@Andrey Popov/Stock.adobe.com
Sahos : le médecin généraliste en première ligne à toutes les étapes
Touchant près de 4 % de la population française, le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (Sahos) augmente fortement le risque cardiovasculaire. Son repérage précoce en médecine générale est déterminant pour prévenir les complications.
@Andrey Popov/Stock.adobe.com
"Les apnées du sommeil sont dans nos salles d'attente. Encore faut-il penser à les chercher !", affirme haut et fort le Dr Raphaël Lozat, médecin généraliste à Moissac, membre du conseil d'administration du Collège de la médecine générale (CMG). De fait, le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (Sahos) provoque des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil et constitue ainsi un véritable facteur de risque cardiovasculaire et métabolique. Pourtant, 85% des personnes atteintes restent non diagnostiqués.
"Le réflexe du généraliste ne doit pas se limiter au dépistage du patient qui consulte pour des ronflements. Plus de 50 % des patients coronariens, près de 60 % de ceux atteints d'hypertension résistante et une très forte proportion des personnes souffrant de fibrillation atriale présentent un syndrome d'apnées du sommeil", rappelle le Dr Lozat. Le Sahos est également fréquent chez les patients atteints de diabète de type 2, d'obésité ou d'insuffisance cardiaque. Le praticien recommande ainsi un dépistage systématique chez les patients présentant ces comorbidités, mais aussi devant une somnolence diurne, une fatigue chronique, une hypertension difficile à équilibrer, un reflux gastro-œsophagien nocturne ou des troubles de l'humeur. "En France, près d'une consultation sur cinq concerne un problème de santé mentale. Derrière une fatigue, une irritabilité ou un syndrome dépressif, en particulier chez les femmes de moins de 50 ans, il peut en réalité se cacher un trouble du sommeil", souligne-t-il.
Le diagnostic commence au cabinet. Le médecin généraliste doit rechercher les signes évocateurs : sommeil non réparateur, somnolence ou syndrome des jambes sans repos (SJSR) diurne, pauses respiratoires rapportées par l'entourage, sensation d'étouffement nocturne, céphalées matinales, nycturie, troubles de la concentration ou baisse de la libido. "Il s'agit dune question qu'il ne faut pas oublier. La libido est souvent l'un des premiers symptômes qui s'améliore après le traitement", assure le Dr Lozat. L'examen clinique est tout aussi important : calcul de l'indice de masse corporelle, mesure du périmètre cervical, recherche d'une obstruction ORL, score de Mallampati (outil utilisé pour évaluer la visibilité des structures dans la gorge) ou encore, évaluation des facteurs de risque cardiovasculaire. "Le questionnaire Stop-Bang* reste, par ailleurs, l'outil de dépistage de référence en médecine générale pour identifier les patients à haut risque", note le spécialiste en médecine générale.
Plusieurs options de traitement
Toute suspicion de Sahos doit être confirmée par un enregistrement du sommeil, via une polygraphie réalisée durant dix heures à domicile. En cas de forte suspicion clinique malgré un examen normal, une polysomnographie est indiquée. Le traitement repose ensuite sur une approche individualisée. Si la pression positive continue (PPC) demeure la référence dans les formes modérées à sévères, elle n'est pas l'unique option. "Notre rôle est de trouver le traitement le plus adapté au patient", rappelle le Dr Lozat. Selon les situations, une orthèse d'avancée mandibulaire, une thérapie positionnelle chez les patients présentant un Sahos de décubitus ou la prise en charge d'une obstruction nasale peuvent notamment être proposées.
Le médecin traitant conserve un rôle central. Il accompagne la perte de poids, encourage l'activité physique, réduit les facteurs aggravants (alcool, benzodiazépines, opioïdes), traite les pathologies ORL associées et veille à l'observance de la PPC. "Le généraliste prend le temps d'écouter son patient : évolution des symptômes, antécédents médicaux, vécu vis-à-vis d'un traitement qui lui a été proposé pour son Sahos. Son objectif est de favoriser l'observance, la qualité de vie et si possible, d'inclure le patient dans un parcours de soins coordonné", assure le Dr Lozat.
Au-delà de l'amélioration de la vie quotidienne, le traitement du Sahos réduit significativement le risque d'accidents cardiovasculaires, d'AVC, d'accidents de la route et donc, de décès. Une raison supplémentaire, selon le Dr Lozat, d'intégrer quasi-systématiquement le dépistage des apnées du sommeil dans la pratique.
* Chung F et al. J Clin Sleep Med. 2014 Sep 15; 10(9): 951–958.
Dans ce dossier:
- Antibiotiques : peut-on avoir confiance dans les recommandations françaises ?
- Comment aborder les conduites addictives avec les patients ?
- Repérer les violences invisibles au sein du couple
- L’importance d’un dépistage précoce des troubles cognitifs
- Interventions non pharmacologiques : du flou artistique au cadre scientifique
- EBiM : le premier outil d'intelligence artificielle développé par et pour les médecins généralistes
Références :
30ème congrès de la World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians (Wonca) Europe (30 juin, 3 juillet).D’après la session « Syndrome d’apnées obstructives du sommeil en médecine générale en France : du repérage au suivi des patients appareillés » (30 juin)
* Chung F et al. J Clin Sleep Med. 2014 Sep 15; 10(9): 951–958.
La sélection de la rédaction
Etes-vous favorable à l'interdiction de la vente de tabac à toute personne née après 2009 ?
J F
Non
Non, parce que c'est totalitaire et il n'y a pas d'argument a ajouter, même si ce n'est pas logique d'accepter cette situation. Et... Lire plus