Le ministre Jean-Pierre Farandou introduit la conférence de presse sur l'absence au travail, aux côtés de Stéphanie Rist et David Amiel, sous le regard attentif du directeur de la Cnam. @A. Marques/Egora
Hausse des arrêts maladie : 13.000 médecins seront "accompagnés" en 2026
Ce jeudi 9 avril, le Gouvernement a posé les jalons de son plan d'actions pour "réduire l'absence au travail". Si des décisions restent à prendre sur de nombreux sujets (délai de carence, prescription de télétravail…), plusieurs mesures concernant les médecins ont été annoncées.
Le ministre Jean-Pierre Farandou introduit la conférence de presse sur l'absence au travail, aux côtés de Stéphanie Rist et David Amiel, sous le regard attentif du directeur de la Cnam. @A. Marques/Egora
Entre 2019 et 2025, les dépenses d'indemnités journalières ont bondi de 45%, pour atteindre 17,9 milliards d'euros. 40% de la hausse des dépenses d'arrêt maladie ne s'explique pas par des facteurs structurels (économiques ou démographiques), a rappelé ce jeudi 9 avril le ministre des Comptes publics, pointant une augmentation du taux de recours aux arrêts à tous les âges et une hausse de la durée moyenne des arrêts. "Cette trajectoire explosive n'est pas soutenable", a alerté David Amiel, qui présentait, aux côtés du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, et de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, la stratégie du Gouvernement pour réduire "l'absence au travail".
Pour enrayer la hausse des arrêts de travail, l'exécutif promet de s'attaquer à ses "causes profondes". Plutôt que de se contenter de "faire la morale", de renvoyer "dos à dos les assurés, les médecins et les entreprises" et de se focaliser sur la "fraude", "nous voulons prendre le sujet de façon sérieuse et dans son ensemble", a assuré Stéphanie Rist. "C'est un problème de santé de fond, qu'il faut traiter comme tel", a insisté la ministre de la Santé. Car certains arrêts de travail, juge-t-elle, "ont perdu leur fonction protectrice. Soit que certains en abusent, soit qu'ils deviennent trop longs, sans suivi, sans accompagnement, installant le salarié dans un cercle dont il peine souvent à sortir".
Trois axes ont été définis par le Gouvernement : la prévention, la reprise anticipée du travail et la lutte contre les comportements abusifs. Tout au long du printemps, des concertations seront menées avec les partenaires sociaux, notamment dans le cadre de la conférence "travail-emploi-retraite", et avec les acteurs de la santé. Ces discussions devront permettre d'aborder les sujets les plus clivants, tels le délai de carence ou le plafonnement des indemnités journalières. Mais d'ores et déjà plusieurs mesures ont été annoncées concernant les prescripteurs, les employeurs et les salariés.
Médecins : entretiens confraternels et "deuxième avis médical"
En 2026, l'Assurance maladie intensifiera son action en direction des prescripteurs. 13000 praticiens, notamment les jeunes installés, seront "accompagnés" par des médecins-conseils, des binômes médico-administratifs ou des délégués d'Assurance maladie en fonction de leurs pratiques et des "atypies constatées". L'an dernier, ces entretiens confraternels ont permis de réduire de 10 à 15% les prescriptions d'arrêts des médecins concernés, a fait valoir Thomas Fatôme, le directeur de la Cnam. Les médecins ciblés par une MSO-MSAP ont quant à eux réduit de 30% leurs prescriptions. Une nouvelle campagne sera-t-elle lancée cette année ? "C'est un sujet qu'on va réaborder" avec les syndicats, a répondu le patron de la caisse. "Il n'y a pas de décision [prise] sur ce sujet à ce stade."
Le service SOS IJ, expérimenté avec succès dans deux départements, a été déployé dans quatre régions en janvier (Aura, Centre-Val-de-Loire, Grand Est et Normandie) et sera généralisé à l'ensemble du territoire en juin, a-t-il indiqué. Il permet aux généralistes de solliciter l'aide de la caisse ou du service médical en cas de situation complexe.
Plusieurs mesures votées dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 sont en passe d'être mises en application, a également informé Stéphanie Rist. Les décrets concernant, d'une part, le plafonnement de la durée de prescription des arrêts de travail (1 mois pour une primo-prescription, 2 mois pour un renouvellement) et, d'autre part, le renseignement obligatoire du motif de l'arrêt ont été transmis "aujourd'hui" pour avis aux caisses.
La ministre entend également casser "les silos qui existent entre médecins libéraux, médecins-conseils et médecins de travail". "Il est vital que ces acteurs puissent mieux favoriser le retour au travail. Nous voulons ainsi permettre aux médecins qui prescrivent un arrêt de travail de signaler si l'assuré pourrait reprendre plus rapidement le travail en adaptant le poste", a-t-elle illustré.
Concernant les arrêts de très longue durée pour des motifs psychiques ou des troubles musculosquelettiques, le Gouvernement souhaite permettre aux médecins généralistes confrontés à des situations complexes de solliciter le "deuxième avis" d'un confrère spécialiste (psychiatre ou rhumatologue en l'occurrence) pour un renouvellement. Chaque année, on dénombre 6000 renouvellements d'arrêts de 3 mois ou plus pour TMS et 18 000 pour des motifs psychiques. A charge pour les partenaires conventionnels d'"organiser ensemble ce deuxième avis médical".
Evoquée dans le dernier rapport Charges et produits, la possibilité pour les médecins de prescrire du télétravail fait partie des pistes qui doivent être discutée avec les différents acteurs dans les prochaines semaines, ont par ailleurs indiqué les ministres.
Employeurs : diagnostic et signalement
Dès demain, un espace dédié à l'information des employeurs sera mis en ligne sur le site du ministère du Travail. Ce "kit clé en main" permettra de réaliser un "auto-diagnostic" de l'absentéisme dans l'entreprise et de les aider à mettre en œuvre une démarche de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail.
D'ici la fin de l'année 2026, l'Assurance malade proposera aux employeurs un service simplifié leur permettant de "signaler une situation d'arrêt de travail qu'ils jugeraient anormale".
Une campagne d'actions de promotion de la santé mentale en entreprise sera conduite, avec le déploiement d'une charte pour les entreprises qui s'engagent sur le sujet.
Enfin, la campagne d'accompagnement des entreprises à fort absentéisme sera reconduite par l'Assurance maladie et celles qui refusent pourraient faire l'objet d'un signalement au ministère du Travail.
Assurés : nomadisme et arrêts longs
La Cnam et le Gouvernement annoncent un contrôle renforcé des assurés, avec 740 000 actions prévues en 2026 (+6%), notamment ciblées sur les arrêts de plus de 18 mois, les arrêts AT-MP de plus de 3 ans ainsi que les arrêts prescrits en téléconsultation (voire encadré). En ligne de mire, également, les arrêts courts et répétitifs, qui désorganisent les entreprises : un courrier sera adressé aux assurés qui cumulent plusieurs arrêts sur un semestre. Le Gouvernement entend également lutter contre le "nomadisme médical" : 13000 assurés se sont vu prescrire des arrêts de travail par au moins 5 médecins libéraux différents l'an dernier.
Constatant qu'une partie des assurés en arrêts de travail "dérogatoires" de plus de 6 mois pour TMS ou troubles psychiques (cas des ALD non exonérantes, par exemple) ne bénéficient d'aucun suivi médical, la ministre de la Santé souhaite développer des "parcours de santé de réadaptation et de réahabilitation" spécifiques. Cet accompagnement régulier par des professionnels de santé, couplé à une baisse de la durée d'indemnisation pour ces assurés (actuellement 3 ans, contre 360 jours répartis sur 3 ans dans le droit commun), doit permettre de réduire la durée des arrêts et prévenir la désinsertion professionnelle.
Les arrêts prescrits en téléconsultation en baisse
Le plafonnement à 3 jours (hors médecin traitant) de la durée des arrêts de travail prescrits en téléconsultation a porté ses fruits : le nombre de bénéficiaires d'un arrêt prescrit à distance a diminué de 40%, passant de 376 500 en 2022 à 271 788 en 2023 puis 234 824 en 2024.
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