cbd grossesse

CBD et grossesse : une association à haut risque

Le cannabidiol (CBD) connaît une popularité croissante. Chez la femme enceinte, son utilisation est en augmentation, pour soulager nausées, anxiété ou douleurs. Pourtant, des données suggèrent des effets délétères sur le développement fœtal et son génome.

20/01/2026 Par Alexandra Verbecq
CNGE 2025 Gynécologie-Obstétrique
cbd grossesse

Si le cannabis, en particulier le tétrahydrocannabinol (THC), est étudié depuis longtemps, le CBD, synthétisé depuis 1940, mais aussi le cannabinol, le cannabigérol et plus de 1 000 autres composants manquent d’études. La raison en est que le CBD n’est pas commercialisé en tant que traitement mais comme un "produit de consommation alimentaire".

Le CBD est vendu pour ses différentes vertus supposées. Il aiderait au sevrage du THC par son action sur les récepteurs cannabinoïdes endogènes. Il aurait une action sur les récepteurs de la douleur et ceux des opioïdes. Il serait un antiépileptique, un antinauséeux, un anxiolytique, un somnifère, un traitement de l’inflammation… Pour le Dr Marc Besnier, médecin généraliste à Poitiers, "les études de cohorte montrent que le CBD majore à terme les consommations de THC et augmente les douleurs (en cachant les récepteurs, ceux-ci sont ensuite surstimulés). C’est un antinauséeux et un anxiolytique médiocre. Ce n’est pas un somnifère et aucune démonstration n’a été faite concernant l’inflammation. Ainsi, le CBD n’a pas montré de preuve pour les différents arguments de vente proposés, excepté une faible indication dans le cas de l’épilepsie. Or, nos centres villes sont remplis de boutiques de CBD !"

Certains pays l’interdisent (Singapour, Dubaï, Indonésie). La Slovaquie le considère comme un stupéfiant. L’Italie le tolère jusqu’à 0,6 % de THC. La Suisse l’accepte jusqu’à 1 % de THC et il est en libre circulation au Luxembourg et au Canada. Dans l’Hexagone, environ 10 % des Français l’ont tenté. La moitié des consommateurs ont moins de 38 ans, dont 25 % de femmes en âge de procréer.

Ainsi, deux femmes enceintes sur dix déclarent l’avoir essayé au moins une fois, dont plus de la moitié en font des consommations au moins mensuelles. Celles-ci durent dans le temps et s’entretiennent (supérieur à 3 ans pour la moitié des consommateurs). Par ailleurs, deux tiers en achètent en ligne sans vérifier les composants.

Casser les idées reçues et les lobbies des fabricants

Seulement six études font un état des lieux et décrivent les effets du CBD pendant la grossesse. "Environ un cinquième de la consommation maternelle de CBD est stocké dans le compartiment fœtal. Cela a un effet diffuseur H24 tout au long de la grossesse. Le CBD augmente la perméabilité placentaire, laissant passer de nombreuses substances comme les xénobiotiques. Il crée une apoptose des cellules des cordons testiculaires, ce qui réduit la sécrétion de testostérone. Dans ces études, douze anomalies congénitales majeures sont décrites et sont exactement les mêmes qu’avec le THC. Il a des effets digestifs (atrésies diverses et sténoses intestinales, œsophagiennes, biliaires, maladie de Hirschsprung), des anomalies génito-urinaires, des hernies diaphragmatiques et des déformations musculosquelettiques (luxation congénitale de la hanche, fente palatine, déformations des jambes)", alerte le médecin. Cette consommation a des effets-doses, des effets de seuil et des effets génotoxiques. "Le CBD a un véritable effet épigénétique. L’enfant qui va naître aura une altération de son génome, qu’il va ensuite transmettre au suivant", poursuit-il.

D’une part, les études chez l’animal ont montré une diminution de la vascularisation, une altération de l’angiogenèse, des troubles métaboliques, un stockage dans le cerveau fœtal, avec un impact sur la croissance cérébrale, des troubles comportementaux, une altération du syncytiotrophoblaste, des cellules endothéliales, et ainsi une croissance diminuée de 10 %.

D’autre part, les consommations de CBD sont associées à des comportements hédoniques : de 30 à 40 % des individus consomment également de l’alcool afin d’avoir un effet psychostimulant, en particulier dans le chemsex. La consommation quotidienne est fortement banalisée (doses et fréquence).

Du côté des femmes enceintes, les arguments de vente concernent tous les termes. "De magnifiques brochures vous disent : 'premier trimestre, c’est parfait pour les nausées', 'deuxième trimestre, vous regagnez de l’appétit et vous avez un meilleur sommeil', 'troisième trimestre, vous diminuez la douleur et le stress'. Les médecins jouent un rôle très important pour casser les lobbies et faire comprendre que non seulement le CBD n’a pas d'effet bénéfique démontré dans la littérature, mais qu’il a un rôle délétère pour la grossesse. Si aujourd’hui, le principe de précaution n’est pas appliqué, ce sont les générations futures qui en subiront les conséquences !', conclut le Dr Besnier.

 

Au sommaire de ce dossier:

- Prendre en charge l’HTA aujourd’hui

- La maladie rénale chronique : diagnostiquée trop tardivement

- Violences conjugales : les repérer et les signaler

- Dépistages : savoir évaluer la pertinence

Références :

D’après la session "Addictions - Usage thérapeutique du cannabidiol (CBD)" lors du 25e Congrès national du CNGE Collège académique (Toulouse, 3 au 5 décembre 2025).

Références :

- Maria Resah B. Villanueva, et al. Cureus Journal of Medical Science, juillet 2022.
- Despina Bolanis, et al. Journal of Affective Disorders, septembre 2020.
- Michael White C, et al. The Journal of Clinical Pharmacology, février 2019.
- Hädener M, et al. International Journal of Legal Medicine, janvier 2019.
- Brian J Piper, et al. Journal of Psychopharmacology, avril 2017.
- Lau N, et al. Drug and Alcohol Review, avril 2015.
- Izzo AA, et al. British Journal of Pharmacology, février 2012.
- Mechoulam R, et al. Chemistry & Biodiversity, août 2007.

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Gynécologie-obstétrique
il y a 1 mois
En gynécologie on avait le même problème avec la DHEA (qui est rappelons le une hormone mâle surrénalienne faiblement active avec un effet de boost plus ou moins placébo indiscutable notamment sur la libido) Ce sont les mêmes complotistes antihormones et gynéco-bashistes qui vous scandaient comme un disque rayé "les hormones à la ménopause on n'a pas de recul" (alors que ça fait 40 ans qu'on donne de l'oestrogel) et qui s'empiffrent de machins douteux, non certifiés, non étudiés, fabriqués on ne sait où et prescrits n'importe comment) . 🤰 La le problème est encore différent parce qu'on touche un binôme "Mère-Enfant" Et que si on connaît peu les effets des métabolites du cannabis sur l'adulte (l'étude présentée en référence à partir d'histoires de chasse qui se comptent sur le doigt du pouce est un peu trop alarmiste pour être réellement crédible), ça reste encore plus aléatoire sur l'embryon et sur foetus. Le foetus a une double caractéristique générique : 1️⃣ Il est immature (par définition) : il a un foie immature et en cerveau immature 2️⃣ le compartiment foeto placentaire est un filtre-amplificateur à métabolites (en clair : tout ne passe pas, mais quand ça passe (notamment les toxiques) ça a du mal de ressortir et ça concentre. ✔️ Un verre d'alcool à éliminer pour un foie d'adulte correspondrait globalement à une bouteille pour un foie de foetus) L'embryon c'est le début du premier trimestre, donc la formation : c'est la qu'on est tératogène et pas après (passé 3 mois il n'y a plus de malformations même si on est exposé à un tératogène) Le foetus c'est la mise en place des systèmes dont le plus important et le plus sensible est le cerveau. Le problème devient celui du développement. On met à part le problème de l'allaitement où on a un fœtus quasi-mature mais qui n'est plus protégé : ni par le foie (ou le poumon) de sa mère, ni par son "propre" placenta (ce qui explique qu'un nouveau né exposé au sein est parfois plus à risque qu'un foetus en fin de grossesse.) Mais ça c'est la théorie : 🩺 La pratique c'est l'étude scientifique rigoureuse des cas exposés et la c'est un grand vide parce qu'on a rien de robuste. Quand on interroge notre site de référence : lecrat.fr 🚭 Pour Cannabis => La réponse est argumentée : c'est comme le tabac en pire puisque ça inonde un cerveau en pleine formation. ❔ Par contre THC ou CDB = silence radio, rien de sérieux à exploiter. ⚠️ SURTOUT NE PAS CONFONDRE:⚠️ ✔️ Absence d'études et absence de risque ! ➡️ Donc : principe de précaution obligatoire (Was kenne ich nicht das esse ich nicht" ce qu'on ne connaît pas, on ne mange pas" 1- abstention dans le 1er trimestre 2- utilisation raisonnée ensuite après élimination des alternatives documentées en analysant l'indication de la prescription qui est souvent le vrai problème et le vrai risque. On retient que l'enfer est pavé de bonnes intentions : on ne veut pas faire de mal à son bébé en picolant ou en prenant des vrais médicaments de vrais docteurs avec des vraies notices, alors on écoute les copines sur internet ...

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