9 000 euros par mois, du temps libre et pas de paperasse : ma vie rêvée au Canada

11/04/2017 Par F. Na.
Témoignage

Il y a quatre mois, le Dr Bahia* a fait le grand saut. Il a quitté son cabinet de la Côte d'Azur, dit au revoir à son associé et à ses patients et a emmené sa famille au Québec. Avec plus de 9 000 euros mensuels, des patients courtois et pas de caisses sur le dos, il assure avoir trouvé un exercice qui le ravit.

  Début novembre, Egora avait interrogé le Dr Bahia sur son projet de départ : Incivilités, harcèlement des caisses, burn-out… Stop ! Je pars au Canada   "Je suis arrivé au Québec le 3 décembre. On m'a proposé de commencer tout doucement la semaine qui a suivi mon arrivée, à mon rythme. Ce que j'ai fait. Je me suis remis dans le bain, ça m'a permis de m'acclimater. En janvier, j'ai commencé à travailler à temps plein. Je travaille quatre jours par semaine dans un centre local de service communautaire (CLSC) et un jour en centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). En fait, on nous impose de travailler avec une patientèle vulnérable. On doit faire un certain nombre d'heures, par exemple en maison de retraite médicalisée. C'est pourquoi je fais une journée par semaine au CHSLD. J'ai une trentaine de patients.

Une demi-heure par patient

Au centre local de service communautaire, je fais vraiment de la médecine générale pure, c'est une activité de consultation et de soins à domicile. Nous sommes six médecins, avec quatre infirmières spécialisées. Elles peuvent prescrire et prendre en charge des patients. Elles ont plus de compétences que des infirmières en France. Elles participent activement à la prise en charge et c'est une très bonne chose. On ne fait pas plus d'une visite par matinée, si vraiment il y a nécessité d'y aller. On s'applique beaucoup sur la tenue du dossier médical, qui est assez rigoureuse. Dans ce centre, on a une liste d'attente importante et mon planning s'est donc rempli très vite. Les patients sont très heureux quand vous acceptez de les prendre. Il faut savoir que la première fois que vous voyez un nouveau patient, vous prenez une heure. Ça laisse le temps de faire un point complet. Ensuite, une consultation classique dure une demi-heure. En arrivant, on vous demande si vous souhaitez une rémunération horaire, à l'acte ou mixte. Moi, je suis rémunéré à l'heure. Il n'y a pas du tout de course à l'acte, on n'a aucune pression sur la cadence. Je suis payé dans les 95 dollars de l'heure (environ 66 euros). J'ai aussi des primes d'inscription de patients, des indemnités de déplacement quand je vais en visite. Je suis aussi rémunéré en plus, sur mon travail administratif. En moyenne, je suis payé autour de 13 000 dollars (9 000 euros) par mois pour ces quatre jours par semaine au CLSC. C'est très intéressant. C'est sans commune mesure avec ce que je gagnais en France.*

A 16h30, c'est bouclé

En général, on commence à 9h, jusqu'à midi. Entre midi et 13 heures, vous avez le temps de prendre une pause déjeuner. Ensuite, c'est de 13h à 16h. Vous pouvez rester si vous avez des choses à faire, mais en général tout est bouclé à 16h, 16h30. C'est vraiment fini. Ça vous change la vie. Ça vous laisse le temps de faire du sport, de respirer, de voir autre chose. Le fait de ne plus avoir ce fardeau des tâches administratives ou annexes, c'est un changement fondamental. J'ai l'impression d'être plus utile. Je fais plus de diagnostic, plus de prévention. Finalement, je fais plus de médecine. Ça n'a rien à voir avec l'exercice en France. L'attitude des patients est aussi très différente. Le civisme qu'il y a ici, le respect du corps médical, ça choque quand on vient de France. C'est vraiment autre chose. Ils vous remercient de pouvoir les prendre. Certains attendent d'avoir un médecin depuis des années. Même quand il y a de l'attente aux consultations sans rendez-vous, je n'ai jamais vu d'altercation, personne ne crie ou se met en colère. En France, j'avais l'impression qu'on était sous-estimés et sous-utilisés. On nous pollue avec une activité administrative qui n'a pas lieu d'être. Le pauvre médecin français libéral se retrouve en plus à tout payer. Alors qu'au Canada, non. Ici, vous êtes payés par la régie de l'Assurance maladie. Vous n'avez pas de frais de secrétaire, pas de loyer, ni rien. En termes de rémunération, ça change tout. On n'a pas non plus à gérer les arrêts maladie, par exemple. Vous n'avez pas la pression qu'on a en France de la part des caisses, qui disent qu'on en fait trop.

Je garde un oeil sur la campagne

J'arrive à suivre un peu la campagne en France. Je suis effaré des propos de Catherine Lemorton. C'est risible et pathétique, en plus venant de la part d'une pharmacienne. Fillon est embourbé dans ses problèmes, il a perdu toute crédibilité. J'ai lu qu'il voulait mettre fin au tiers payant et à l'AME. Je pense que c'est plus démagogique qu'autre chose. Ensuite, j'ai entendu que les confrères ne sont pas très confiants vis-à-vis de Macron. Je garde un regard critique sur la situation, quand je vois les énormités qui sortent. J'avais vu sur Egora qu'un sénateur et généraliste du Nord voulait que chaque médecin donne 1 000 euros pour la recherche sur le cancer. Et lui en tant que sénateur, il avait une belle prime de Noël. Ce qui fait qu'on ne voit pas les choses de la même façon. Si j'avais une critique à faire, je dirais que les médecins au Québec pourraient voir beaucoup plus de patients. Nous Français, on est un peu formatés comme ça, pour voir un maximum de patients. C'est un peu ma critique du système québécois. J'ai l'impression qu'ils sont très attachés à leur fonctionnement, et n'imaginent pas travailler à une cadence plus élevée. Je pense que ce serait possible. Ça donne des conditions d'exercice très confortables, c'est sûr. En France, les médecins généralistes ont 1 000 à 1 500 patients en moyenne. Donc, pour moi, ce n'est pas problématique d'avoir plus de 500 patients, comme l'impose la nouvelle loi Barette. De toute façon, que vous ayez 500 ou 1 000 patients, le système fait que vous travaillez dans des conditions confortables."   *Le médecin exerçant au Québec a droit à la RAMQ (assurance maladie) qui prend en charge les hospitalisations et les médicaments prescrits dans ce cadre, les consultations externes, les actes d'imagerie et de biologie. Mais il doit souscrire plusieurs autres assurances, car il n'y a pas de régime de protection spécifique (il vaut mieux souscrire ces assurances en étant en bonne santé, précise medecinquebec). Soit : accident du travail (maintien de 70 % du salaire après une franchise de 1, 2 ou 3 mois), assurance invalidité, maladie grave, assurance décès, assurance médicament (hors hospitalisation).
Comme en France, mais sans prise en charge partielle par l'assurance maladie, le médecin doit aussi cotiser pour sa retraite, dans un cadre de régime par capitalisation.

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