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Santé cardiovasculaire des femmes : un livret pratique pour les médecins
Informer, dépister plus précocement, intégrer les spécificités féminines et réduire les inégalités de prise en charge : tels sont les objectifs du Conseil National Professionnel Cardiovasculaire (CNPCV). Avec l’ensemble des acteurs de la santé cardiovasculaire en France, il publie un texte de référence pour les professionnels de santé.
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À l’initiative du ministère de la Santé, dans le cadre du plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027, un large collectif d’experts s’est mobilisé pour repenser la prévention cardiovasculaire au féminin. Repérer les femmes à risque, agir en amont, corriger les facteurs modifiables... Ces objectifs ont guidé la rédaction d'un texte de référence, destiné aux soignants, associé à un poster à mettre en salle d'attente pour les patients.
Le texte - diffusé depuis le 5 mai par le Conseil National Professionnel Cardiovasculaire (CNPCV), le Collège de Médecine Générale et les sociétés partenaires - rappelle les constats épidémiologiques, les facteurs de risque à dépister et les particularités de la douleur cardiaque chez la femme. "Il propose aussi une démarche d'éducation et d'accompagnement structurée", indique Dr Marc Villacèque, président du CNP Cardiovasculaire. Coordonné par le CNPCV et mené en collaboration avec plusieurs sociétés savantes et conseils nationaux*, ce travail a réuni de nombreux acteurs : médecins généralistes, urgentistes, cardiologues, gynécologues, pharmaciens, mais aussi des associations de patients et des organisations comme la Fédération française de cardiologie.
Le document présente, tout d'abord, le moyen mnémotechnique "C.OE.U.R.S" : pour favoriser la prévention cardiovasculaire chez la femme : Contrôler (ses facteurs de risque cardiovasculaire), Œil (ouvert sur les signes de l’infarctus du myocarde), Urgence (à consulter en cas de gêne thoracique à l’effort), Réagir (vite et appeler le 15 pour toute douleur thoracique de plus de 20 minutes), Suivi (régulier chez les patientes avec maladie cardiovasculaire).
Il rappelle également plusieurs constats. En France, les maladies cardiovasculaires sont responsables de plus de 72 000 décès chaque année, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité après le cancer. Autre signal préoccupant : la progression des infarctus chez les femmes jeunes, pourtant longtemps considérées comme protégées par leurs hormones. "Cette protection est relative : les facteurs de risque classiques ont en réalité un impact plus sévère chez les femmes", souligne le Dr Stéphane Manso-Silberman, cardiologue interventionnelle, à l'Institut de Cardiologie de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Le tabac, le diabète ou encore l’hypertension artérielle exposent les femmes à un risque plus élevé que les hommes. Par ailleurs, les femmes consultent plus tardivement, ce qui retarde leur traitement et aggrave le pronostic.
Des facteurs de risques spécifiques
Le texte du CNPCV insiste sur la nécessité de repérer, lors de toute consultation, les facteurs de risques classiques mais aussi, ceux qui sont propres aux femmes. De fait, certaines complications de la grossesse (pré-éclampsie, diabète gestationnel, prématurité ou fausses couches répétées) sont aujourd’hui reconnues comme des marqueurs précoces de risque cardiovasculaire. "D’autres pathologies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques sont également associées à un risque accru, en raison d’un état inflammatoire chronique. La ménopause précoce (avant 40 ans) constitue un autre facteur important, en raison de la chute des œstrogènes, hormones protectrices pour le cœur", souligne Anne Gompel, ancienne présidente du Collège national des enseignants de gynécologie médicale. Certains traitements peuvent aussi influencer le risque cardiovasculaire. C’est le cas de la contraception œstroprogestative et des traitements du cancer du sein, souvent cardiotoxiques à long terme. D’autres déterminants sont identifiés : la charge mentale et le stress chronique, l’exposition environnementale (pollution, produits toxiques), la précarité socio-économique et les violences physiques, psychologiques ou sexuelles.
Toute douleur thoracique doit alerter
Le document rappelle les idées reçues sur la santé cardiovasculaire des femmes. Il souligne notamment qu'elles ne présentent pas des symptômes radicalement différents de ceux des hommes en cas d’infarctus. "Dans l’immense majorité des cas, elles ressentent une douleur thoracique typique, constrictive, oppressante, irradiant parfois dans le bras ou la mâchoire", rappellent les experts. Autrement dit, le tableau classique existe bel et bien. Mais il est souvent sous-estimé ou ignoré. Résultat : les femmes ont tendance à minimiser leurs symptômes, à attendre, voire à se reposer en pensant que "ça va passer". Un réflexe dangereux. "Le message est clair : toute douleur thoracique doit alerter. Si elle dure plus de 20 minutes, il faut appeler immédiatement le 15", note la Pre Martine Gilard, CNP Cardiovasculaire, membre de l'Académie de Médecine.
Pour la Pre Claire Mounier-Vehier, cofondatrice de l’association Agir pour le cœur des femmes, "produire des recommandations via un texte de référence ne suffit pas, il faut les faire vivre sur le terrain." Cela passe par la formation des professionnels de santé, l’information des femmes, des actions de proximité, comme le "Bus du cœur des femmes" ou encore, des campagnes de sensibilisation au dépistage cardiovasculaire chez les femmes telles que le clip "Tu as vu ta/ton gynéco… et ta/ton cardio?", lancé par la Fondation Coeur et Recherche.
"Généralistes, gynécologues, sages-femmes et pharmaciens jouent un rôle clé : ils sont en première ligne pour repérer les risques, poser les bonnes questions et orienter rapidement. Enfin, il faut éduquer et autonomiser les patientes afin qu'elles puissent mieux préparer leurs consultations, connaître leurs facteurs de risques et les signes de l’infarctus du myocarde", conclut la cardiologue.
*Collège de médecine générale, Collège français de médecine d’urgence, Société nationale de gynécologie médicale, Conseil national professionnel de la pharmacie, Alliance du cœur, Société française de cardiologie, Syndicat national des cardiologues, Collège national des cardiologues français, Collège national des cardiologues des hôpitaux, Fédération française de cardiologie, Fondation cœur et recherche, Agir pour le cœur des femmes, Société française d’hypertension artérielle
Références :
Source : Conférence de presse du Conseil National Professionnel Cardiovasculaire et de ses partenaires (5 mai)
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