Quand un directeur d’ARS accuse les urgentistes démissionnaires de « racket » et menace de les blacklister

13/09/2019 Par Aveline Marques

Les urgences de Mulhouse sont dans la tourmente. Le service, dont une quinzaine de médecins ont démissionné, doit recourir à des intérimaires. Ce qui n’est pas du goût du directeur de l’ARS. Aux urgences de Mulhouse, les démissions s’enchainent les unes après les autres depuis un an. Dénonçant la dégradation des conditions de travail, le personnel s’est mis en grève dès le mois d’avril. Comme ailleurs, les trous du planning sont comblés par des intérimaires. Une situation dénoncée lors d’une réunion en juillet par le directeur de l’ARS, Christophe Lannelongue, ancien du cabinet de Marisol Touraine.  D’après plusieurs témoins, le haut fonctionnaire aurait menacé de "blacklister" de l’hôpital public les médecins qui seraient tentés de démissionner pour faire de l’intérim, rapporte Médiapart. Dans la foulée, la moitié des urgentistes ont décidé de rendre leur blouse : en un an, le service est passé de 26 temps plein médicaux à une dizaine seulement. Interrogé par Mediapart, le directeur de l’ARS assume ses propos. "On est face à des gens qui plantent leurs collègues et demandent à se faire réembaucher comme intérimaires, à 1.500 à 2.000 euros par jour. Les urgentistes de Mulhouse ont inventé le racket de groupe", charge le haut fonctionnaire. "On ne peut pas s’opposer à leur démission pour l’instant, car on est la seule entreprise du monde où des salariés peuvent décider de quitter leur travail sans préavis. Mais je leur ai dit, c’est vrai, qu’ils ne pouvaient pas espérer travailler en intérim dans les hôpitaux du Grand Est, qu’ils seraient blacklistés. On a lancé le recrutement d’un chef de service, qui va reconstruire une équipe qui porte les valeurs du service public." L’un des urgentistes visés, parti avec sa conjointe médecin s’installer en Haute-Savoie et revenant effectuer des gardes à Mulhouse, a tenu à lui répondre...

par voie de presse. "Nous ne sommes pas ici par appât du gain comme le laisse sous-entendre Monsieur le Directeur de l’ARS, car notre activité (également dans le secteur public) est plus rémunératrice et plus sereine en Haute-Savoie, explique-il sur France 3. Sans notre présence et notre polyvalence, au moins une unité fonctionnelle du service des urgences du GHRMSA [Groupe hospitalier régional Mulhouse Sud-Alsace, NDLR] aurait déjà fermé depuis une semaine." Quant au tarif de 1 500 euros la garde, il "peut paraître énorme, mais rapporté à 24 heures, le temps de la garde, vous arrivez à 62,50 euros en taux horaire. Ce qui est quasiment équivalent à ce que touche un urgentiste intégré si vous faites la somme des avantages lissés sur une année. De plus vous n'avez aucune sécurité d'emploi et s'il vous arrive quoique que ce soit, vous n'avez pas de couverture", souligne cet urgentiste, qui a souhaité rester anonyme. "Tous les jours je reçois des offres de partout en France, à 1.800 ou même 2.000 euros. Néanmoins je me maintiens à l’hôpital de Mulhouse parce que c’est un service que je connais, qu’il y a une activité qui est intéressante médicalement. On n’a pas envie que ça casse la figure à Mulhouse donc on vient ici donner un coup de main."  Mais il prévient : si la direction ne leur manifeste pas son soutien face à l’ARS, sa conjointe et lui iront travailler ailleurs. [avec Mediapart et France 3]

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