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Crise des urgences : "C’est peut-être le moment d’aborder certains tabous et corporatismes du monde de la santé"

754 millions d'euros. C'est l'enveloppe qui avait été débloquée en 2019 en réponse à la crise qui secouait les services d'urgences depuis plusieurs mois. A l'époque, l'urgentiste et député LREM Thomas Mesnier avait été chargé par la ministre de la Santé Agnès Buzyn d'un rapport sur la question aux côtés du Pr Pierre Carli. Création du SAS, développement des IPA aux urgences, forfait de réorientation… l'ordonnance du "Pacte de refondation pour les urgences" était musclée. Pourquoi n’a-t-elle pas suffi ? Faut-il aller plus loin et se résoudre à fermer certains services ? Interrogé par Egora, Thomas Mesnier plaide pour une profonde réorganisation, à l'hôpital comme en ville. "Il faut revoir la carte d’autorisation des services, antennes d’urgences et des équipes de Smur."

 

Egora : Comment ne pas évoquer la question de la crise des urgences sans évoquer le Pacte de refondation de 2019, qui avait été doté de 754 millions d’euros jusqu’en 2022. N’était-ce pas suffisant ? A-t-on réellement besoin d’une nouvelle "boîte à outils" ? 



Dr Thomas Mesnier : Le diagnostic était déjà consensuel à l’époque. Nous l’avions posé dès 2018. En 2019, nous l’avions confirmé et nous avions apporté une ordonnance. Mais la mise en œuvre du traitement a été largement percutée par l’arrivée du Covid. Et le diagnostic a un peu bougé, dans le sens où la situation s’est aggravée : non seulement la baisse de la démographie médicale s’est poursuivie, mais le Covid s’est rajouté, avec un épuisement professionnel et une perte de sens des soignants, entrainant une fuite du personnel. 

Le Président de la République a souhaité lancer cette nouvelle mission, qui va refaire le point sur le diagnostic – qui me semble connu – et surtout qui va permettre de regarder, à la lumière de l’expérience du Covid, ce qui a émergé sur le terrain, les solutions qui ont pu être mises en œuvre – dont certaines sont celles évoquées dans le Pacte de refondation des urgences. Cette compilation sera faite pour que l’on puisse remonter les bonnes pratiques et les diffuser largement, un peu sur le modèle de ce que l’on avait fait sur le plan pour l’égal accès aux soins. Mais sur le terrain, on n’attend pas les conclusions de cette mission flash pour se préparer face à l’été et la ministre a déjà fait des premières annonces au congrès Urgences

 

Je ne reviens pas sur le SAS, dont le démarrage est difficile pour des raisons que l’on connaît. Parmi les mesures emblématiques du Pacte, il y avait également le développement de la vidéo à distance dans les Samu, l'installation de maisons médicales de garde (MMG) à proximité des SAU qui réalisent plus de 50.000 passages*, les IPA urgences, la possibilité d’une admission directe des personnes âgées dans les services sans passer par les urgences… Qu’est-ce qui fonctionne, qu’est-ce qui bloque ? 

Il y a beaucoup de mesures qui sont lancées. Sur les IPA urgences, les travaux réglementaires ont été retardés par le Covid. Le décret a été publié en octobre dernier et les professionnels sont en cours de formation. Les cellules de gestion des lits se sont développées. Tout comme les MMG, même si c’est une question qui fait le lien avec l’organisation de la médecine de ville. 

Sur beaucoup de points, on a progressé. Mais il faut être franc : ça n’a pas progressé comme cela aurait dû progresser car quelques semaines après la remise du rapport final**, tout a été percuté par le Covid. 

 

Le mode de financement des urgences était identifié comme l’un des nœuds du problème car il rémunérait autant les passages qui auraient pu relever de la médecine de ville que les prises en charges plus lourdes propres aux urgences. Où en est la réforme ? Et qu’en est-il du forfait de réorientation vers la médecine de ville ? 

Le forfait de réorientation a été lancé sur le mode de l’expérimentation dans plusieurs services, dont celui d’Angoulême. La dernière fois que j'ai interrogé la Direction générale de l'offre de soins à ce sujet, ils n'avaient pas encore de données. 

La réforme du financement des urgences a été votée dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale et est entrée en application [voir encadré]. Il y a encore probablement du travail pour mieux valoriser la partie qualité. 

L’idée, c’est d’augmenter la part de financement à la qualité à 5% et davantage encore, mais de façon progressive. Cela nécessite un accompagnement dans le changement, la mise en place d’indicateurs, de protocoles d’évaluation. Il faut le faire de la façon la plus simple qui soit pour ne pas surcharger les soignants d’indicateurs et de paperasse puisqu’on est là pour faire du soin et que le but est de valoriser davantage ceux qui travaillent bien et organisent bien les filières de soin. 

 

Le Pr François Braun a déclaré au congrès de la Société française de médecine d'urgence : "Les urgences, ça ne peut plus être open bar." Le rejoignez-vous dans cette idée de régulation de l’accès aux urgences ? 

Absolument ! Dans le premier rapport que j’ai rendu à Agnès Buzyn en mai 2018, j’évoquais déjà l’idée d’un numéro santé et je réfléchissais déjà à l’organisation de l’accès aux urgences. On l’a conceptualisée et affinée dans le Pacte de refondation : c’est l’idée qui est derrière le SAS - de permettre à travers un numéro unique d’accéder à un professionnel de santé, que le système de santé s’organise pour apporter une réponse à votre besoin de soin non programmé (SNP). A terme, une fois que chaque appel trouvera une réponse, il faut réfléchir à l’accès aux urgences. Ça se fait depuis des années dans certains pays comme le Danemark ou dans certains services comme celui de Bordeaux sans que cela n’ait posé, à ma connaissance, de véritable problème. Et cela recentre...

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