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Le temps de travail des médecins libéraux est "durablement en baisse", pointe l'Igas-IGF

En 20 ans, la durée hebdomadaire effective de travail a diminué de 16% pour les généralistes libéraux et de 11% pour les autres spécialistes, révèle un rapport des inspections générales daté du 25 août. Une "tendance durable" qu'il faut mieux prendre en compte dans l'évaluation du nombre de médecins à former. 

31/08/2026 Par Aveline Marques
Temps de travail
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Plus que le nombre de médecins en activité, c'est le temps médical disponible qui détermine la capacité à répondre aux besoins de santé de la population. Fort de ce constat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a missionné en décembre dernier les inspections générales des affaires sociales (Igas) et des finances (IGF) sur le temps de travail des médecins en ville, comme à l'hôpital. Pour Matignon, l'enjeu est notamment de mieux "intégrer" les évolutions tendancielles de l'activité des praticiens "aux projections du nombre de médecins à former". Il s'agit également de "comparer, pour certaines spécialités, les écarts de temps de travail, d'amplitude horaire et de rémunération entre les différents modes d'exercice (public/privé, salarié/libéral)" et d'évaluer leur "impact" sur l'attractivité des modes d'exercice, peut-on lire dans la lettre de mission. 

Sur ce plan, la mission a largement botté en touche, par manque de temps, mais aussi par manque de données. Alors que l'exercice mixte se développe, aucune base de données "ne permet de mesurer, à l'échelle individuelle, le temps de travail consolidé d'un médecin, tous modes d'exercice confondus". Le temps de travail effectivement disponible, par spécialité, par territoire et par mode d'exercice constitue ainsi "un angle mort pour le pilotage de l'offre de soins". La mission recommande donc d'y remédier en créant un répertoire des médecins contenant leur identifiant RPPS et leur code statistique non signifiant "afin de constituer une base d'appariement entre les données d'exercice salarié et d'activité libérale". Elle suggère également de mettre en place un horodatage des données de facturation carte Vitale. 

De plus en plus de médecins travaillent 4 jours par semaine 

Du côté de la Ville, les enquêtes déclaratives existantes (Drees, Insee) tout comme les travaux sur les données statistiques menés par la mission "montrent une baisse du temps de travail des médecins libéraux, avec un phénomène plus marqué chez les médecins généralistes depuis une quinzaine d'années". Selon des travaux en cours d'exploitation par la Drees, "la durée hebdomadaire effective déclarée* a diminué depuis vingt ans de 16% pour les médecins libéraux généralistes et de 11% pour les médecins libéraux spécialistes". L'ensemble des libéraux déclarent ainsi travailler en moyenne 37.5 heures par semaine. Le rajeunissement et la féminisation de la profession ont eu une "incidence sur la quotité de temps médical global", constate la mission, "même si sur le moyen terme la différence entre femmes et hommes tend à disparaître". 

Analysant les données de remboursement du SNDS, l'Igas-IGF pointe encore une diminution du nombre de jours d'exercice libéral pour l'ensemble des neuf spécialités étudiées** entre 2021 et 2025. Une baisse "particulièrement marquée" (–8%) pour les généralistes (205 jours en 2025, contre 222 en 2021), qui exercent en moyenne 4.4 jours. Elle est également forte chez les pédiatres (-8%), mais plus modérée pour les autres spécialités étudiées (-3 à 5%), qui exercent en moyenne 184 jours dans l'année (contre 191 jours en 2021), soit 3.9 jours par semaine. "Par ailleurs, la part des praticiens exerçant en 2025 quatre jours par semaine ou moins atteint 29% chez les généralistes et 51% chez les spécialistes, contre respectivement 18% et 43% en 2021". 

 

Intensification des journées de travail 

Mais cette baisse "ne s'est pas accompagnée d'une baisse équivalente de l'activité à l'échelle individuelle", souligne la mission. De fait, l'activité des libéraux s'est intensifiée : si le nombre d'actes (-5%) et de contacts*** (-6%) annuels a diminué pour les généralistes, le nombre de contacts par jour a augmenté (+0.6). La perception du temps de travail des médecins est d'ailleurs différente : 35% des libéraux interrogés par l'Igas-IGF**** ont l'impression d'avoir augmenté leur temps de travail et pour 40% d'entre eux, il est resté plutôt identique.  

Autre donnée importante : 48% des médecins déclarent qu'ils souhaitent réduire leur temps de travail dans les prochaines années. Une volonté, présente y compris chez les plus jeunes (plus de 20% des moins de 35 ans), qui témoigne des "nouvelles aspirations" des médecins. "La prise en compte de la charge de travail et de la capacité à articuler temps de travail et vie personnelle ont pris une importance croissante chez les médecins, à l'instar du comportement du reste de la population active", souligne la mission, qui appelle à mieux intégrer cette "tendance durable" dans l'évaluation des besoins en médecins, les projections relatives à la démographie médicale et, in fine, dans la fixation des objectifs pluriannuels de formation. 

Des nouvelles organisations et de nouveaux outils trop peu évalués 

Également chargée par le Premier ministre de mesurer l'impact des nouvelles organisations (MSP, CPTS, assistants médicaux …) sur le temps de travail des médecins, la mission Igas-IGF s'est heurtée à l'insuffisance des évaluations. Si le regroupement en maison de santé est souvent perçu comme un "levier de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle" (mutualisation de l'accueil, relais des confrères…), il s'accompagne d'un temps important de coordination et d'animation, signale le rapport.  

Quant aux centres de santé, s'ils enrichissent l'offre de soins de premier recours dans des zones sous-denses et à destination des publics défavorisés, ils ne permettent pas d'optimiser le temps médical. Un précédent rapport de l'Igas relevait en 2022 un ratio médian de file active de médecin généraliste par ETP annuel à 1481 patients, "alors que chez les médecins généralistes libéraux il était de 1556 la même année". 

De même, les partages de compétences entre professionnels de santé pourraient constituer un levier en matière de libération de temps médical, "mais leurs effets restent à confirmer", insistent les inspecteurs. 

Enfin, le gain de temps permis par les outils numériques est loin d'être évident. "Les médecins rencontrés par la mission ont notamment souligné les difficultés d'ergonomie du DMP, en particulier l'accès insuffisamment rapide à une information utile, synthétique et hiérarchisée, mentionne le rapport. L'accumulation de documents, sans moteur de recherche performant ni synthèse automatique, peut limiter le gain de temps attendu.' Pour l'Igas-IGF, avant de déployer de nouveaux dispositifs, il faut "évaluer ceux qui existent déjà", en croisant les données d'activité, d'équipement, de participation aux dispositifs et, lorsque cela est possible, des données plus fines issues des logiciels métiers ou des enquêtes auprès des médecins". "Sans ce travail d'évaluation […], les politiques publiques continueront de financer des leviers supposés libérer du temps médical sans pouvoir ne mesurer ni leurs effets réels, ni les conditions de leur efficacité." 

 

*Cette durée tient compte du volume des congés pris sur l'année. 

**Médecine générale, anesthésie-réanimation, cardiologie, chirurgie, dermatologie, gynécologie, ophtalmologie, pédiatrie et psychiatrie. 

***Nombre de patients vus par le médecin au cours de l'année, un même patient pouvant être comptabilisé plusieurs fois. 

****Enquête conduite du 4 avril au 4 juin 2026 auprès de 7 spécialités (anesthésie-réanimation, cardiologie, dermatologie, gynécologie, ophtalmologie, pédiatrie, psychiatrie). 1560 médecins ont répondu. 

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