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Réguler l'accès aux urgences : solution ou régression ? Deux médecins confrontent leur point de vue

Pour désengorger les urgences, il n'y a pas 36 solutions. Si l'éventualité d'un retour à l'obligation de gardes des médecins libéraux demeure très controversée, l'idée d'une régulation de l'accès aux urgences par le 15 fait son chemin au sein de la profession. La mission flash sur la crise des urgences pilotée par le Pr François Braun à la demande d'Emmanuel Macron y songerait sérieusement. Egora.fr a pesé le pour et le contre auprès de l'urgentiste Patrick Pelloux et du généraliste Jacques Battistoni.

 

Dr Jacques Battistoni : "Jusqu'à présent, l'hôpital et les urgences n'ont jamais voulu être régulés" 

Face au spectre du retour des gardes obligatoires, le président du syndicat MG France s'est positionné en faveur de la régulation de l'accès aux urgences. Pour le généraliste, "il s'agit d'appliquer aux urgences ce qu'on l'on fait pour toute autre demande médicale". 

 

Egora.fr : MG France a appelé le 31 mai dans un communiqué à "réguler l'entrée aux urgences". En quoi est-ce la solution? Quel dispositif imaginez-vous ?  

Dr Jacques Battistoni : Quand vous voulez consulter un médecin, il est très rare que vous vous présentiez directement au cabinet. En général, vous prenez soit sur une plateforme en ligne, soit par téléphone. Et en fonction du degré d'urgence de votre demande, vous allez avoir un rendez-vous plus ou moins rapidement. A l'hôpital, ce n'est pas le cas. Vous y allez et vous attendez qu'on puisse vous prendre et personne ne vous dit que non, votre demande ne le nécessite pas ou pourrait être traitée ailleurs. A l'exception de quelques endroits, où les infirmières font une orientation à l'entrée des urgences. Mais à notre avis, il faut aller plus loin. Il faut un vrai mode d'emploi des urgences. 

La solution immédiate, qui est celle mise en place dans quelques centres hospitaliers et dans d'autres pays, c'est d'appeler d'abord le centre 15, qui décide si votre état de santé requiert une consultation rapide dans l'enceinte des urgences ou si cela peut attendre le lendemain, le surlendemain avec votre médecin traitant. Il s'agit donc d'appliquer aux urgences ce qu'on l'on fait pour toute autre demande médicale. Cela participe du bon sens. 

La question de fond, c'est : est-ce que l'hôpital va accepter de rentrer dans une règle commune ? Est-ce qu'on accepte l'idée d'une vraie régulation du système de santé? Jusqu'à maintenant, l'hôpital et les services d'urgence n'ont jamais voulu être régulés, c'est ce qui fait que la fréquentation des SAU a doublé en 20 ans. Cette augmentation ne se justifie pas totalement par l'augmentation de la population ou par les déserts médicaux. C'est une forme de non régulation. Pendant longtemps le passage aux urgences a été une porte d'entrée de l'hôpital et une manière d'assurer une certaine rémunération. 

 

Y a-t-il aujourd'hui une alternative aux urgences sachant qu'un nombre croissant de patients s'y rendent en dernier recours, faute d'avoir pu accéder à un médecin en ville ? 

La régulation médicale, cela va du conseil à l'orientation voire cela peut être une forme de téléconseil qui réponde en partie à la demande du patient, et cela peut aller jusqu'à la prise de rendez-vous dans le cadre du SAS. 

Au-delà de la régulation de la demande de soins, c'est la régulation du système qui est en jeu. Une des causes de la dérive du système et de l'augmentation de la fréquentation des urgences, c'est l'absence de mode d'emploi du système de santé. La régulation y participe. De la même façon que l'éducation des patients que l'on fait dans nos cabinets participe à diminuer la demande de soins non programmés. On apprend aux gens ce qui est grave, ce qui ne l'est pas, ce qui nécessite un avis rapide, ce qui peut attendre, ce qui peut se soigner soi-même… Que par exemple, ce n'est pas la peine de consulter le 1er ou le 2ème jour d'une rhinopharyngite. Il faut sans doute aller plus loin. 

Il n'y a aucune raison pour que l'hôpital et les urgences en général échappent à ce concept de régulation. Il faut mettre des règles de bon usage du système de santé, valables pour l'hôpital comme pour la médecine de ville. 

 

Dans un système régulé, le généraliste pourra-t-il encore envoyer son patient aux urgences ? 

La régulation peut être faite par le médecin du centre 15 comme par le généraliste. A partir du moment où un médecin généraliste confie un patient aux urgences c'est qu'il estime qu'il en a besoin. Il fait office de porte d'entrée dans le système.  

 

"Le bénéfice d'un retour aux gardes obligatoires serait nul" 

 

Quelles sont les conditions sine qua non pour que les SAS jouent pleinement leur rôle dans cette régulation des soins non programmés ?  

La première chose, c'est que les professionnels de santé eux-mêmes s'organisent pour déployer la régulation et l'effection nécessaires pour que le SAS fonctionne. Les médecins ne doivent pas être des effecteurs du Samu mais...

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