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"Tinder" des docteurs juniors de médecine générale : la grande opération de matching avec les MSU commence
La procédure d'appariement des docteurs juniors de médecine générale s'ouvre pour la première fois mardi 1er septembre. Couacs, manque de maîtres de stage, discrimination… Les craintes sont encore nombreuses pour ces internes, qui ont jusqu'au 29 septembre pour trouver leur futur terrain de stage.
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C'est une nouvelle grande étape pour la réforme de la quatrième année de médecine générale. Après des mois de discussions et de peaufinage, la plateforme d'appariement des futurs docteurs juniors et de leurs maîtres de stage universitaires (MSU) s'ouvre ce mardi 1er août. La procédure, qui doit prendre fin le 29 septembre, est communément appelée "Tinder" des docteurs juniors puisqu'elle repose sur un système de notation avec un à cinq cœurs et de "matchs". Elle doit permettre aux près de 3 700 internes concernés de trouver leur terrain de stage pour les six prochains mois.
Et si de nombreuses questions ont été résolues ces derniers mois, comme la possibilité pour les MSU de ne classer que dix internes s'ils reçoivent plus de dix vœux ou pour les docteurs juniors de ne noter que 10% des postes de terrains de stage proposés dans leur subdivision – contre 20% initialement -, d'autres interrogations subsistent. A commencer par celles de la soutenabilité de la plateforme, gérée par l'Uness*. "Les derniers retours qu'on a pu nous faire, c'est que tout va bien se passer", rapporte Caroline Barichon, présidente de l'Isnar-IMG**. Mais "on n'a pas vraiment de garanties sur ce point-là. On ne peut que leur faire confiance", poursuit la syndicaliste.
Car si des "tests internes ont été réalisés par des ingénieurs" sur la plateforme – officiellement nommée SiiMOP-Appariement -, "il n'y a pas eu de test avec tous les docteurs juniors concernés", rappelle Arthur Poncin, président de l'Isni***. "Ce qui nous fait peur, c'est que la plateforme n'a pas été créée pour gérer autant d'internes en même temps." Le site est déjà utilisé pour dispatcher les docteurs juniors des autres spécialités, mais "on n'a pas des promotions comme on va avoir, avec des fois 300 ou 400 docteurs juniors" de médecine générale par subdivision, détaille-t-il.
Contactée par Egora, l'Uness rappelle que la plateforme d'appariement repose notamment sur la "thèse indépendante d'un étudiant en médecine générale", "à qui un accès aux données de test a été fourni" et qui "a pu confirmer que SiiMOP-Appariement tenait le test de charge, et que depuis novembre 2020 tout se passait bien pour toutes les spécialités concernées". "Cette année, la plateforme a également adapté le processus pour intégrer la quatrième année de médecine générale, qui fait figure d'exception sur la plateforme", poursuit l'opérateur technique. "Une équipe support reste dédiée à la surveillance des serveurs, ainsi qu'une équipe de développeurs mobilisée."
Pour Caroline Barichon, les "bugs" ne seront pas inévitables, "mais on espère qu'il y aura une réactivité pour qu'ils soient résolus rapidement", avance l'interne, qui insiste toutefois sur les "filets de sécurité qui ont été accordés" aux futurs généralistes. Et en particulier la présence de quatre tours d'appariement, dont un manuel à la fin de la procédure "s'il y a encore des étudiants sans MSU apparié après les trois premiers tours".
La quasi-totalité des terrains de stage trouvés
Une autre question occupe tous les esprits : y aura-t-il assez de MSU pour accueillir les près de 3 700 docteurs juniors ? Selon le Pr Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), "95% des subdivisions" sont en mesure de fournir suffisamment de terrains de stage ambulatoires aux docteurs juniors. Seule l'île de La Réunion ne compte pas assez de MSU. "On est à 78%" de terrains de stage ambulatoires, indique Olivier Saint-Lary, citant des chiffres présentés par le ministère de la Santé au cours de l'été. Le travail pour trouver de nouveaux maîtres de stage "a été continué cet été [à La Réunion, NDLR], donc on espère vraiment que le plus de terrains de stage possibles vont être agréés", souligne l'universitaire.
Du côté de l'Isnar-IMG, on alerte surtout sur le taux d'inadéquation, qui oblige normalement à ouvrir des terrains de stage en plus pour permettre à tous les internes d'avoir un "vrai choix". "Il n'est pas respecté dans tous les subdivisions", assure Caroline Barichon.
Or, ce non-respect pourrait avoir des conséquences, notamment sur les docteurs juniors qui décideraient de faire leur premier stage de quatrième année en milieu hospitalier – un choix tout à fait possible "selon leur projet professionnel". L'esprit de la réforme encourageant les étudiants à aller vers un stage en ambulatoire et à y rester une année, "il y [aura] une reconduction tacite" du stage du premier semestre lors du deuxième, explique la syndicaliste. Cette situation pourrait donc mettre en difficulté les docteurs juniors qui décideraient de se tourner d'abord vers l'hôpital puis vers l'ambulatoire. "S'il n'y a pas de nouveaux terrains de stage ouverts [d'ici mai], il est possible que ces internes n'aient pas accès à un stage en ambulatoire au deuxième semestre", craint la présidente de l'Isnar-IMG. "On n'a aucune garantie qu'il y aura assez de MSU pour eux."
Pour Olivier Saint-Lary, l'inadéquation devrait en réalité être respectée dans la majorité des subdivisions en raison de "quelques invalidations supplémentaires" d'internes ces dernières semaines. Ces étudiants ne débuteront donc pas leur quatrième année en novembre, laissant plus de choix aux futurs docteurs juniors. "On va probablement avoir une inadéquation un peu plus importante que prévue dans quelques subdivisions", confirme le généraliste.
Mais un autre point interroge : la diffusion des fiches décrivant les terrains de stage. Il était prévu que ces documents soient affichés sur la plateforme à partir de début juin ; les docteurs juniors devant, de leur côté, déposer un CV et une lettre de motivation. Selon Arthur Poncin de l'Isni, la publication de ces fiches a pris du retard, certains MSU n'étant pas encore agréés au milieu de l'été. Impossible donc, d'après lui, que les "échanges de fiches ou de CV" aient eu lieu dans les délais prévus. "Je ne sais pas comment les pauvres futurs docteurs juniors de médecine générale [qui n'ont pas de projet professionnel précis pour cette année] vont choisir leur maître de stage", s'inquiète-t-il. "Ça va se faire au système D."
"Tout est un point de vigilance"
Du côté de l'Isnar, les retours sont plus positifs. "On n'a pas eu de remontées de problématiques" sur ce sujet, indique Caroline Barichon. D'autant que les représentants des terrains de stage avaient jusqu'au 31 août pour faire la description du poste qu'ils proposent, tempère-t-elle. Le président du CNGE reconnaît, lui, qu'une "forme d'hétérogénéité" est possible dans les descriptions des stages. "Il peut y avoir une diversité en fonction des régions", indique le Pr Saint-Lary, rappelant toutefois que le CNGE a fourni "une proposition de description type à tous les départements de médecine générale".
Reste que la plateforme est effectivement ouverte depuis juin "pour que les étudiants déposent leur CV", affirme l'Uness. "De la même manière, les responsables de terrain de stage ont également eu la possibilité de renseigner les descriptifs de terrain de stage", poursuit la structure. Et d'assurer : "Pour le moment, le processus reste fluide et les cas particuliers sont traités au cas par cas".
Alors que la procédure d'appariement s'ouvre ce mardi, "tout est un point de vigilance", insiste Arthur Poncin, précisant que "les choses sont [pour l'heure] plutôt stabilisées". Une attention sur laquelle insiste également Caroline Barichon, qui pointe notamment l'absence d'anonymisation des dossiers des docteurs juniors. "On l'accepte tout à fait. Par contre, il y a un risque de discrimination, glisse-t-elle. Il faut qu'on reste vigilants pour veiller au respect du droit des internes et éviter ce genre de déviances."
Il en va de même pour des craintes de "redoublements abusifs ou de demandes de disponibilité très encouragées, voire forcées" dans certaines subdivisons qui ont été remontées aux syndicats. Et ce, "pour entrer en adéquation avec le nombre de MSU recrutés", avance Caroline Barichon, dénonçant des situations inacceptables si elles ne sont pas justifiées. "C'est un point qu'il faut garder en tête car c'est un risque qu'il peut y avoir […] On essaiera au maximum d'éviter ce genre de glissements."
*Université numérique en santé et sport.
**Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale.
***Intersyndicale nationale des internes.
90% des cartes CPF envoyées
Le Gouvernement avait assuré que les cartes CPF, spécifiques à l'exercice des docteurs juniors, seraient envoyées à partir de début juillet aux internes concernées. Un délai qui semble avoir été tenu. Selon les dernières remontées, "les cartes étaient en cours de réception", affirme Caroline Barichon. "J'ai vu plusieurs internes nous envoyer des photos de leur carte bien reçue." Lors du dernier point d'information du comité de suivi de la quatrième année fin juillet, "90%" des cartes avaient été envoyées, confirme Arthur Poncin. "Les 10% restants vont être transmises début septembre pour les futurs docteurs juniors qui n'auraient pas mis à jour ou renseigné leur adresse."
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