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Plusieurs milliers de décès supplémentaires imputables aux polémiques contre les statines

En février 2013, le très controversé Philippe Even, profitant de l’appétit des média pour toutes les polémiques possibles sur les médicaments, publiait un livre à succès aux éditions Le Cherche Midi, La vérité sur le cholestérol (titre qui, au nom de la rigueur intellectuelle et scientifique aurait mérité d’être Ma vérité sur le cholestérol). Cet ouvrage réfutait notamment le bénéfice des statines en prévention cardiovasculaire, suscitant l’émoi et l’ire de la communauté cardiologique, effrayée par les conséquences potentielles d’un tel message auprès des patients. Fallait-il en effet s’en inquiéter ? Oui répond une étude menée par des chercheurs bordelais sous l’autorité du Pr Nicholas Moore, étude dont les résultats sont publiés en cette fin juillet par la revue Archives of Cardiovascular Diseases, organe d’expression de la Société Française de Cardiologie.

Pour estimer l’impact de cet événement médiatique sur l’utilisation des statines, les auteurs ont réalisé une étude de cohorte répétée à partir de l’échantillon représentatif de l’Assurance maladie française comparant l’incidence de l’arrêt des statines chez les utilisateurs réguliers après février 2013 à celle des années précédentes (2011 et 2012). L’arrêt des statines a été défini comme une absence de délivrance d’au moins deux mois après une période d’exposition aux statines.

En 2013, 30 725 utilisateurs réguliers de statines ont été identifiés (29 517 en 2012 et 28 272 en 2011). L’incidence de l’arrêt des statines à 9 mois de suivi en 2013 était de 11,9 % (IC 95 %, 11,5–12,2), de 8,5 % (8,2–8,8) en 2012 et de 8,5 % en 2011 (8,2–8,8). Cette incidence variait en fonction du risque cardiovasculaire : 19,4 % (18,2–20,6) chez les patients à faible risque, 11,6 % (11,1–12,0) chez ceux à risque modéré et 7,4 % (6,8–8,1) chez ceux à haut risque en 2013. Ces taux d’incidence étaient respectivement 1,53 (1,36–1,72), 1,40 (1,31–1,49) et 1,25 (1,08–1,46) fois plus élevés en 2013 qu’en 2012 pour les patients à faible risque, à risque modéré ou à risque élevé.

Dans leurs commentaires, les auteurs estiment que les résultats observés dans le groupe à risque intermédiaire (soit les deux tiers des dossiers examinés), pour la plupart des patients diabétiques ou sous traitement anticoagulant et/ou antihypertenseur, l’augmentation des arrêts de traitement s’est accompagnée d’une surmortalité de 13%, soit 54 décès supplémentaires. Dans le groupe à haut risque, 36 décès supplémentaires ont été répertoriés mais ce groupe étant nettement moins nombreux que le précédent, ce résultat est à interpréter avec davantage de prudence.

Compte tenu de la taille de l’échantillon, une extrapolation à l’ensemble de la population française permet d’estimer la mortalité supplémentaire à près de 10.000 morts. C’est un exercice que les auteurs ne font pas mais qu’il serait intéressant de faire à partir de la base SNIRAM (Système National d’Information interRégimes de l’Assurance Maladie) afin de pouvoir apprécier sans contestation possible si de telles polémiques ont effectivement des conséquences aussi désastreuses pour la santé publique.

 

Sources : 

Julien Bezin et coll. Impact of a public media event on the use of statins in the French population. Archives of Cardiovascular Diseases. Article mis en ligne sur le site de la revue le 26 juillet 2016.

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1875213616301334

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