@Didier Doceux/stock.adobe.com
Napoléon n'a pas été empoisonné par la terre de Sainte-Hélène
Les analyses des sédiments prélevés sur les lieux fréquentés par l'empereur déchu n’ont révélé aucun risque sanitaire potentiel lié à une exposition à l’arsenic, conclut une étude menée par le Laboratoire anthropologue, archéologie et biologie (LAAB) du Dr Philippe Charlier.
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Cancer de l'estomac, ulcère perforé, empoisonnement… De nombreuses études médicales ont cherché à déterminer les causes et les circonstances exactes de la mort de Napoléon Ier, le 5 mai 1821 sur l'île de Sainte-Hélène. Dans les années 1960, un dentiste suédois, le Dr Sten Forshufvud, pense avoir trouvé le coupable : des analyses toxicologiques des échantillons de cheveux de l'empereur révèlent une concentration significative d'arsenic. Si la thèse d'un lent empoisonnement "à la Brinvilliers" a depuis été écartée, celle d'une contamination environnementale de Napoléon restait à explorer.
Analysant la baignoire utilisée par Napoléon pendant son séjour à Longwood House, où il demeure de décembre 1815 jusqu'à sa mort, l'équipe du Laboratoire anthropologue, archéologie et biologie (LAAB) du Dr Philippe Charlier avait en effet mis en évidence une forte concentration de soufre et d’arsenic dans les prélèvements, suggérant l'utilisation probable de médications à base d'arsenic pour traiter ses lésions cutanées. Mais elle soulevait également l'hypothèse d'une contamination par le sol volcanique de Sainte-Hélène.
Au cours d’une deuxième mission archéologique, menée en avril 2026, les chercheurs du LAAB ont testé cette hypothèse. Ils ont prélevé 20 échantillons de sédiments dans les zones fréquentées par l'empereur afin d’en quantifier les éléments chimiques et de comparer les concentrations aux intervalles de référence.
Ces analyses, dont les résultats ont été publiés en juin dernier dans Les Annales pharmaceutiques françaises, "n'ont révélé aucun risque sanitaire potentiel lié à une exposition à l'arsenic". Les concentrations les plus élevées d'arsenic ont été retrouvées dans le revêtement blanchâtre hydrophobe de la citerne d’eau de la maison de l'esclave Toby (24 mg/kg) et aux Briars (22 mg/kg), où Napoléon n'a résidé que quelques semaines, à son arrivée sur l'île.
En revanche, les échantillons correspondant aux parois et au contenu des conduites d’eau arrivant à la résidence de Napoléon à Longwood se sont révélés exempts de toute exposition potentiellement toxique à l’arsenic, mais contaminés par du plomb et du manganèse à des concentrations significatives, de même pour les sédiments à l’intérieur de Longwood House.
Pour les auteurs de l'étude, Napoléon n'a donc pas été tué par le sol de Sainte-Hélène. Les résultats tendent ainsi à confirmer l'origine thérapeutique des résidus d'arsenic et de souffre retrouvés dans sa baignoire.
En revanche, une importante contamination par des métaux lourds a été mise en évidence dans les différentes couches stratigraphiques de la maison de Toby ainsi que dans la paroi de sa citerne d’eau. "Ces résultats permettent de documenter plus précisément les conditions de vie des esclaves au début du XIXe siècle ainsi que leur exposition à des polluants qui ont encore aggravé leur état de santé", soulignent les auteurs.
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