@Subbotina Anna/stock.adobe.com
Rhumatismes inflammatoires : optimiser la prise en charge avant la grossesse
Chez les patients atteints de rhumatismes inflammatoires, la rémission ne protège pas seulement les articulations : elle améliore aussi la fertilité et les chances de grossesse menée à terme. À condition d'adapter les traitements en amont du projet parental.
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Maladies à prédominance féminine, les rhumatismes inflammatoires sont liés à des troubles de la fertilité. Les raisons en sont multiples. "Ce sont des maladies qui touchent aux articulations, donc qui engendrent des incapacités physiques, une fatigue. Et cela a un impact sur la façon dont ces personnes vivent leurs relations, leur vie sexuelle", explique la Pre Laura Andreoli, du Centre danois d’expertise en rhumatologie (Sønderborg).
Plusieurs travaux ont montré que l’inflammation elle-même était associée à de moindres chances de conception. Ainsi, lors de l’étude néerlandaise PARA, menée de 2002 à 2010, 67% des femmes présentant une activité élevée de leur maladie (score DAS28 supérieur à 5,1) n’étaient toujours pas enceintes au bout d’un an, contre seulement 30% de celles en rémission (DAS28 inférieur à 2,6), un effet en grande partie médié par l’inflammation (1).
Adapter le traitement et viser la rémission
Egalement en cause, la prise de certains médicaments. Lors de l’étude PARA, la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) était ainsi liée à une baisse de 38% des chances de grossesse. Ceci serait dû à l’inhibition de la production de prostaglandines, essentielles à l’ovulation et à la nidation de l’embryon. De même, la prise de corticoïdes à forte dose (plus de 7,5 mg de prednisone par jour) est associée à une baisse de 60% des chances à un an.
D’où la nécessité, selon le Pr Radboud Dolhain, chef du service de rhumatologie du centre médical Erasme (Rotterdam, Pays-Bas), d’atteindre la rémission comme préalable à tout projet parental, tout en limitant le recours aux AINS et aux corticoïdes. Dans l’étude preCARA, son équipe est ainsi parvenue à atténuer fortement l’activité de la maladie grâce à une stratégie "treat to target" menée chez des femmes en âge de procréer (2).
Résultat, le délai avant grossesse n’était que de 91 jours, voire 65 jours chez celles ayant atteint la rémission, contre 251 jours lors de l’étude PARA (3). Selon Radboud Dolhain, "la rémission est tout à fait possible chez les femmes polyarthritiques en période préconceptionnelle, et elle est associée à une meilleure fertilité, à condition de mettre fin aux traitements à base d’AINS et de corticoïdes à haute dose".
Garder le contrôle de la maladie
Une fois la grossesse enclenchée, un autre combat débute pour les femmes polyarthritiques (4). Du fait de leur maladie, celles-ci sont à risque accru de complications, telles qu'un faible poids de naissance, un accouchement prématuré, une prééclampsie, des malformations congénitales et une mort fœtale (5). Là aussi, plusieurs études ont révélé que le risque croît avec l’activité de la maladie.
Côté traitements, les corticoïdes sont à éviter à forte dose, en raison d’un risque de naissance prématurée, de diabète gestationnel, d’infections maternelles et d’ostéoporose. Egalement à proscrire, le méthotrexate, du fait de sa génotoxicité. Il est conseillé d’arrêter ce médicament au cours des un à trois mois précédant une grossesse planifiée, pour s’orienter vers d’autres traitements de fond conventionnels, tels que la sulfasalazine et l’hydroxychloroquine.
Du côté des biothérapies, le profil de sécurité semble rassurant pour les anti-TNF alpha, sans risque accru de complications de grossesse ou de problèmes de santé au cours des premières années de vie (infections, cancers pédiatriques, réponses vaccinales, etc.). Faute de recul, il demeure en revanche recommandé d’interrompre les traitements par inhibiteur de JAK (JAKi).
Présentée au congrès, une étude norvégienne révèle une amélioration de la santé des femmes polyarthritiques enceintes, avec une nette baisse du score DAS28 entre 2007 et 2024. Cette tendance coïncide avec le recours plus fréquent aux anti-TNF alpha durant la grossesse. Lors d’une étude canadienne publiée en 2025, le recours accru à ces biothérapies chez la femme enceinte était lié à une baisse concomitante de l’usage de corticoïdes (6). Malgré cette embellie, les poussées inflammatoires demeurent la norme en postpartum.
Qu’en est-il chez les hommes atteints de rhumatismes inflammatoires ? Si leur santé reproductive est moins étudiée que celle des femmes, elle semble aussi très affectée par ces maladies. Ainsi, le risque d’infertilité masculine est accru de 70% en cas de polyarthrite rhumatoïde, de 50% en cas de spondyloarthrite axiale ou de rhumatisme psoriasique. A l’inverse, d’autres travaux ont montré que les hommes souffrant d’infertilité avaient 29% plus de risques de développer ultérieurement une polyarthrite rhumatoïde, et 112% d’être atteints d’un lupus érythémateux disséminé.
- Brouwer J et al., Annals of the Rheumatic Diseases, 15 mai 2014
- Smeele HT et al., Annals of the Rheumatic Diseases, 10 février 2021
- Quaak CH et al., Lancet Rheumatology, 26 mars 2026
- Rüegg L et al., Annals of the Rheumatic Diseases, 26 avril 2025
- Nørgaard M et al., Journal of Internal Medicine, 1er octobre 2010
- Flatman LK et al., Journal of Rheumatology, 1er novembre 2025
- Caroppo E et al., Human Reproduction, 1er février 2026
Au programme du congrès Eular 2026 :
- Quand la ménopause pèse sur les rhumatismes inflammatoires
- Spondyloarthrite ankylosante : en quête des phases précoces de la maladie
- Rhumatismes inflammatoires : l’Eular appelle à vacciner au plus tôt
- Longtemps méconnue, la chondrocalcinose sort de l'ombre
- Arthrose de la main : les formes érosives associées à un surrisque fracturaire
Références :
Congrès 2026 de European Alliance of Associations for Rheumatology (Eular 2026, Londres, 3-6 juin). D’après les sessions "From diagnosis to family building: navigating fertility in RMDs" (3 juin), "The importance of disease activity control before and during pregnancy" (3 juin) et "Managing fertility and pregnancy in patients with RMDs" (5 juin).
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