Crédit photo : CURIOS - stock.adobe.com
"Dix ans de travail rayés d'un coup de plume", le fondateur de Santé publique France dénonce "le recentrage stratégique" de l'agence
Santé publique France s'inquiète du recentrage stratégique de l'agence prévu par le Gouvernement, et appelle à "préserver l’intégrité scientifique et opérationnelle des missions de prévention et de promotion de la santé". Son fondateur, le Dr François Bourdillon s'indigne d'un revers pour la "démocratie sanitaire".
Crédit photo : CURIOS - stock.adobe.com
"Un recentrage stratégique a été décidé, avec deux évolutions principales" : "la gestion des stocks stratégiques et de la réserve sanitaire sera dorénavant sous l'autorité hiérarchique directe du ministre de la Santé" tandis que les "campagnes nationales de communication en santé publique" seront "transférées au ministère de la Santé et à la Caisse nationale d'assurance maladie", a annoncé le cabinet de Stéphanie Rist, vendredi 30 janvier, confirmant une information de France Inter.
Selon la radio publique, cette réforme a été décidée lors d'une réunion interministérielle, validée par le Premier ministre et annoncée jeudi aux personnels par la directrice générale de SpF, Caroline Semaille.
Il y a près d'un an, les ministres pilotant alors la santé, Catherine Vautrin et Yannick Neuder, avaient demandé à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) un "état des lieux" des missions et des "moyens humains, financiers, techniques" de SpF, faisant naître des premières craintes sur le sort de l'agence. Ce rapport n'a pas été divulgué. Dans un communiqué, l'agence SpF demande la publication du rapport et la "communication publique des arguments qui ont fondé la décision" de restructuration.
SpF a été créée en 2014 pour doter la France, comme les États-Unis ou l'Angleterre, d'un établissement regroupant des missions de prévention et promotion de la santé, d'alertes et de surveillance et d'intervention. Elle est née de la fusion de l'Institut de veille sanitaire (InVS) l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes), l'Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Éprus) et Addictions, drogues, alcool info service (Adalis).
" Un revers pour la démocratie sanitaire "
"Avec ce qui est proposé, SpF redevient un institut de veille sanitaire : c'est désespérant... Dix ans de travail rayés d'un coup de plume, c'est un revers pour la démocratie sanitaire. Alors qu'en santé publique, les problèmes sont majeurs", a déploré le fondateur de l'agence, le Dr François Bourdillon.
"Replacer les campagnes de santé publique au ministère de la Santé donne vraiment l'impression d'une reprise en main, après tant d'années de construction, pas à pas, de la santé publique. Les campagnes ne seront plus pilotées par des professionnels de
santé publique. Or la santé publique s'est construite pas à pas après de nombreuses crises, notamment l'affaire du sang contaminé", expose celui qui a dirigé SPF de 2024 à 2019.
La prévention en santé n’est pas fondée sur de la simple "communication" et elle n’est pas un simple outil de diffusion de messages. Elle est un levier d’action construit à partir des meilleures connaissances au service d’objectifs de santé clairement établis, ajoute SpF dans un communiqué. "Le déplacement de ces missions vers un pilotage directement ministériel fait courir un risque de confusion des registres : entre expertise scientifique et décision, entre production de connaissances et arbitrage politique, entre communication en santé publique et communication institutionnelle", déplore l'agence de santé publique qui estime que l’efficacité de la prévention et de la promotion de la santé "repose précisément sur une distance méthodologique vis-à-vis des agendas politiques de court terme".
Selon François Bourdillon, ce recentrage stratégique est le fruit de l'influence des lobbies. " En 2018, nous avions fait les repères de consommation d'alcool, extrêmement importants, qui ont servi à définir le risque de consommation d'alcool acceptable pour la population et à construire une politique de réduction des risques. C'est cela, je pense, qui déplaît terriblement. Et SpF s'est intéressée à l'imprégnation de la population par les pesticides : son expertise va forcément déboucher sur de la régulation dont certains agriculteurs, les industries chimiques, agroalimentaires, ne veulent pas entendre parler", relève-t-il.
"Dans de nombreux contextes internationaux, l'affaiblissement du rôle des agences scientifiques indépendantes a conduit" à (...) "une perte de confiance durable des citoyens dans la parole publique", a aussi prévenu la Société Française de Santé Publique qui estime que la France ne peut ignorer ces enseignements.
[avec AFP]
La sélection de la rédaction
Le montant de la cotisation ordinale vous semble-t-il justifié?
marc debailleul
Non
pourquoi payer 2,5 cotisations pour un médecin en SELURL et en tant que médecin si c'est la gestion des contrats cela ne devrait ... Lire plus