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Procès Péchier : à la barre, l'anesthésiste défend ses choix thérapeutiques

S'exprimant pour la première fois devant la cour d'assises de Besançon lundi 22 septembre, le Dr Frédéric Péchier a justifié ses interventions lors des arrêts cardiaques des patients pris en charge par ses confrères. A la barre, l'anesthésiste, accusé de 30 empoisonnements – dont 12 mortels, s'est posé en bouc émissaire. 

23/09/2025 Par Aveline Marques
Faits divers / Justice
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"Dans les 30 cas où je suis mis en cause, (...) j'ai été appelé" pour porter secours en urgence, a souligné ce lundi à la barre Frédéric Péchier. Si "je suis appelé, c'est qu'il y a une bonne raison", a poursuivi l'anesthésiste de 53 ans, jugé devant la cour d'assises de Besançon depuis le 8 septembre. Après deux semaines de débats, dont une bonne partie a été consacrée à des échanges très techniques sur deux des empoisonnements qui lui sont reprochés, l'accusé était appelé pour la première fois à s'exprimer sur les faits, lundi. 

La première partie de son interrogatoire a porté sur l'empoisonnement présumé par une forte dose de potassium de Sandra Simard, une patiente alors âgée de 36 ans et en bonne santé, victime d'un arrêt cardiaque le 11 janvier 2017 alors qu'elle devait subir une simple opération du dos.

"Manifestement, il y a eu une poche (de perfusion) empoisonnée", a reconnu pour la première fois Frédéric Péchier, intervenu alors qu'il n'était pas en charge de l'anesthésie. Pour autant, "je n'ai pas empoisonné la poche de madame Simard. C'est net. C'est tout ce que j'ai à vous répondre", a-t-il déclaré.

L'anesthésiste a justifié son choix d'administrer en urgence du gluconate de calcium alors qu'une hyperkaliémie n'était pas encore envisagée, d'après le témoignage de la consœur en charge de la patiente. 

La semaine dernière, cette dernière s'était dit "choquée par le timing" et par l'intervention de Frédéric Péchier. "Il n'est pas usuel d'administrer quelque chose à un patient sans même s'adresser à son médecin" ni échanger des informations capitales pour "comprendre ce qui se passe", avait-elle pointé.

Pour Frédéric Péchier, le gluconate de calcium fait "partie de [ses] habitudes" et "pouvait aider", a-t-il justifié, mais il n'est pas "l'antidote" de l'excès de potassium. En outre, a-t-il soutenu, la forte dose de potassium administrée à Sandra Simard, c'était "pour tuer, pas pour réanimer". De ce fait, selon lui, "la théorie du pompier pyromane" dont on l'a accusé - celle d'un médecin qui empoisonnerait des patients pour ensuite leur venir en aide et se présenter en sauveur - "ne tient pas".

Quant à la thèse de l'accusation selon laquelle il aurait agi pour nuire à des collègues avec qui il était en conflit, l'accusé a reconnu un "contexte très crispé", mais "être en colère, ça ne veut pas dire empoisonner quelqu'un (...) Ça n'a rien à voir", a-t-il martelé.

La défense a ensuite exposé sa thèse devant la cour, celle d'une clinique Saint-Vincent qui risquait la fermeture alors qu'un mystérieux "empoisonneur" sévissait dans ses murs. L'accusé a évoqué une "collusion" entre les enquêteurs et ses collègues de la clinique privée. "Tout a été fait pour me mettre sur le dos ces empoisonnements et éviter de fermer la clinique", a-t-il estimé. "Entre trouver un empoisonneur et fermer la clinique, leur choix était vite fait, sinon ils [ses collègues, NDLR] n'avaient plus de boulot", a expliqué l'accusé. 

Ce premier interrogatoire de l'accusé doit se poursuivre mercredi après-midi, cette fois sur le cas de Jean-Claude Gandon, le seul, parmi les 30 victimes présumées, qui avait été anesthésié par Frédéric Péchier lui-même. Selon les enquêteurs, l'accusé aurait empoisonné ce patient de 70 ans, le 20 janvier 2017, avec un produit d'anesthésie locale (mépivacaïne), pour se forger un "alibi", alors qu'une enquête venait justement d'être ouverte sur le cas de Sandra Simard.

[avec AFP] 

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