santé mentale

Santé mentale des infirmières libérales : l'Ordre propose de mettre en place une médecine du travail "spécifique et obligatoire"

L'Ordre infirmier a publié une position consacrée à la prévention et à la promotion de la santé mentale des infirmières avec huit recommandations. Celles-ci abordent notamment la question de la place de la santé mentale dans les formations mais aussi la mise en place d'espaces de parole.

11/02/2026 Par Alexis Vignais
Infirmières
santé mentale

Dès les premières lignes de "sa position" sur le sujet de la santé mentale des infirmières, le Conseil national de l'Ordre des infirmiers a voulu rappeler une évidence souvent oubliée : "la santé mentale constitue un pilier essentiel de la santé globale". Et avec l’épidémie de Covid, la santé mentale, ainsi que les fragilités de notre société sur le sujet, ont été mises en exergue. "Cette prise de conscience a mis en évidence la réalité quotidienne des infirmiers", précise le document, publié il y a quelques semaines, avant d'établir un état des lieux de la situation. 

Face à des "contraintes physiques, psychologiques et organisationnelles" pouvant être "particulièrement intenses", les situations stressantes (charge de travail élevée, exposition à des situations violentes, contact régulier avec la souffrance et la mort) sont nombreuses. A cela s’ajoutent, "[l’] accumulation et [la] densité des tâches, [le] sentiment persistant de ne jamais pouvoir en faire suffisamment, [les] modifications imprévues des plannings, ou encore [l’] exposition répétée à la détresse, à la douleur ou au décès des patients". Il est également possible de mentionner les horaires contraignants pouvant rendre difficile "l'équilibre vie professionnelle / vie personnelle" et "la récupération physique et psychique". 

 15 % envisagent de quitter la profession 

Des constats appuyés par les chiffres. Une consultation, auprès de 60 000 infirmières inscrites, a été organisée en 2021 par l'Ordre. 85 % des infirmières y indiquent que leurs conditions de travail se sont dégradées depuis la crise sanitaire. 42 % souffrent d’un syndrome d’épuisement professionnel, dont près de la moitié (49 %) estiment qu’il altère la qualité des soins prodigués. 15 % envisagent de quitter la profession dans l'année à venir. 

Mais que faire face à un tel constat ? L’Ordre infirmier propose huit réponses. Et la première d’entre elles est d’intégrer un volet dédié à la santé mentale dans les projets d’établissements et les projets sociaux. Et surtout que la construction de ces derniers "associe systématiquement les professionnels de santé", "intègrent un volet dédié à l’environnement de travail et à la santé mentale des soignants" et "fassent du bien-être des équipes une priorité stratégique, avec des indicateurs de suivi et des évaluations régulières".

Mais pour mener à bien ces projets, et plus généralement pour bien gérer le sujet de la santé mentale dans les équipes, l'Ordre estime indispensable que les responsables (cadres administratifs et responsables des ressources humaines) aient un module spécifique consacré à la santé mentale dans leur formation (initiale ou continue). 

Un volet formation qui devrait également, comme l'exprime la troisième recommandation de l'Ordre infirmier, approfondir le sujet de la gestion des émotions liées au soin et à la mort. "Beaucoup d’infirmiers rapportent avoir reçu, durant leurs études, le message implicite qu’il ne fallait pas exprimer leurs émotions et qu’il convenait de les 'laisser au vestiaire'. Ce manque d’accompagnement conduit fréquemment à un sentiment de culpabilité lorsqu’ils ressentent des émotions, alors qu’elles sont pourtant inévitables face au décès d’un patient", illustre le texte, qui appelle également à "la communication interprofessionnelle" et à mettre en place "des dispositifs clairement identifiés pour signaler une difficulté et demander de l’aide".

Une offre de médecine du travail spécifique  

Changer les choses, mais aussi utiliser les outils qui existent déjà, à l’image du programme Mon bilan prévention, bilan gratuit et personnalisé, permettant notamment d’aborder les habitudes de vie et de dépister certains risques. Le recours à l'entraide ordinale, qui peut prendre la forme d’une aide financière ou morale par exemple, pour les infirmières en situation de détresse psychique et ne disposant pas des ressources nécessaires, est aussi recommandé. 

L'Ordre infirmier encourage la promotion du diplôme inter-universitaire (DIU) Soigner les soignants, qui permet "d’accompagner les professionnels de santé confrontés à des difficultés psychologiques, qu’elles soient avérées ou potentielles". Une possibilité de parler de son quotidien qui pourra également prendre la forme "d’espaces de parole dédiés aux soignants de ville" ou tout simplement via "la mise en place d’une offre de médecine du travail spécifique et obligatoire, adaptée aux besoins particuliers des infirmiers libéraux".

Lutter contre les violences 

Parmi les ultimes recommandations de l'Ordre, on retrouve notamment le sujet des violences. "La violence envers les soignants, qu’elle soit verbale, physique ou psychologique, tend à se banaliser et touche l’ensemble des métiers du soin", indique le CNOI. Plan national pour la sécurité des professionnels de santé, loi visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé, convention de partenariat visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles…De nombreuses actions ont été enclenchées ces dernières années. 

L'Ordre, qui invite "l’ensemble des infirmiers à déclarer systématiquement toute violence subie", souhaite toutefois "la simplification des procédures de dépôt de plainte et le renforcement de la coordination entre l’Ordre, les forces de l'ordre et les juridictions", "la revalorisation du rôle des référents violences dans tous les établissements de santé et médico-sociaux", "la mise en place d’une formation obligatoire à la prévention et à la gestion des situations de violence", ainsi que " l’intégration systématique des infirmiers dans l’ensemble des dispositifs nationaux de sécurité et d’accompagnement des victimes".

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DANIEL BUYCK

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1 débatteur en ligne1 en ligne
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Débatteur Passionné
il y a 1 mois
Tant que l'on évite les formations sur comment désarmer une personne avec un couteau avec une serviette. Face à la violence, la possibilité de porter une petite gazeuse type "gardian angel" ou un fouet de Charles Jousseau permettrait d'éviter la situation compliquée de la défense à mains nue. Car aujourd'hui un professionnel de santé qui les utiliserait pour se défendre d'une agression pourrait être victime de la double peine avec les conséquences de la pénalisation du port et de l'utilisation de certains moyens de défense personnels. Aujourd'hui désarmer la victime, l'empêcher de faire face et l'envoyer sur le système judicaire pour avoir le plaisir de voir son agresseur avec du sursis et une insolvabilité a plutôt tendance à aggraver les choses.
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Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 mois
a la rigueur pour que l état entende leur maltraitance.... sinon quelle utilité pour leur sécurité generale et leur rémunération ... blanlz
 
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