Prise de rendez-vous médicaux, gestion des traitements… Plus de 7 femmes sur 10 gèrent ces tâches seules pour la famille
"Cette responsabilité n'est pas sans conséquences : près de 6 femmes sur 10 déclarent que cette charge a un impact négatif sur leur bien-être et leur équilibre psychologique", souligne la Fédération hospitalière de France (FHF), à l'origine de cette étude sur la santé des femmes.
C'est un "paradoxe préoccupant" que met en lumière la FHF dans sa seconde enquête sur la santé des femmes, menée avec Ipsos BVA. "Celles qui s'occupent le plus de la santé des autres membres de leur famille en sont réduites à négliger la leur, notamment en ne réalisant pas systématiquement les dépistages recommandés", relève la fédération hospitalière, dans un communiqué de presse diffusé à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, dimanche 8 mars.
La "charge sanitaire" du foyer demeure un "fardeau invisible qui pèse sur les femmes et les contraint à faire passer leur santé au second plan", note la FHF. Ainsi, 92 % d'entre elles déclarent prendre en charge, seules, au moins une des tâches liées à la santé des membres de la famille : prise de rendez-vous médicaux, gestion des traitements ou accompagnement aux consultations. 74 % des femmes assument seules ces trois missions, et ce "sans le concours de leur conjoint".
"Cette responsabilité n'est pas sans conséquences", pointe l'étude, puisque "près de 6 femmes sur 10 déclarent que cette charge a un impact négatif sur leur bien-être et leur équilibre psychologique". Une proportion qui atteint 78 % chez les mères de moins de 30 ans. "À force de gérer la santé de toute la famille, les femmes relèguent leur propre suivi médical au second plan" : près de 6 femmes sur 10 ne réalisent pas systématiquement leur examen de contrôle gynécologique, lorsqu'il est recommandé. Là encore, les femmes de moins de 30 ans sont davantage concernées (8 femmes sur 10 dans cette population).
Pour les examens "plus spécifiques" (frottis cervico-utérin, test de dépistage organisé du cancer du sein…), les recommandations apparaissent "davantage suivies". "Pour autant, près d'un quart des femmes déclarent ne jamais ou rarement effectuer les dépistages suggérés", nuance l'étude. Les raisons évoquées pour expliquer le non-recours aux dépistages sont multiples : la négligence (29 %), le sentiment de ne pas être concernée (27 %), la difficulté à obtenir un rendez-vous (26 %), le manque de temps (18 %) ou encore la peur du diagnostic (12 %).
Minimisation de la douleur des femmes
Cette étude fait un autre constat alarmant, celui d'une prise en charge médicale "encore marquée par des biais sexistes". Elle soulève d'abord une "minimisation significative de la douleur des femmes". Ainsi, plus de 2 femmes sur 5 disent avoir déjà subi une minimisation ou une banalisation de leurs douleurs par un soignant, parce qu'elles étaient une femme (43 %). Un taux qui grimpe à 69 % chez les femmes de moins de 30 ans.
Près d'un tiers des femmes indiquent avoir fait face à "un refus d'antidouleurs ou d'anesthésie ou à un traitement insuffisant au regard de l’intensité de leur douleur".
"Les consultations gynécologiques restent également parfois marquées par des pratiques problématiques", ajoute-t-on. Geste non consenti, manque d'information, présence non-annoncée d'un tiers lors d'un examen… Un tiers des femmes déclarent avoir déjà vécu une situation lors de laquelle leur consentement "n'a pas été pleinement respecté lors d'un examen gynécologique". Une femme sur 10 affirme "avoir déjà souhaité interrompre un examen gynécologique sans parvenir à l'exprimer sur le moment".
Nombre de femmes ont également confié avoir subi "des pressions" concernant leurs choix personnels. Pour 7 % des femmes interrogées, ces pressions provenaient d'un professionnel de santé dans le but de "poursuivre ou interrompre une grossesse contre leur volonté". "Par ailleurs, 14 % indiquent avoir déjà ressenti une pression pour commencer, poursuivre ou arrêter une contraception contre leur volonté."
"Pourtant protégée par le droit", l'autonomie des femmes dans leurs choix en matière de santé reproductive n'est "toujours pas pleinement respectée", déplore la FHF.
Enfin, l'étude met en avant un "déficit d'écoute et d'information à tous les âges de la vie", notamment à la puberté, après une grossesse ou au moment de la ménopause. Seules 3 femmes sur 10 déclarent avoir reçu, au cours de leur vie, des informations sur l'évolution de la fertilité avec l'âge, les parcours de PMA ou encore les délais recommandés pour consulter en cas de difficultés à concevoir.
Les résultats de cette étude doivent nous amener à "mieux prendre soin" de ces femmes qui sont les "pivots des parcours de soins familiaux", insiste Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF, appelant à la "responsabilité collective", de la société et des professionnels de santé qui doivent être mieux formés à la prise en compte de la santé des femmes.
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