"Télé-expertises" auprès d'opticiens : un ophtalmo sanctionné par l'Ordre des médecins
Un ophtalmologue parisien a été sanctionné d'une interdiction d'exercer de six mois, dont trois avec sursis, pour avoir prescrit des lunettes à une patiente toulousaine avec qui il n'avait eu aucun contact. Derrière cette pratique jugée non conforme, une plateforme de "télé-expertise" qui met en contact des opticiens et des ophtalmologues.
Le délai d'appel court toujours, mais la sanction n'en est pas moins "exemplaire" pour le Dr Vincent Dedes, président du Syndicat national des ophtalmologistes français (Snof). Un ophtalmologue parisien vient d'écoper d'une interdiction d'exercer de six mois, dont trois mois assortis de sursis, pour une prescription réalisée via une plateforme spécialisée dans la "télé-expertise" optique.
A l'origine de cette sanction, une plainte déposée par le conseil départemental de l'Ordre de Haute-Garonne (à laquelle le conseil de Paris s'est associé) suite au signalement d'un ophtalmologue toulousain, retrace la décision du 27 février consultée par Egora. Ce dernier a rapporté avoir reçu en consultation une patiente qui, "après un contrôle effectué par un opticien dans une galerie marchande" de la ville, s'était vu prescrire une ordonnance de lunettes émise par le Dr G., ophtalmologue avec qui elle n'a pas été en contact. Et pour cause : le spécialiste, installé à Paris, est en réalité "partenaire" de la plateforme Sym Care Lab, qui se revendique comme le numéro 1 de la "télé-expertise" au service des opticiens et des ophtalmologues, avec "plus de 100 000 patients déjà accompagnés".
La plateforme met en rapport des personnes se rendant chez un opticien, qui pratique les mesures adéquates (acuité visuelle, réfraction), avec un ophtalmologue qui interprète les mesures et rédige éventuellement une prescription. Les actes de "télé-expertise" effectués par le Dr G. "ne sont pas cotés et ne donnent lieu à aucun remboursement", se défend ce dernier.
Mais pour la chambre disciplinaire régionale, cette pratique ne respecte "ni les conditions de la télé-expertise, selon laquelle un professionnel de santé se borne à solliciter l'avis d'un médecin, ni celles d'une téléconsultation, qui implique que le médecin voie le patient". Par ailleurs, elle s'apparente à du compérage : "quand bien même il ne connaît pas tous les opticiens partenaires de la plateforme", qui seraient "plus de 2500" selon Sym Care Lab, le Dr G. "participe de façon déterminante au développement de leur activité en favorisant la vente de lunettes" et "perçoit nécessairement une rémunération en échange". Enfin, "le processus mis en place par la plateforme ne paraît pas de nature à assurer l'élaboration d'un diagnostic consciencieux".
Contactée par Egora, la société se refuse à commenter "les situations individuelles concernant des praticiens, en particulier lorsqu’elles relèvent d’une procédure ordinale qui concerne directement le professionnel de santé". "Les services proposés par notre plateforme s’inscrivent dans le strict respect du cadre réglementaire applicable à la télémédecine", assure-t-elle. Et de préciser que sa plateforme "poursuit un objectif simple, améliorer l’accès aux soins visuels dans des territoires où les délais pour consulter un ophtalmologiste peuvent dépasser plusieurs mois".
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