Bronchiolite : en pleine crise, l'espoir d'un nouveau traitement préventif

04/11/2022 Par Brigitte Blond
Infectiologie Pédiatrie
L‘épidémie de bronchiolite, qui a débuté précocement cette année, bat son plein – dans un contexte de pandémie de Covid – et met en tension les services de pédiatrie. Sur le plan thérapeutique, un nouveau traitement préventif devrait bientôt pouvoir être proposé. L'UE vient en effet d'approuver un anticorps monoclonal, le nirsevimab. Le point avec le Pr Robert Cohen*, pédiatre infectiologue au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CIC). 

 

Egora : Que nous a appris la saison passée de bronchiolite ? 

Pr Robert Cohen : L’épidémie de bronchiolite a touché la saison passée, en 2021, davantage d’enfants qu’en 2020 et que lors des années pré-pandémiques. Plus précisément, si le pic de l’épidémie n’a pas été supérieur à celui enregistré dans les années pré-pandémiques, la durée de l’épidémie a été bien plus longue, s’est étalée sur plusieurs mois. Il en résulte que le nombre de jeunes patients qui ont consulté et/ou ont été hospitalisés a été supérieur en 2021 par rapport à 2020 (où le confinement et les gestes barrières étaient uniformément "adoptés") ou même aux saisons 2018 et 2019. Cette hausse inédite du nombre des cas de bronchiolite est le reflet de la "dette immunitaire" liée aux gestes barrières des années Covid… 

Que va-t-il se passer maintenant ? La boule de cristal a du mal à parler ! A-t-on rattrapé toute cette dette ? Ce qui est sûr, c’est que notre système de santé est à la peine… Beaucoup de services sont en grande difficulté, de lits sont fermés, de médecins déjà complètement surchargés. La situation sanitaire est à l’évidence plus précaire et les mesures d’hygiène ont largement été abandonnées. Certes, nous sommes inquiets des incertitudes autour du nombre de cas de bronchiolite de cette nouvelle saison, mais surtout de la fragilité de notre système de soins. 

 

Les nouveaux traitements peuvent-ils aider dans ce contexte ? 

Un nouvel anticorps monoclonal qui fonctionne sur le même principe que le palivizumab, le nirsevimab, vient d'obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne. Le palivizumab était indiqué pour prévenir les bronchiolites chez les grands prématurés, mais il devait être administré (une injection intramusculaire mensuelle) pendant plusieurs mois et le coût de ce programme de prévention est très élevé… Le nouvel anticorps est efficace - les premières études publiées sur plusieurs milliers de patients font état d’un taux de protection de 70 à 80% - et probablement bien toléré, à l’image d’autres anticorps monoclonaux. Une seule injection intramusculaire, l’équivalent en volume d’un vaccin, protègerait pour 6 mois. Mais ce n’est pas un vaccin ! Le médicament agit en prévention de l’infection à VRS les premiers mois de vie : plus de la moitié des cas de bronchiolite hospitalisés sont des enfants de moins de 6 mois. Le VRS représente le quart des hospitalisations en pédiatrie le temps de l’épidémie de bronchiolite. 

Il reviendra à la Haute Autorité de santé (HAS) de déterminer les cibles privilégiées de ce nouvel anticorps de haute efficacité et durée de vie prolongée, en priorité les nourrissons de moins de 6 mois entre octobre et mars. Si la cible retenue s’avérait suffisamment large, le coût devrait être comparable à celui d’un "nouveau" vaccin. Nous l’attendons de main ferme pour la prochaine saison de bronchiolite, en 2023. 

Un seul aujourd’hui de ces anticorps monoclonaux a reçu un avis favorable du CHMP, mais plusieurs y prétendent, toutefois moins avancés que le premier en termes de publication d’études et d’autorisation. 

 

Qu’en est-il de la piste vaccinale ? 

D’éventuels vaccins à VRS sont à l’étude, mais ils viendraient en complément, pas en concurrence des anticorps monoclonaux. En effet, le risque d’hospitalisation pour bronchiolite est de 90% à un mois, de 70% à 2 mois et de 50% à 3 mois : aucun vaccin n’arriverait assez tôt dans ce parcours… 

L’infection à VRS est probablement la première pathologie pédiatrique, de très loin, suivie des gastro-entérites à rotavirus pour lesquelles le vaccin est recommandé depuis quelques mois. Par ailleurs, le VRS, s’il est à l’origine de bronchiolites, favorise aussi des surinfections bactériennes à pneumocoques, qui sont parfois peu graves (otites), mais qui peuvent l’être davantage (pneumonie). 

*Le Pr Robert Cohen déclare participer ou avoir participé à des interventions ponctuelles pour : GSK, MSD, Pfizer, Sanofi. 

 

Kiné ou pas ?
Il peut être utile d’enseigner aux parents qui n’en ont pas l’habitude les techniques de désobstruction des voies aériennes, autrement dit le lavage de nez sans aspiration nasopharyngée, ceci pour les formes légères de bronchiolite aiguë.
La kinésithérapie de désencombrement bronchique n’est pas indiquée selon les recommandations de la HAS. Y compris d’ailleurs à l’hôpital où les techniques de kinésithérapie respiratoire par drainage postural, vibration et clapping, ainsi que par augmentation de flux expiratoire, sont contre-indiquées.

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Marie GILARDI

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