Fin de vie

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Aide à mourir : "Il y aura des plaintes contre les médecins", prédit un assureur

Deux mois après le vote de la loi instaurant un droit à l'aide à mourir, la MACSF dévoile les résultats d'un sondage révélant les inquiétudes des médecins et infirmières quant à sa mise en œuvre : pression des familles, charge émotionnelle de l'acte, risques de poursuites… 

23/09/2026 Par Aveline Marques
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En cas de sollicitation personnelle d'un patient pour l'aide à mourir, seuls 28% des médecins se disent prêts à prescrire le produit léthal et seuls 19% à l'administrer. C'est ce qui ressort d'un sondage mené par la MACSF auprès de 1775 sociétaires*, infirmiers et médecins, en amont de l'adoption de la loi instaurant un droit à l'aide à mourir, en juillet dernier. Si 72% des répondants accepteront de "recueillir la demande" et 73% d'"évaluer la situation" médicale du patient, qui conditionne l'accès à l'aide à mourir [voir encadré], moins de la moitié (40%) se disent prêts à "participer à la décision". 

Source : MACSF

Le sondage montre que les médecins se montrent globalement opposés (63%) à la loi, contrairement aux infirmiers qui se disent favorables à 71%. Les deux professions s'accordent néanmoins pour considérer que les conditions légales pour recourir à l'aide à mourir ne sont pas suffisamment précises (59% des infirmiers, 70% des médecins) et que la procédure n'est pas suffisamment collégiale (60% de l'ensemble). Si le médecin à qui la demande a été adressée doit réunir un collège professionnel composé d'au moins un médecin spécialiste de la pathologie et d'un auxiliaire médical ou aide-soignant, il est seul à prendre la décision. Il peut recueillir l'avis de la famille, mais ce n'est pas une obligation : 57% des répondants s'y montrent toutefois favorables.  

Aider un patient à mourir, est-ce toujours soigner ?

Les médecins interrogés redoutent en premier lieu de subir une pression des patients ou des familles (78%). Ils craignent également "la charge émotionnelle" liée à ces situations (64%) et le conflit avec leurs convictions (61%). "On voit bien que pour un professionnel de santé qui a prêté serment, qui s'est engagé à soigner, c'est un vrai débat éthique, c'est franchir un cap. Aider un patient à mourir, est-ce toujours soigner ?", relève le Dr Thierry Houselstein, directeur du comité médical de la MACSF. Pour 51% des répondants, la réponse est non. 

La qualification de l'aide à mourir comme un soin revêt une importance sur le plan de la responsabilité médicale : les professionnels de santé sont en effet tenus de s'assurer pour toute activité de soin, de prévention ou de diagnostic. Si la question n'est pas tranchée sur le plan légal, la MACSF annonce qu'elle assurera systématiquement les professionnels de santé qui participeront à l'aide à mourir, sans qu'une modification du contrat ne soit nécessaire. "Les professionnels de santé ont besoin d'être assistés et protégés dans ce nouveau cadre qui fait peur", relève Nicolas Gombault, directeur général délégué de la MACSF. 47% des médecins et 61% des infirmières redoutent en effet d'engager leur responsabilité juridique personnelle. 

Source : MACSF

L'assureur n'envisage pas de hausses tarifaires liées à cette nouvelle garantie à ce stade. "Evidemment, si on était submergés de recours et d'indemnisations à verser, on pourrait l'envisager mais on n'en est pas du tout là", avance Nicolas Gombault. L'assureur estime toutefois qu'il y aura "certainement du contentieux" sur le plan disciplinaire, voire pénal. 

Si seul le patient peut former un recours devant la justice administrative contre la décision du médecin, "tout le monde peut porter plainte devant le conseil de l'Ordre au motif qu'il a soit accepté, soit refusé l'aide à mourir, en faisant valoir qu'il a pas respecté la loi, le recueil du consentement, sa confirmation deux jours après...". Nicolas Gombault s'attend à voir "des recours de proches qui vont contester l'acceptation par le médecin en faisant valoir que les conditions n'étaient pas réunies". Les poursuites viendront sans doute également d'associations religieuses, mais "est-ce que l'intérêt à agir sera retenu par le magistrat ?". Enfin, '"le risque sur le plan corporel c'est que la procédure n'aboutisse pas et que l'état de santé en ressorte pire qu'avant l'acte". 

*45% d'infirmières, 22% de généralistes, 23% d'autres médecins spécialistes.

 

Conditions d'accès :

Pour accéder à l'aide à mourir, une personne doit remplir toutes les conditions suivantes : 
- Être âgée d'au moins dix-huit ans ; 
- Être de nationalité française ou résider de façon stable et régulière en France ; 
- Être atteinte d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée, caractérisée par l'entrée dans un processus irréversible marqué par l'aggravation de l'état de santé de la personne malade qui affecte sa qualité de vie, ou en phase terminale ; 
- Présenter une souffrance liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsque celle-ci a choisi de ne pas recevoir ou d'arrêter de recevoir un traitement. Une souffrance psychologique seule ne peut en aucun cas permettre de bénéficier de l'aide à mourir ; 
- Être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée. 

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La medecine esthetique,n est pas la medecine generale.L ordre ne pourra venir dire si il y a un accident de medecine esthétique, o... Lire plus

2 débatteurs en ligne2 en ligne
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alain delhumeau
109 points
Anesthésie-réanimation
il y a 1 mois
sujet difficile Pendant 12 années,responsable d'un service d'urgences, j'ai vu des malades adressés"pour mourir aux urgences". La loi Leonetti,après avoir rencontré leur famille, a permis de mettre fin à leurs souffrances. ( en 12 années aux SAU les seules lettres de remerciement reçues concernaient ces malades) Au delà des problèmes déontologiques il y a de nombreux points à dénoncer - l'acharnement dans certains centre de soins palliatif de prolonger la vie au delà du raisonnable en ignorant la loi Leonnetti. - un discours intéressé (créez des soins palliatifs, donnez nous plus de personnel) tous les problèmes de la fin de vie seront résolus. On ne peut pas ignorer les difficultés, les interrogations face à cette loi mais et je réclame le respects des convictions de chacun. je suis respectueux des convictions philosophiques ou religieuses des autres mais j'entends que l'on respectes les miennes. Pour ma part je défends cette loi .
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PIERRE BERTON
2,4 k points
Débatteur Passionné
Autre spécialité médicale
il y a 1 mois
Dossier bien compliqué et complexe, les seuls cas où le débat moral et sociétal ne se pose pas c'est celui des personnes sans attache familiale ayant en toute connaissance de cause préféré la qualité de vie plutôt que la quantité de survie. Et là, le médecin n'a pas son mot à dire. Quant au Serment d'Hippocrate je ne sais pas si le nom porte un "p" ou deux: de mon temps on ne le prêtait plus d'autorité because l'IVG. Je reconnais fondamentalement le droit de toute femme à donner ou pas la vie, mais tout ceci peu ou prou dénié pour l'assistance technique à mourir dans la dignité est d'une hypocrisie médicale insoutenable puisque qui pratique l'IVG? Le pape? On peut lui demander. Pour ma part je doute que les souffrances même sous morphine d'un cancéreux en bout de parcours fasse la gloire de Dieu, et au besoin je m'y refuse.
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Michel Rivoal
14,4 k points
Plume
Anesthésie-réanimation
il y a 2 mois
Bien sûr qu’il y aura des plaintes. Il y en a toujours dans les décisions impliquant les médecins. Il y en a dans les décisions légales de prélèvement d’organes. Il y en a dans les décisions légales d’arrêt d’obstination déraisonnable (LATA). Je serais bien étonné qu’il n’y en ait pas déjà eu dans les décisions de sédation profonde. Il y en a dans les décisions d’IVG et il y en aura dans la décision de l’aide à mourir. Si je rassemble ces deux dernières, ce n’est pas par hasard. C’est parce que l’initiative vient de la patiente ou du patient et que le médecin intervient surtout pour juger de la conformité de la demande. Ensuite le procédé est différent parce que l’acte d’IVG doit être réalisé par un médecin alors que l’aide à mourir ne le requière pas obligatoirement. En revanche dans tous les cas, la collégialité est requise pour l’aide à la décision et la responsabilité est celle du médecin prescripteur. Bien sûr on essaiera de faire croire que c’est une euthanasie. Bien sûr on ne laissera pas entendre que c’est la volonté propre et réitérée du malade. Bien sûr nombre de médecins n’admettent pas qu’on empiète sur leurs décisions (après les IPA, les Kinés, les IDE, les pharmaciens, maintenant les patients eux mêmes: trop c’est trop!). Alors oui, il y aura des euthanasies règlementées elles aussi par la loi et il y aura des conflits. Il y a toujours des conflits quand on accorde une liberté nouvelle, c’est dérangeant. Après la société évolue, la morale aussi et l’éthique n’a jamais fait partie d’un camp, fût-il dominant. L’éthique est personnelle elle n’est pas dogmatique elle est la conviction intime de la bonne décision pour une situation particulière. Chacun d’entre nous se doit de s’interroger dans chaque cas singulier. Et c’est bien pour cela qu’est prévue la clause de conscience. Et c’est bien regrettable qu’il existe une clause attachée à des d’établissements qui retire cette réflexion personnelle au profit d’une injonction collective.
 
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