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"Ce rapport calera un meuble" : les médecins dénoncent les pistes du HCAAM sur les dépassements d'honoraires

Ce mardi 9 juin, le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) a dévoilé ses trois scénarios pour une réforme des dépassements d'honoraires des médecins. Une publication qui n'a pas manqué de faire réagir dans les rangs, mais aussi du côté des patients et des mutuelles.

09/06/2026 Par Louise Claereboudt
Politique de santé
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"Les solutions proposées traduisent une méconnaissance totale du secteur, pire une perception idéologique du système qui ouvrira immanquablement vers l'échec", a commenté le Dr Jérôme Marty sous une publication LinkedIn de Yann-Gaël Amghar, président du HCAAM. Un commentaire sévère en réaction à la parution, ce mardi 9 juin, d'un rapport du Haut Conseil consacré aux dépassements d'honoraires.

Dans son document, qu'Egora a passé au crible, l'instance élabore 3 scénarios de régulation des dépassements d'honoraires. Si rien n'est fait pour enrayer leur croissance continue, leur montant atteindra près de 10 milliards d'euros en 2040, relève le Haut Conseil, insistant sur l'urgence d'agir. Le premier scénario qu'il présente dans son rapport vise, à terme, la disparition pure et simple des dépassements d'honoraires. Une réforme difficile à mettre en œuvre, sauf à le faire progressivement. 

Le HCAAM suggère ainsi de fermer le secteur 2 aux nouvelles installations et de plafonner graduellement les dépassements pour les médecins déjà installés. Des revalorisations tarifaires devraient être décidées en parallèle "pour rendre ces mesures acceptables". 

Autre piste envisagée par le HCAAM : restreindre drastiquement les conditions d'accès au secteur 2 (en le réservant aux seuls anciens chefs de clinique assistants et en conditionnant l'exercice en secteur 2 à un certain nombre d'années d'expérience). Ce scénario 2 propose par ailleurs de s'attaquer plus frontalement aux dépassements dits excessifs. Enfin, le scénario 3, qui semble privilégié par l'instance même si cette dernière se garde d'afficher une préférence, plaide pour une régulation concentrée sur les dépassements. 

Ce scénario instaure des règles communes à tous les nouveaux médecins (accès au dépassement après une durée minimale d’expérience, plafond de dépassement applicable à chaque acte, revalorisation des spécialités les moins rémunératrices). Les praticiens déjà en exercice pourraient choisir d'entrer dans le nouveau système ou bien, de conserver le bénéfice de leur situation actuelle. Auquel cas, ils se verraient appliquer un gel de leurs pratiques tarifaires.

Pour Jérôme Marty, président de l'UFML-S, avec ce rapport, le HCAAM fait fausse route. Il omet d'évoquer "les conséquences éventuelles des solutions proposées en termes de baisse d'installations, d'arrêt d'installations, d'expatriations, de baisse d'activité etc.", met en garde le généraliste de Fronton. Même inquiétude du côté d'AvenirSpé-Le Bloc, qui tiendra jeudi une conférence de presse pour répondre publiquement à ce rapport. "Après la loi Garot, ce deuxième rapport marque une étape supplémentaire dans la remise en cause des conditions d'installation, d'exercice et de liberté tarifaire des praticiens", écrit l'union syndicale dans un mail à la presse.

"Pour les médecins spécialistes libéraux, l'enjeu dépasse largement le secteur 2, insiste l'union syndicale. Il touche à l'attractivité des spécialités de la médecine libérale, à la capacité des jeunes médecins à s’installer, au maintien d'une offre spécialisée sur les territoires et, in fine, à l'accès aux soins des patients."

Et les mutuelles dans tout ça ? 

Jérôme Marty regrette l'absence de positionnement sur "le défaut de paiement des complémentaires", qui "augmentent leurs cotisations de 4 à 6 % chaque année pour rembourser toujours moins". "La solvabilisation des dépassements d’honoraires par les complémentaires santé n'est pas une réponse légitime aux problématiques de rémunération des professionnels de santé", soutient de son côté la Mutualité française, qui a salué "la qualité" des travaux du HCAAM. 

Si les complémentaires devaient mettre davantage la main à la poche pour rembourser les dépassements, cela entraînerait des répercussions directes sur les assurés, avance la Mutualité, dans une communication publiée sur LinkedIn. "Alors que les cotisations sont déjà orientées à la hausse, notamment sous l'effet de l'augmentation des dépenses de santé, de la taxe et des transferts de charges, une telle logique risquerait d'en amplifier la progression, alourdissant encore la charge supportée par les assurés". 

Partageant toutefois "le constat d'une dérive des dépassements d'honoraires", la Mutualité appelle "à rémunérer les prestations de santé à leur juste prix et à améliorer la lisibilité des honoraires pratiqués par les médecins et des restes à charge pour les patients".

Dans un communiqué, France Assos santé presse les responsables politiques de se saisir de ce "sujet majeur" pour les patients. Estimant que les dépassements constituent un "obstacle croissant" pour ces derniers, la fédération de patients plaide pour une "action progressive" afin de les réguler. Pour France Assos santé, il convient d'abord de réactiver "sans délai" l'Observatoire des pratiques tarifaires, "qui ne s'est plus réuni depuis 2018". 

La fédération préconise également de renforcer les contrôles et les sanctions "en cas de dépassements abusifs ou illégaux", mais aussi de "mieux encadrer les pratiques tarifaires, notamment par un plafonnement plus strict des dépassements et l'interdiction des dépassements d'honoraires sur certains actes d'intérêt collectif, notamment de prévention".

Dans un second temps, il "devient nécessaire de freiner la progression du secteur 2", estime France Assos santé. Selon le HCAAM, ce secteur représenterait 89 % des spécialistes en libéral en 2040 si rien n'est fait. La fédération de patients appelle ainsi à durcir les conditions d'accès et à n'autoriser le secteur 2 qu'au-delà de 10 ans d'expérience "avec évaluation de la qualité des soins dispensés aux assurés sociaux". 

"À plus long terme, le débat sur la place des honoraires libres dans notre système de santé ne peut plus être évité", juge la fédération, qui appelle les candidats à la présidentielle "à se prononcer clairement sur l'avenir des dépassements d'honoraires". 

"Ce rapport va mettre le feu aux poudres"

Alors que la pression sur les dépassements d'honoraires n'a jamais été aussi forte, AvenirSpé-Le Bloc met en garde les pouvoirs publics : "[Les spécialistes libéraux] ont déjà montré qu'ils savaient se faire entendre lorsque les équilibres de leur exercice étaient menacés." En janvier, l'union syndicale avait été à l'initiative d'un mouvement d'exil à Bruxelles. "Ce rapport va mettre le feu aux poudres", prédit le Dr Jean-Philippe Masson, président de la Fédération nationale des médecins radiologues (FNMR), auprès d'Egora.

7 débatteurs en ligne7 en ligne
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DELA LIE
4,3 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 mois
La situation est certes complexe, comment assurer un accès financier au soin à la population sans que cela ne coûte trop cher à l'état (that is the main problem) ... sans trop se soucier de la baisse revenus des médecins puisque c'est le cas dans les trois scénarios proposés ! Si la "direction" donnait déjà l'exemple en gelant/baissant leur propre salaire, voir en diminuant tous leurs avantages, peut-être que ces mesures seraient mieux regardées (j'ai pas dit acceptées) ? Et l'argent ainsi économisé serai investi dans le soin (pas dans "la santé" au sens large ministériel ) Les politiques se contentent de regarder vers la maîtrise comptable, avec des piques à but culpabilisant (accès aux soins difficiles, hauts revenus...) et toujours en omettant les services rendus à la population, les horaires à rallonge, la complexification de l'exercice,l'accroissement des tâches administratives.... Et tout cela pour des tarifs les plus bas d'Europe ! Il n'y a pas de crise démographique chez les politiciens. Je dirai même qu'ils détournent certains d'entre nous : peut être envie de pouvoir, mais aussi des avantages (poste d'attente bien rémunéré entre 2 mandats, retraite de salariés- une vraie douche froide en liberal) Non, personne ne veut travailler plus pour gagner moins ! Et en plus en étant fusillé à la moindre occasion. Quant à leur "engagements pluriannuels des pouvoirs publics et une trajectoire affichée avec des objectifs" on a déjà goûté au repport de ses engagements en juillet 2025 ! Ils ont toujours une loi cachée qq part pour nous jouer un mauvais tour ! Oui la santé à un coût, mais que celui ci soit évalué/payé à sa juste valeur. Ce n'est pas aux soignants d'en faire les frais en étant payé au lancé pierre.
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M A G
4,8 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 mois
Au fond, toute cette situation n'est qu'un n-ème avatar du contrôle des prix. Imaginez que l’on ait gelé, il y a vingt ans, le prix de la baguette, de la construction, des voitures... On s’apercevrait très vite de la réalité : soit ces biens et services ont tout simplement disparu... à moins de verser un « complément d’honoraires » au boulanger, au maçon ou au plombier... Les prix sont des signaux qui informent producteurs et consommateurs sur la rareté réelle des ressources. Quand on les bloque, ces signaux disparaissent… et le système s’ajuste autrement. Mais je ne me fais pas d'illusion: cela est trop difficile à comprendre pour ceux qui pondent ces rapports ....
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ARMAND MORAILLON
659 points
Incontournable
Autre spécialité médicale
il y a 2 mois
Le secteur 2 coute moins à la CNAM que le secteur 1 ( autofinancement partiel de la retraite) , et permet de limiter la surconsommation médicale. L'objectif de le supprimer à terme est un pas de plus vers la médecine gratuite étatisée. Si on veut réellement discuter du secteur 2 pour le maintenir, alors il faut envisager des contrats signés entre médecins de secteur 2 et assurances complémentaires, qui permettraient une prise en charge du dépassement et sa limitation en valeur. Il faut noter que les plus gros dépassements sont le fait de praticiens des CHU, qui n'hésitent pas à facturer un dépassement initial puis un 2 ème dépassement en cas de reprise pour suites difficiles, ce qui est assez fréquent en chirurgie digestive. Mais faites "canard", ce sont les notables de la chirurgie française... J'avais tenté de discuter, il y a 40 ans, avec la mutualité française sur un contrat de bonne entente, mais la direction nationale a fait rapidement savoir que "pas question " (filiale du PS) : consommation libre et gratuite = joyeux électeurs !
 
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