Dermatologie

@marishkaTR/stock.adobe.com

Les biomarqueurs, bientôt au cœur de la pratique dermatologique ?

La dermatologie entre dans une nouvelle ère : celle de la médecine de précision. Alors que l’arsenal thérapeutique s’enrichit rapidement, notamment dans la dermatite atopique, une question devient centrale : quel traitement proposer à quel patient ? Les biomarqueurs pourraient apporter une partie de la réponse.

21/10/2026 Par Hélia Hakimi-Prévot
EADV 2026 Dermatologie
Dermatologie

@marishkaTR/stock.adobe.com

La dermatite atopique (DA) est une maladie hétérogène. Derrière un même diagnostic clinique se cachent des profils immunologiques différents, faisant intervenir notamment les voies IL-4, IL-13, mais aussi IL-22 ou encore l’interféron γ. Cette diversité biologique peut contribuer à expliquer pourquoi tous les patients ne répondent pas de la même manière à un traitement donné.

Les travaux présentés par la Pre Emma Guttman-Yassky, professeure de dermatologie et d’immunologie à l’Icahn School of Medicine, Mount Sinai, à New York, illustrent le potentiel de cette approche. Dans des études mécanistiques consacrées notamment au blocage de l’IL-4/IL-13 par le dupilumab, l’analyse des biopsies cutanées a permis de suivre les modifications de l’inflammation et de la barrière épidermique sous traitement. "Mais l’un des exemples les plus marquants concerne l’IL-22 : dans une étude exploratoire (1), son niveau d’expression initial semblait identifier un sous-groupe de patients particulièrement susceptibles de bénéficier ou, au contraire, de ne pas bénéficier, d’un ciblage de cette voie. Cette observation illustre le principe de la médecine personnalisée : le biomarqueur ne sert plus seulement à caractériser la maladie mais pourrait contribuer à orienter le choix thérapeutique", souligne la dermatologue.

Les "tape strips", à défaut de biopsie cutanée

Reste un obstacle pratique majeur : la biopsie cutanée. Douloureuse et difficilement répétable, elle est peu adaptée au suivi longitudinal, notamment chez l’enfant. L’équipe d’Emma Guttman-Yassky travaille donc sur une approche beaucoup moins invasive : les "tape strips" ou prélèvements successifs par bandes adhésives. "Cette technique permet de recueillir des molécules et des signatures d’expression génique présentes dans la peau superficielle", précise-t-elle. Les résultats présentés suggèrent que ces prélèvements peuvent reproduire une partie des signatures moléculaires observées sur biopsie. Ils permettent notamment de distinguer la DA du psoriasis et de suivre certaines anomalies de l’inflammation et de la barrière cutanée (2). Leur intérêt pourrait être particulièrement important chez l’enfant et dans des localisations où la biopsie est difficilement réalisable, telles que les mains.

Autre perspective : utiliser les biomarqueurs pour différencier des maladies cliniquement proches. "Dans l’eczéma chronique des mains, par exemple, les signatures moléculaires semblent différer selon que les patients présentent ou non une DA associée. De même, des travaux (3) sont en cours pour identifier des signatures permettant de distinguer DA, psoriasis et lymphome cutané à cellule T (CTCL), une problématique diagnostique particulièrement importante en pratique", affirme la spécialiste.

Pour Emma Guttman-Yassky, les biomarqueurs pourraient ainsi remplir plusieurs fonctions : améliorer le diagnostic, caractériser les différents endotypes d’une maladie, comprendre les mécanismes d’action des traitements et, à terme, identifier les patients les plus susceptibles de répondre à une thérapeutique donnée. Mais la chercheuse insiste sur une étape essentielle : "il faut passer de signatures biologiques prometteuses à des biomarqueurs validés et utilisables en routine. La plupart de ces approches restent aujourd’hui du domaine de la recherche clinique. Leur véritable révolution surviendra lorsqu’elles auront démontré leur reproductibilité, leur valeur prédictive et leur utilité pour améliorer concrètement les décisions thérapeutiques", confie-t-elle. La dermatologie de demain pourrait donc ne plus seulement demander "quelle maladie présente ce patient ?", mais aussi "quel est son profil biologique et quel traitement a le plus de chances d’agir sur ce profil ?". Pour la Pre Guttman-Yassky, les biomarqueurs constituent l’une des voies les plus prometteuses vers cette médecine dermatologique personnalisée.

(1) Brunner PM, et al. J Allergy Clin Immunol. 2019 Jan;143(1):142-154. 

(2) He H, et al. J Allergy Clin Immunol. 2021;147(1):199-212.

(3) Fleischli A, et al. J Allergy Clin Immunol. 2026.

Dermatite atopique : de nouvelles pistes

La compréhension de la dermatite atopique (DA) évolue, avec un intérêt croissant pour le rôle de la barrière cutanée, des nerfs et de la mémoire immunitaire. Le Pr Kenji Kabashima, professeur et chef du département de dermatologie de la Graduate School of Medicine de l’université de Kyoto, a notamment rappelé que l'"altération de la jonction entre les cellules de l’épiderme permet aux cellules de Langerhans et aux fibres nerveuses de pénétrer plus profondément dans l’épiderme. Cette proximité avec l’environnement extérieur pourrait favoriser l’inflammation et le prurit".

Autre piste : l’IL-31, cytokine produite notamment par les lymphocytes T activés, joue un rôle majeur dans le prurit de la DA en agissant sur des sous-populations de neurones sensoriels. Le ciblage de cette voie a déjà conduit au développement de traitements antiprurigineux.

Enfin, "même après disparition des lésions, des cellules immunitaires persistent dans la peau pendant plusieurs mois, formant des structures lymphoïdes susceptibles de contribuer aux rechutes. Ces pistes ouvrent la voie à des traitements visant non seulement à contrôler les symptômes, mais aussi, à modifier durablement la trajectoire de la maladie", résume le Pr Kabashima.

Références :

Congrès de l'European Academy of Dermatology and Verenology (EADV), Vienne, du 30 septembre au 3 octobre 2026. D’après la session plénière "Biomarkers that will change clinical practice" (30 septembre)

Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?

Pascale Debenest

Pascale Debenest

Non

J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus

10 débatteurs en ligne10 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Histoire
De jeune médecin inconnu à bourreau… Un historien retrace le parcours de Mengele, "l'Ange de la mort"
07/05/2026
0
Témoignage
Après la leucémie de son fils, elle se lance dans des études de médecine : "J'ai voulu redonner ce qu’on m...
05/05/2026
3
Témoignage
"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn...
15/04/2026
23
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2