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"Deuxième avis" sur un arrêt maladie de longue durée : une "perte de temps" pour les médecins

Pour enrayer la hausse des dépenses d'indemnisation des arrêts maladie, le Gouvernement est prêt à tout envisager. Y compris la possibilité d'organiser un "deuxième avis médical" pour les renouvellements d'arrêts de très longue durée. Qu'en pensent les médecins ? Egora a ouvert le débat. 

06/05/2026 Par Aveline Marques
Ça vous a fait réagir Arrêt de travail
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Chaque année, on dénombre environ 6 000 renouvellements d'arrêts de 3 mois ou plus pour des troubles musculosquelettiques, et 18 000 pour des motifs psychiques. Des arrêts "de très longue durée" qui pèsent sur les finances publiques et face auxquels les médecins traitants peuvent se sentir démunis, tant les situations de ces patients sont "parfois complexes", rappelait la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 9 avril dernier, lors d'une conférence de presse annonçant le lancement de concertations devant aboutir à un plan de réduction de "l'absence au travail".

Parmi les propositions sur la table, la possibilité pour les généralistes "de solliciter le deuxième avis d'un spécialiste (psychiatre pour les troubles psychiques, rhumatologue pour les troubles musculosquelettiques), dans les situations qui le nécessitent". "Le Gouvernement propose aux partenaires conventionnels de se saisir de ce sujet dans le cadre de leurs travaux communs, pour organiser ensemble ce deuxième avis médical", peut-on lire dans le dossier de presse.

"On va demander à une profession déjà surchargée et en sous-effectif de se rajouter du travail et des consultations pour valider les arrêts des confrères"

Une solution qui ne convainc pas les lecteurs d'Egora : 56% des 246 professionnels de santé ayant répondu à notre sondage considèrent que ce n'est pas une bonne idée, seuls 41% s'y montrent plutôt favorables, tandis que 2% ne se prononcent pas.

"La Sécurité sociale n’a qu’à effectuer son rôle de contrôleur. C’est eux qui remboursent. Ils n’ont qu’à prendre leur responsabilité", lance A REM, généraliste. Une position partagée par de nombreux commentateurs. "Le spécialiste incontesté de l'arrêt de travail est le praticien-conseil de la CPAM. Le médecin traitant fait un diagnostic qui débouche sur un pronostic, il remplit la case 'motif', c'est son job", souligne Blue GYN, gynécologue. "Ce deuxième avis, ça devrait être le médecin conseil CPAM. Or, les arrêts ne sont pas contrôlés avant 3 mois voire 6. Et on va demander à une profession déjà surchargée et en sous-effectif de se rajouter du travail et des consultations pour valider les arrêts des confrères…", s'offusque Marie V.

Plusieurs médecins rappellent en effet les difficultés d'accès aux spécialistes dans certains territoires. "Sur mon territoire, il est impossible d’obtenir un rendez-vous psy ou rhumato avant plusieurs mois. Je sais donc que ce deuxième avis ne fera que prolonger encore l’arrêt de travail !", estime Jean-Christophe N., généraliste. Quelques lecteurs, à l'instar de la généraliste Arielle G., signalent au passage que les spécialistes "se déchargent régulièrement des arrêts sur le médecin traitant…"

Solliciter un deuxième avis s'apparente donc à "une perte de temps" pour Amor S., interniste, qui juge qu'"un seul médecin suffit pour apprécier la pertinence d'un arrêt de travail." "Moi je suis pour un troisième avis parce que c’est mieux que deux …", ironise quant à lui Olivier P., généraliste.

Des coûts et des conflits

"Ne pas vouloir faire confiance aux médecins généralistes pour déterminer la durée des arrêts de travail, c’est dénigrer la formation que l'Etat leur a donnée et faire encore augmenter les dépenses de santé car il faudra encore payer le médecin spécialiste pour la confirmation de l’arrêt", signale de son côté Georges F. Pour son confrère Pierre B, ce serait "à n'en pas douter une source de conflits entre praticiens".

Réintroduire de la "distance" face aux pressions ressenties

Quelques médecins se prononcent toutefois ouvertement pour ce deuxième avis, "qui permet de réintroduire une distance", souligne Patrick D. Certains lecteurs confessent en effet avoir du mal à dire non aux patients. "Devant une salle d'attente bondée, négocier l'arrêt de travail prend beaucoup de temps et d'énergie. Dire oui nous économise de l'énergie", témoigne Géraldine S. "Le médecin fait trop souvent face aux mensonges que sert le pseudo-patient [...] qui ne cherche qu'à obtenir un arrêt dans un système où tout est dû, où on 'se fait arrêter' pour un oui, ou pour un non, plus souvent que pour une maladie. Tout le monde sait que c'est open bar. Les médecins ne veulent pas jouer à la police ni au médiateur", lance Ber AU.

"Une problématique sociale"

"Je suis submergé de demandes d’arrêt de travail pour conflits au travail mais honnêtement ce n’est pas une pathologie, confie Xavier D. Un médiateur devrait gérer ces conflits sans avoir recours à un arrêt de travail", selon ce médecin. "Peut-être que pour des arrêts supérieurs à 1 mois, cela devrait être le médecin du travail qui prenne le relais", suggère Emmanuel L. pharmacien.

Pour Olivier F., généraliste, la clé du problème se trouve effectivement dans le monde du travail. "Tant qu’on aura une réponse médicale à une problématique sociale (bullshit job, inadéquation entre formation et monde du travail, pénibilité invisible, revenus non représentatifs du fait social, hauts revenus déconnectés du réel …) ce sera un échec", présage-t-il.

 
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