@New Africa - stock.adobe.com

@New Africa - stock.adobe.com

Cancer de la peau : pourquoi la multiplication des centres privés de dépistage cutané inquiète les dermatologues

"Ces structures privées s'installent sur le 'terreau fertile de la pénurie' et surfent ouvertement sur l'angoisse légitime de la population face aux cancers de la peau", dénonce le Syndicat national des dermatologues-vénérologues dans un communiqué.  

30/06/2026 Par Louise Claereboudt
Dermatologie Spécialistes
@New Africa - stock.adobe.com

@New Africa - stock.adobe.com

Présentée comme "une réponse à la pénurie critique de spécialistes", l'ouverture récente de centres privés de dépistage dermatologique pose "de graves questions éthiques, médicales et économiques", estime le Syndicat national des dermatologues-vénérologues (SNDV), dans un communiqué de presse publié sur son site Internet.  

Ces structures privées, qui "surfent ouvertement sur l'angoisse légitime de la population face aux cancers de la peau", transforment en effet "un enjeu de santé publique en marché lucratif", selon le syndicat. Guidées par une "logique de rentabilité", elles facturent des consultations à "des tarifs élevés", "laissant un reste à charge important pour le patient".  

En proposant un "dépistage de masse", elles s'écartent, en outre, de l'objectif de pertinence, via le "dépistage ciblé" que le SNDV défend. "Dépister l'ensemble de la population de manière indifférenciée et multiplier les 'cartographies complètes du corps' n'a aucune pertinence scientifique", juge ainsi le syndicat. Pour ce dernier, "cette approche favorise le surdiagnostic, sature inutilement les filières de soins et génère une anxiété de masse infondée en instrumentalisant les peurs du public". "Seules les personnes à risques de cancers de la peau doivent être suivies régulièrement", soutient le SNDV.  

L'explosion de ces centres privés de dépistage s'accompagne, selon le syndicat, d'une utilisation excessive de l'intelligence artificielle. "Le modèle de ces centres repose de manière disproportionnée sur la délégation des tâches à des logiciels d'intelligence artificielle", écrit ainsi l'organisation. "L'intégration de l'IA en dermatologie représente un progrès notable pour l'aide à la détection et l'analyse d'images. Cependant, cette technologie n'a absolument pas fait ses preuves en tant qu'outil de diagnostic autonome en vie réelle", rappelle le syndicat. Et d'ajouter qu'un "système certifié ne peut se substituer à la finesse de l'œil humain et à l'approche holistique du médecin". En outre, l'IA doit "impérativement rester sous la supervision directe et le contrôle exclusif des dermatologues", insiste le SNDV. "Confier des examens aux autres professionnels, sous prétexte qu’ils sont secondés par une machine, fait courir un risque majeur de faux négatifs ou de fausses réassurances, avec leurs conséquences économiques."  

Le syndicat appelle à miser non pas sur les centres "mercantiles" mais sur les équipes de soins spécialisés (ESS), qui apparaissent comme "une alternative vertueuse". "Initiée de manière pionnière en Ile-de-France, cette organisation est désormais pleinement inscrite dans le cadre conventionnel, validée et financée par les autorités de santé", rappelle le SNDV.  

A ce jour, cinq ESS en dermato-vénéréologie ont déjà été validées, selon le syndicat. D'autres sont en cours de validation. Elles permettent de tisser "un réseau solide entre les médecins généralistes de terrain et les dermatologues du territoire". En outre, "les données cliniques recueillies sur plusieurs années démontrent une efficacité remarquable : accélération de la prise en charge des mélanomes, diminution des délais de rendez-vous pour les cas urgents, et orientation pertinente des patients", vante le SNDV. Et ce, sans surcoût pour le patient.

Faut-il restreindre les conditions d'accès au secteur 2?

Herve  Koskas

Herve Koskas

Non

Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Médecine générale
Partage de compétences : "La démographie médicale ne doit pas être le prétexte à tout"
23/06/2026
5
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
24
Histoire
L'incroyable histoire derrière la création de SOS Médecins, il y a 60 ans
19/06/2026
5
Infectiologie
Maladie de Lyme : malgré des avancées, des patients toujours en errance
27/05/2026
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2