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"Il faut garder la mémoire de ce qui nous est arrivé" : un lieu dédié au Covid ouvre à Paris

Fondé en mai 2020 par l'anthropologue Laëtitia Atlani-Duault, l'Institut Covid-19 Ad Memoriam entretient la mémoire de la pandémie virale qui a bouleversé nos quotidiens en 2020. Le 16 septembre prochain, un lieu consacré à l'organisation de colloques et d'expositions ouvrira ses portes au public au cœur de l'Université Paris Cité. Egora a pu le visiter en exclusivité.

11/09/2026 Par Adèle Pétret
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Une moquette de velours bordeaux, des moulures sur les murs et une belle hauteur sous plafond. En plein cœur du vieux bâtiment de l'Université Paris Cité, à proximité du musée de l'Histoire de la médecine, la salle du Sénat académique est somptueuse. "C'est une des belles pièces de l'Université", sourit Laëtitia Atlani-Duault, en parcourant d'un regard fier l'antichambre en arc de cercle, aux murs de laquelle de grands écrans sont accrochés. Il n'est pas anodin que l'anthropologue de 54 ans, spécialiste des crises humanitaires et sanitaires, ait choisi cette pièce pour accueillir l'Institut Covid-19 Ad Memoriam, un "lieu de mémoire du Covid-19" qui ouvrira au public à partir du 16 septembre. L'endroit parfait pour transmettre des messages aux dirigeants.

"Ce projet m'est apparu comme une évidence"

"Il faut pouvoir tirer les leçons de tout ce qui nous est arrivé", explique la chercheuse. En mai 2020, en pleine pandémie de coronavirus, Laëtitia Atlani-Duault fonde l'Institut Covid-19 Ad Memoriam, une structure qui a pour but "d'associer des 'mondes' multiples – chercheurs, soignants, artistes, juristes, associations de victimes, autorités spirituelles et culturelles et grands courants de pensée, représentants de la société civile, philosophes, entrepreneurs… – pour penser ensemble la pandémie de Covid-19 [...]", comme on peut le lire sur son site. Réunir un réseau de près de 150 universitaires et acteurs divers et variés de la société française permettrait, selon elle, de "penser" cette période, mais aussi de s'en souvenir. 

L'Institut Covid-19 Ad Memoriam, par le biais de ses membres, commence alors à collecter des "traces et mémoires de la pandémie", afin de "les faire connaître au public et aux décideurs", mais également de participer à l'invention de "nouvelles pratiques commémoratives". "Ce projet m'est apparu comme une évidence. Il fallait garder la mémoire de ce qui nous arrivait, à chaud", souligne l’anthropologue au regard d'un bleu perçant. 

Collecter la mémoire "à chaud"

Par le biais d'un appel à témoignages, l'institut recense alors des bribes de ressentis, d'anecdotes, de routines qui ont été celles et ceux des Français pendant la pandémie. Comme par exemple, celui d'une infirmière "réquisitionnée pour travailler dans une unité Covid" : "La boule au ventre je pars faire mes postes. Je pense sans cesse à ma famille. Je me déshabille et me douche dans la cave, je dors sur le canapé pour limiter les risques de contamination. Tout le monde étant confiné, j'ai la route pour moi toute seule. [...] J'appelle ma sœur qui habite dans la même ville que moi, pour lui dire que je ne peux plus me déplacer chez notre mère. Ma sœur me répond : 'Je dois raccrocher, il faut que j'aille applaudir les soignants à la fenêtre.'" 

Du livre au lieu de commémoration

L'anthropologue recueille aussi des images du quotidien sous Covid-19, notamment grâce à une collaboration avec le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) à Marseille, qui avait récolté des masques, des attestations de sortie, des pancartes de soutien aux soignants, une bougie à l'effigie de Didier Raoult… Le dessinateur Plantu partage aussi certains de ses dessins réalisés pendant la période. A partir de cette matière, la chercheuse construit d'abord l’ouvrage "Covid-19 Ad Memoriam ; Fragments pour les mémoires", paru en 2025 aux éditions La Documentation française. Traduit en anglais il y a quelques mois, le livre a eu droit à son compte rendu par la prestigieuse revue scientifique The Lancet. 

Mais Laëtitia Atlani-Duault voulait aller plus loin qu'un simple ouvrage de papier. Avec des collectifs de victimes du Covid, elle demande au Gouvernement d'instaurer une journée d'hommage annuelle et de créer un lieu de commémoration, notamment pour les familles "qui ont perdu des proches sans pouvoir leur dire au revoir". Sans succès. 

Une "rupture anthropologique" ?

En 2025, Laëtitia Atlani-Duault annonce la création d'un lieu physique de mémoire de la pandémie. Et, avec l'historien Georges Vigarello, spécialiste de l'histoire de l'hygiène, de la santé, des pratiques corporelles et des représentations du corps, elle construit une exposition qui retrace les enjeux face auxquels le Covid-19 nous a confrontés en tant que société. Selon l'universitaire, la pandémie a opéré une véritable "rupture anthropologique". Entendre : il y a eu un avant et un après cette épidémie virale. Le coronavirus aurait changé notre rapport à l'espace en nous poussant à l'enfermement, au temps qui s'étirait sans que l'on ait de prise sur lui, mais également au lien social, bouleversé par les masques et les normes de distanciation. Cette réflexion fait office de fil rouge à l'exposition permanente que les visiteurs pourront retrouver à l'Institut Covid-19 Ad Memoriam, au 12 Rue de l'École de Médecine à Paris.

Le lieu permettra, en outre, de se remémorer cette période mais également de réfléchir à ce qu'il reste de la pandémie. Dans la salle du Sénat académique, l'Institut a commencé à organiser des colloques et conférences sur des thématiques variées. "On a par exemple fait un colloque sur l'Etat de droit. Quelles sont les mesures d'urgence qui ont pu perdurer depuis la pandémie ?", souligne Laëtitia Atlani-Duault. Aussi, des expositions temporaires se succéderont tous les six mois. "On va ouvrir le champ thématique aux crises sanitaires en général. La prochaine exposition portera par exemple sur les représentations artistiques de la grippe espagnole et leurs échos en temps de pandémie de Covid-19."

Crédit : Adèle Pétret

Encore en cours d'installation, l'Institut Covid-19 Ad Memoriam ouvrira ses portes au public le 16 septembre 2026, puis tous les mercredis de 10h à 16h. Aussi, Laëtitia Atlani-Duault annonce vouloir proposer des créneaux à la réservation, "notamment pour des visites d'écoles". Une manière de transmettre et de pérenniser la mémoire vive de la pandémie. 

Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?

Pascale Debenest

Pascale Debenest

Non

J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus

2 débatteurs en ligne2 en ligne
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CHAMBON dominique
6,1 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 29 jours
Perso, j’aurais bien aimé oublier le Covid. Mais lui a décidé qu’il ne m’oublierait pas, et, s’il ne m’a pas tué (de justesse), il m’a laissé de telles séquelles que je ne m’en remettrai jamais.…je ne ressens donc pas le besoin qu’un comité théodule supplémentaire me fasse mémoire de ce que je voudrais tant oublier. - Comment fonctionne t il? Un conseil d’administration, avec tous ses membres? - Quels sont ses financements? Qui paye? La conversation téléphonique de l’infirmière avec sa soeur est sans intérêt, il y en a eu des milliards comme ça! Le seul intérêt de ces colloques sera de tenter de répondre à ces 2 questions: - a t on pris, au niveau mondial (tels Trump et Poutine, les virus ne connaissent pas de frontières) les bonnes décisions, surtout sur le confinement? - quelle décision(s) prendrons nous la prochaine fois?
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ROMAIN L
20,2 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 28 jours
- Respect du consentement aux soins, - Respect du secret médical, - Conflits d'intérêts majeurs au sein de la recherche scientifique, - Dérives totalitaires en situation de crise. Voilà les 4 grands sujets qui mériteraient une grande réflexion commune. Sinon, tout recommencera !
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ALAIN ZANOTTI
347 points
Incontournable
Autre spécialité médicale
il y a 1 mois
Nous n’ oublierons pas Je pense aux victimes , dont nos confrères trop souvent oubliés A cette époque j‘ allais à mon cabinet au centre de Marseille dont les rues étaient désertes Une scène inoubliable
 
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