@Tiago Garcia/ Stock.adobe.com
Interventions non pharmacologiques : du flou artistique au cadre scientifique
Thérapie cognitivo-comportementale, éducation thérapeutique du patient, activité physique adaptée… : diverses, les interventions non-pharmacologiques le sont tout autant en termes de pertinence, d’efficience, de rapport bénéfice–risque, de sécurité et de coût-efficacité. D’où la nécessité d’évaluer scientifiquement ces pratiques.
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"Le terme d’"interventions non-pharmacologiques" existe depuis 1975 et est présent dans un nombre croissant de publications, mais il n’existe pas de définition faisant consensus", a pointé la Dre Iveta Nagyova, chef du département de médecine sociale et comportementale de l’Université Pavol Jozef Safarik de Kosice en Slovaquie et présidente honoraire de la Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS). "Il peut désigner une discipline (physiothérapie, médecine traditionnelle, psychothérapie…), un protocole (méditation de pleine conscience, programme Otago pour le renforcement musculaire, l’équilibre et la marche…), des compétences (technique de massage…), un comportement (alimentation végétarienne…), une attitude du professionnel de santé (empathie), une mesure de santé publique (taxe sur le tabac, campagne de promotion de la santé…), une organisation de soins", a illustré la présidente sortante de l’European Public Health Association (Eupha). Définir ce champ d’action – qui se confond parfois avec les secteurs du bien-être ou des loisirs – est donc complexe.
L’évaluer l’est encore plus. "Il existe un cadre pour l’approbation des médicaments (recherche et développement, recherche préclinique, recherche clinique, suivi en vie réelle) reconnu par les autorités de santé (ANSM, EMA, FDA américaine…) et 46 cadres pour les interventions non-pharmacologiques : biomédical, ingénierie...", a décrit la Dre Nagyova. "Les interventions non-pharmacologiques ne sont pas des produits mais des compétences, qui sont plus difficiles à expliquer et à partager", a défendu le Pr Grégory Ninot, directeur associé de l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique, professeur à l’Université de Montpellier, associé de recherche à l’Institut du cancer de Montpellier, et président-fondateur de la Non-Pharmacological Intervention Society.
Cette société savante a été créée en 2021, avec pour mission de fixer un cadre commun à ces actes : définition, méthodologie de recherche et référentiel. Ainsi, elle définit ces interventions psychosociales, corporelles et/ou nutritionnelles comme des "programmes de prévention ou de soins basés sur les preuves, efficaces, personnalisés, non-invasifs, tracés et encadrés par un professionnel qualifié", a énoncé le Pr Ninot. Le cadre de recherche comprend une étude de prototype, des études observationnelles, des études des mécanismes et des études interventionnelles. Dans la publication scientifique, doivent être précisés le principal bénéfice pour la santé, les bénéfices secondaires, les risques, les mécanismes, la population cible, le protocole en lui-même, les professionnels concernés et le contexte d’utilisation. Les interventions doivent être sécurisées, efficaces, réalisables, et faire l’objet d’une étude d’implémentation.
Un référentiel pour le partage des bonnes pratiques
Un registre, referentielinm.org, ouvert et gratuit, dédié aux interventions non-médicamenteuses fondées sur des données probantes et centrées sur le patient, est en cours de constitution. "Il est plus qu’un catalogue, c’est une base de données globale en constante évolution, un système d’information scientifique sur-mesure pour différents publics, un outil de formation pour les professionnels, un support pour la reconnaissance des soignants et en particulier les médecins généralistes, un outil collaboratif pour la recherche en implémentation", a fait valoir le Pr Ninot.
Il répertorie déjà une thérapie par stimulation cognitive pour les malades Alzheimer, des protocoles d’éducation thérapeutique du patient sous chimiothérapie orale et à risque de mauvaise observance, des thérapies cognitivo-comportementales dans l’insomnie ou dans la fibromyalgie, des programmes d’exercices pour la prévention des chutes chez les malades de Parkinson, ou encore une thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) dans le traitement des symptômes du trouble de stress post-traumatique… A vous de l’enrichir de votre expérience.
Dans ce dossier:
- Sahos : le médecin généraliste en première ligne à toutes les étapes
- Comment aborder les conduites addictives avec les patients ?
- Repérer les violences invisibles au sein du couple
- L’importance d’un dépistage précoce des troubles cognitifs
- Antibiotiques : peut-on avoir confiance dans les recommandations françaises ?
- EBiM : le premier outil d'intelligence artificielle développé par et pour les médecins généralistes
Références :
30ème congrès de la World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians (Wonca) Europe (30 juin, 3 juillet).D’après la session keynote « Interventions non pharmacologiques » (3 juillet)
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