maladie rénale

La maladie rénale chronique : diagnostiquée trop tardivement

Silencieuse pendant de nombreuses années, la maladie rénale chronique est souvent diagnostiquée tardivement, ce qui augmente le risque de complications cardiovasculaires et de progression vers une insuffisance rénale terminale. 

20/01/2026 Par Alexandra Verbecq
CNGE 2025
maladie rénale

The Lancet, dans son éditorial du 22 novembre 2025, vient de lancer une alerte sur l’impact des maladies rénales chroniques (MRC) et l’importance de les détecter et de les traiter à temps afin d’éviter les complications. L’OMS estime ainsi qu’en 2040, les MRC deviendront la cinquième cause de décès au monde.

La MRC est fréquente, silencieuse et coûteuse. "Près de 6 millions de personnes en France en sont atteintes", indique Yvanie Caillé, fondatrice de Renaloo. Un chiffre en constante augmentation, sa prévalence étant étroitement liée au vieillissement de la population et à l’accroissement des maladies métaboliques (diabète et HTA). Pour la Dre Agnès Oude Engberink, médecin généraliste à Cabestany (66), "la MRC est coûteuse, essentiellement parce qu’elle multiplie par 8 à 10 le risque cardiovasculaire mais aussi car certains patients auront des traitements de suppléance très lourds au moment du stade terminal"."Cependant, sa prise en charge par les praticiens non spécialistes est malaisée, en raison notamment de signes cliniques peu spécifiques, de bilans biologiques non usuels et de la nécessité d’adaptations thérapeutiques itératives du fait des fluctuations de la fonction rénale. La prise en charge néphrologique se décale ainsi vers les stades avancés de la MRC, où son efficacité est moindre, et les lésions cardiologiques déjà établies", prévient la Pre Marie Essig, néphrologue à l’hôpital Ambroise-Paré (Boulogne-Billancourt, 92).

Les recommandations internationales définissent la MRC par l’existence, depuis plus de trois mois, d’une anomalie de la structure ou de la fonction rénale. Celle-ci est elle-même déterminée par plusieurs critères qui indiquent la baisse du débit de filtration glomérulaire (< 60 ml/min/1,73 m2) ou qui montrent l’atteinte rénale, parmi lesquels figurent des anomalies urinaires (albumine) ou sanguines, des anomalies morphologiques, des anomalies histologiques ou des antécédents de transplantation. Cette définition permet de classer la MRC en cinq stades fondés sur deux dimensions (recommandations KDIGO) : le DFG (stades de G1 à G5) et l’albuminurie (stades de A1 à A3), celle-ci étant un marqueur précoce du risque cardiovasculaire. Pour la Dre Oude Engberink, "la plupart des MRC ont des causes vues très fréquemment dans nos cabinets, comme le diabète (45 %) et l’hypertension (30 %). Mais 18 % ont des causes indéterminées". Les facteurs de risque de la MRC, outre le diabète et l’HTA, sont l’obésité, les pathologies cardiovasculaires, les maladies de système, les rhumatismes inflammatoires, les problèmes urologiques ou une insuffisance rénale aiguë, les médicaments néphrotoxiques et enfin les antécédents familiaux de problèmes rénaux. "L’approche cardio-néphro-métabolique – s’appuyant sur l’interconnexion entre la maladie rénale, les troubles cardiovasculaires, le diabète de type 2, l’obésité, initialement proposée par l’American Heart Association (Circulation, octobre 2023) – est portée en France par l’Académie nationale de médecine et l’Assurance maladie qui, dans son rapport 2025, prône une approche globale des maladies cardiovasculaires et associées", souligne Yvanie Caillé.

Un dépistage simple en soins primaires

Le dépistage de la MRC repose sur deux tests simples. Ils sont recommandés annuellement chez les sujets à risque. L’un, fondé sur la mesure de la créatinine sanguine, évalue le débit de filtration glomérulaire (DFG). L’autre estime l’albuminurie à partir d’un échantillon d’urine, en calculant le rapport albumine/créatinine. L’albuminurie est un marqueur clé de risque évolutif et cardiovasculaire. L’utilisation du tableau de stratification KDIGO permet de catégoriser le risque (faible, modéré, élevé ou très élevé). Cette classification guide la fréquence du suivi et la nécessité d’un avis spécialisé.

Concernant la prise en charge, "nous commençons par équilibrer les pathologies associées (diabète, hypertension, etc.) et par mettre en place des mesures hygiéno-diététiques pour lutter contre le surpoids. Des médicaments néphroprotecteurs sont prescrits, certains étant, par ailleurs, indiqués dans les pathologies associées. La prise de néphrotoxiques doit être limitée. Depuis quelques années, nous disposons de traitements spécifiques de la MRC, comme les inhibiteurs du SGLT2, que nous pouvons prescrire chez les patients albuminuriques n’étant ni diabétiques ni hypertendus. L’adressage au néphrologue, selon l’algorithme KDIGO, s’effectue pour les patients ayant un DFG < 30 ml/min/1,73 m2 et/ou ceux ayant une albuminurie élevée (> 300 mg/g ou > 30 mg/mmol) mais aussi ceux ayant un DFG modérément diminué et une albumine modérément élevée", indique la Dre Oude Engberink.

 

 

Références :

D’après la session « Maladie rénale chronique : optimiser le dépistage et la prise en soins » lors du 25e Congrès national du CNGE Collège académique (Toulouse, 3 au 5 décembre 2025).

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