a-t-elle expliqué, en référence au Dr Mathias Wargon qui, après avoir pris position pour la vaccination obligatoire des plus de 65 ans, s'est attiré les foudres de plusieurs comptes sur le réseau social X, de l'extrême droite à l'extrême gauche, en passant par les antivax.
Face à ces attaques, Pascale Mathieu a souhaité répondre en publiant un post sur la même plateforme, écrivant que Mathias Wargon "était pour moi l'homme de l'année 2025" car il a "toujours [été] en première ligne pour défendre la vérité scientifique, depuis la tribune du Figaro sur l'homéopathie jusqu'à la crise Covid". Ce qui a valu à la présidente de l'Ordre des kinés un flot "d'insultes et de messages". "Ça ne m'affecte pas du tout, mais ce qui m'a davantage interpellée, c'est le message d'un kinésithérapeute me disant : 'Quel rapport avec votre rôle […], occupez-vous plutôt de nous'", a-t-elle confié. Et d'ajouter : "C'est parce qu'il m'a dit ça que je m'exprime ainsi ce soir."
"Chacun d'entre nous ici n'est pas seulement médecin, conseiller d'Etat, avocat, kinésithérapeute, pharmacien, haut fonctionnaire ou président d'institution. Nous sommes aussi des citoyens engagés, libres et autonomes, ancrés dans la Cité, avec le devoir de défendre nos convictions, lorsque des propos haineux, discriminatoires ou indignes sont tenus" sur les réseaux sociaux comme "dans nos cabinets", a poursuivi Pascale Mathieu. "Nous avons collectivement le devoir de ne pas laisser ces paroles prospérer, c'est un enjeu démocratique majeur", a estimé la présidente du CNOMK, appelant les acteurs de la santé à "affirmer publiquement [leurs] valeurs" et à lutter contre l'obscurantisme.
"La lutte contre la désinformation en santé", qui "n'épargne aucune profession", nécessite "un plan ambitieux", a soutenu la présidente, qui a contribué au rapport sur le sujet remis à Stéphanie Rist la semaine dernière. "Les tentatives d'infiltration, y compris au plus haut niveau de l'Etat, par des promoteurs de pratiques non éprouvées voire charlatanesques sont multiples", a-t-elle mis en garde. "Les tentatives d'intimidation doivent [cesser], les professionnels qui défendent la démarche scientifique doivent être protégés", a plaidé Pascale Mathieu. Et de rappeler que "l'engagement de l'Ordre dans la promotion de la démarche scientifique est ancien et constant".
Après avoir consacré la moitié de son discours à ce "combat" qui "[lui] tient particulièrement à cœur", Pascale Mathieu a énuméré les autres priorités de l'Ordre pour l'année à venir : "aller plus loin dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes" en faisant en sorte qu'un professionnel "définitivement sanctionné pour des faits graves à caractère sexuel" ne soit "plus jamais" autorisé à exercer ; aller plus, aussi, dans "l'universitarisation" de la profession en soutenant la création de "postes universitaires" pour les kinésithérapeutes ; mais aussi "mettre fin à la prolifération d'instituts privés" en augmentant les capacités de formation "à coût universitaire".
S'agissant de la formation, le CNOMK a mené une "bataille juridique" contre une formation à distance établie à Malte "sans enseignements pratiques". L'institution a récemment obtenu une première victoire significative avec la suspension d'agréments pour deux kinés diplômés de cette école par le Conseil d'Etat. "Cela ne doit plus se reproduire", a insisté Pascale Mathieu. "Nous avons besoin de l'appui constant de l'Etat pour garantir la qualité de la prise en charge des patients", a-t-elle insisté, se réjouissant de la "remarquable collaboration" avec le cabinet de Stéphanie Rist et la DGOS, qui "va nous permettre d'améliorer la gestion des dossiers des diplômés européens".
"La porte d'entrée n'est pas forcément le médecin, notamment s'il n'y en a pas"
Enfin, la présidente de l'Ordre des kinés a souhaité s'exprimer sur un autre sujet majeur, celui de l'accès aux soins. "La grève des médecins nous a prouvé que l'unité est importante. Nous avons compris leur émoi pour certains articles remettant en cause leur liberté de prescription ou l'équilibre des relations conventionnelles. Néanmoins, tout cela ne résout absolument pas la question de l'accès aux soins pour tous et en tout lieu", a-t-elle déclaré. Souhaitant se tourner "vers les solutions", Pascale Mathieu a appelé à s'appuyer davantage sur les autres professions de santé : kinés, infirmières, sages-femmes, pharmaciens… "La porte d'entrée [dans le soin] n'est pas forcément le médecin, notamment s'il n'y en a pas", a-t-elle affirmé, soulignant néanmoins l'importance d'adresser le patient vers un médecin si nécessaire.
"Généralisons l'accès direct, je ne vois pas d'autres solutions, a appelé Pascale Mathieu face à son auditoire. C'est le sens de l'histoire, c'est la demande constante de la profession, c'est une réalité dans de très nombreux pays." "Les études montrent que cet accès direct n'augmente ni les coûts ni les risques, et qu'il améliore l'accès aux soins", a-t-elle justifié, constatant que "les collaborations entre médecins et kinésithérapeutes sont déjà une réalité sur le terrain".
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