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Comment aborder les conduites addictives avec les patients
Longtemps considérées comme un sujet difficile à aborder, les addictions peuvent pourtant être repérées plus tôt grâce à quelques réflexes simples. Conseils pratiques et outils pour aider les médecins généralistes à engager le dialogue.
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Les médecins généralistes rencontrent chaque jour des patients présentant des conduites addictives sans toujours le savoir. Un certificat de sport, une lombalgie qui traîne, des troubles du sommeil, une demande de renouvellement de traitement ou un arrêt maladie prolongé peuvent être autant d'occasions d'aborder le sujet. C'est précisément le principe du Make Every Contact Count (MECC), une démarche britannique que l'on pourrait traduire par "chaque interaction avec un professionnel de santé est une opportunité de prévention". À la fin de l'année dernière, la ministre chargée de la Santé, Stéphanie Rist, invitait les professionnels à s'en inspirer pour renforcer le repérage précoce des addictions en soins primaires. "On ne va pas créer artificiellement une consultation d'addictologie mais il faut savoir saisir une occasion légitime", souligne le Dr Maxime Pautrat, médecin généraliste à Ligueil (37), et professeur universitaire à la faculté de médecine de Tours. "La personne âgée polymédiquée, le sportif qui vient pour son certificat médical, le patient en arrêt maladie... De nombreuses situations du quotidien devraient être l'occasion, pour nous, d'ouvrir la discussion avec le patient, quel que soit son âge", précise-t-il.
Oser la première question
Le principal obstacle n'est pas le manque de temps mais plutôt la difficulté à engager la conversation. "Le plus dur, c'est d'oser questionner", confirme le généraliste. Beaucoup de médecins craignent de paraître intrusifs ou jugeants, d'autant que les patients évoquent rarement spontanément leurs consommations. Pourtant, l'expérience des patients raconte une autre réalité. "J'aurais aimé qu'un médecin aborde le sujet franchement en consultation", rapporte Pascal Morandi, patient expert et délégué Centre-Val de Loire de l'association Vie Libre. Cette remarque rappelle que le silence médical peut parfois être vécu comme une forme d'indifférence. Le Dr Pautrat invite toutefois à ne pas réduire l'entretien au produit consommé. Avant de parler d'alcool ou de cannabis par exemple, il recommande d'explorer le sommeil, l'humeur, la vie professionnelle, les relations familiales ou les projets du patient. L'autre piège consiste à vouloir convaincre trop vite les patients d'arrêter. "L'alcool fait partie de ce qui leur permet de survivre à un moment de leur vie. Comprendre la fonction que remplit la consommation addictive pour le patient est souvent plus utile que multiplier les injonctions", rappelle le Dr Pautrat.
Détecter les signaux faibles et travailler en coordination
Le médecin doit également accepter que le déni fasse partie intégrante de la maladie. "Si le patient refuse d'aborder le sujet, inutile de forcer : mieux vaut laisser la porte ouverte et revenir sur la question lors d'une consultation ultérieure", poursuit-il. De fait, le généraliste dispose d'une position privilégiée pour détecter les signaux faibles : douleurs chroniques, troubles du sommeil, renouvellements répétés de psychotropes, accidents de la route, difficultés professionnelles, problèmes conjugaux, consultations à répétition... "En médecine générale, on n'a pas le temps mais on a la durée", rappelle le Dr Pautrat. Le suivi du patient permet de revenir progressivement sur le sujet. Toutefois, la prise en charge ne repose pas uniquement sur le médecin. Le généraliste gagne à mobiliser les autres soignants de premier recours tels que les pharmaciens, les infirmiers, les structures spécialisées. Mais aussi, les associations d'entraide entre pairs. "Ce que les patients s'apportent entre eux est irremplaçable", souligne le Dr Pautrat à propos des associations de pairs aidance comme Vie Libre."Par ailleurs, lorsque la situation du patient est trop complexe, le généraliste peut l'adresser à un addictologue", rappelle-t-il.
Un kit pratique pour les généralistes
Pour aider les praticiens à repérer précocement les conduites addictives et à accompagner leurs patients, le Collège de la Médecine Générale (CMG), avec le soutien de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), met à disposition un "Kit Addictions" en accès libre*. Celui-ci rassemble des fiches pratiques consacrées notamment à l'alcool, au tabac, au cannabis, à la cocaïne, aux adolescents, aux jeux d'argent, aux écrans ou encore aux microstructures addictions. L'objectif : proposer des outils pragmatiques, fondés sur les données scientifiques et adaptés aux réalités de la médecine générale.
* Le kit est disponible gratuitement sur le site du CMG : https://www.cmg.fr/addictions-et-medecine-generale/
Dans ce dossier :
- Antibiotiques : peut-on avoir confiance dans les recommandations françaises ?
- Sahos : le médecin généraliste en première ligne à toutes les étapes
- Repérer les violences invisibles au sein du couple
- L’importance d’un dépistage précoce des troubles cognitifs
- Interventions non pharmacologiques : du flou artistique au cadre scientifique
- EBiM : le premier outil d'intelligence artificielle développé par et pour les médecins généralistes
Références :
30ème congrès de la World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians (Wonca) Europe (30 juin, 3 juillet).D’après la session « Repérer plus tôt les conduites addictives en soins primaires » (1er juillet)
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