Rhumatisme

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Longtemps méconnue, la chondrocalcinose sort de l'ombre

Bien que très fréquents, les rhumatismes à cristaux de pyrophosphate de calcium (CPPD), ou chondrocalcinose, demeurent négligés et mal diagnostiqués. Les prochaines années pourraient marquer un tournant.

08/09/2026 Par Romain Loury
EULAR 2026 Rhumatologie
Rhumatisme

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Comme la goutte, la CPPD est liée à des dépôts articulaires de cristaux, en l’occurrence de pyrophosphate de calcium, qui engendrent inflammation et douleurs. "On continue à l’appeler ‘chondrocalcinose’, bien que ce terme désigne en réalité les dépôts articulaires, visualisés par radiographie. C’est un abus de langage : ces dépôts, extrêmement fréquents chez les personnes âgées, ne préjugent pas du caractère symptomatique", explique le Pr Tristan Pascart, chef du service de rhumatologie des Hôpitaux de l’Institut catholique de Lille.

Parfois dénommée "pseudogoutte"  dans sa forme aigüe, la CPPD se manifeste par des arthrites violentes, très similaires aux crises de goutte. "La différence majeure entre la goutte et la CPPD réside dans les articulations touchées. Alors que la goutte affecte le pied dans 90 % des cas au début de la maladie, le rhumatisme à pyrophosphate touche plutôt le genou, le poignet, la cheville, et même le rachis cervical", ajoute Tristan Pascart.

La physiopathologie demeure mal connue : "il y a probablement une part de changement métabolique lié au vieillissement, et un terrain génétique qui ne s'exprime qu’à un âge avancé. Autre possibilité, une susceptibilité inflammatoire accrue face à ces cristaux. Comme dans la goutte, certains globules blancs pourraient devenir hyper-réactifs", avance le rhumatologue lillois.

Une maladie confondue avec d’autres

Selon lui, la CPPD pourrait bien être le rhumatisme inflammatoire le plus fréquent, avec une prévalence qui atteindrait "autour de 5 % à 7 % chez les plus de 60 ans" (1). Pourtant, elle demeure très mal diagnostiquée, par confusion avec d’autres arthrites inflammatoires. En particulier avec la polyarthrite rhumatoïde séronégative (absence des anticorps typiques, comme les anti-ACPA), la pseudopolyarthrite rhizomélique, mais aussi l’arthrose.

"Nous voyons des erreurs de diagnostic toutes les semaines. La maladie est très hétérogène, avec des présentations cliniques très variées, qui peuvent mimer d'autres rhumatismes plus connus", indique Tristan Pascart. Pour l’arthrose, l’erreur peut s’expliquer par la fréquente association entre les deux maladies. "La présence des cristaux peut aggraver, ou précipiter, la dégradation du cartilage, ce qui peut conduire à de l'arthrose sur des articulations normalement épargnées, comme le poignet ou la base des deuxième et troisième doigts de la main."

Une prise en charge symptomatique

Contrairement à la goutte, pour laquelle il existe des traitements permettant d’abaisser l’uricémie et de dissoudre les cristaux articulaires, aucune des rares molécules évaluées à ce jour dans la CPPD n’est parvenue à éliminer les dépôts de pyrophosphate de calcium. Dès lors, la prise en charge vise avant tout à traiter la douleur et l’inflammation, mais sans s’attaquer à leur cause.

C’est pour les crises aigües que la stratégie est la mieux établie. Publié en 2023, le premier essai clinique mené dans la CPPD, dénommé Colchicort et conduit par l’équipe de Tristan Pascart, a comparé la prednisone et la colchicine chez 111 patients souffrant de crises aigües (2). A 24 h, les résultats étaient similaires dans les deux groupes, avec un léger avantage à la prednisone en termes de tolérance.

Le traitement des formes chroniques est en revanche plus compliqué, d’autant que la littérature scientifique ne compte que de rares études de cas. Parmi les traitements les mieux établis figure la colchicine, tandis que les résultats sont moins probants pour le méthotrexate. Plusieurs travaux prometteurs ont exploré la piste des biothérapies, en particulier ceux dirigés contre l’interleukine 1 et l’interleukine 6.

L’éveil de la recherche

La maigreur de l’arsenal thérapeutique pourrait expliquer le peu d’attention accordée à cette maladie. "Star de la rhumatologie", la polyarthrite rhumatoïde "dispose de nombreuses biothérapies, qui génèrent des financements pour la recherche. Il n'existe aucun médicament spécifiquement approuvé pour la CPPD, qui dispose donc de peu de soutien privé. Et même les financements publics sont difficiles à obtenir, car la maladie n'est pas perçue comme un enjeu de santé publique", déplore Tristan Pascart.

La donne pourrait changer au cours des prochaines années, avec plusieurs essais en préparation. "La France est en pointe sur le sujet : entre Lille et l’hôpital Lariboisière [Paris], nous pilotons plus de 50% des essais cliniques mondiaux actuels !", constate le rhumatologue. "Les laboratoires pharmaceutiques commencent à s'y intéresser, avec des médicaments à l’étude soit pour contrôler l'inflammation, soit pour éliminer les cristaux. Si nous parvenons à faire dans la chondrocalcinose ce dont on est capable avec la goutte, cela changerait tout."

  1. Jauffret C et al., Current Opinion in Rheumatology, 1er août 2025
  2. Pascart T et al., Lancet Rheumatology, 8 août 2023

Références :

Congrès 2026 de European Alliance of Associations for Rheumatology (Eular 2026, Londres, 3-6 juin). D’après la session "Diagnosis and management of difficult-to-treat CPPD" (4 juin). Et d’après un entretien avec Tristan Pascart.

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