Stop violence

"Ils sont tous en état de choc" : sept soignants violemment agressés dans un hôpital savoyard

Une infirmière traînée par les cheveux sur plusieurs mètres, un médecin avec une côte fêlée... Sept soignants de l'hôpital privé Pays de Savoie (HPPS), à Annemasse, ont été blessés au cours d'une violente agression dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 janvier. Les agresseurs – un patient et son frère – ont été placés en garde à vue.  

10/01/2025 Par Louise Claereboudt
Violence
Stop violence

L'agression a eu lieu mercredi 8 janvier, aux alentours de 23 heures. Un patient de 33 ans, accompagné par son frère âgé de 25 ans, est admis aux urgences de l'hôpital privé Pays de Savoie (HPPS), à Annemasse, pour une suspicion de traumatisme crânien. Après "une dizaine de minutes d'attente", les deux individus s'impatientent et exigent d'être pris en charge sur le champ.

"Le patient a été installé dans le service, mais son accompagnant a forcé l'entrée de la zone de soins en se glissant juste derrière une soignante qui badgeait", relate la directrice déléguée de l'établissement, Marie Chabin, au Dauphiné libéré. Une infirmière demande alors à l'accompagnant de retourner en salle d'attente. Mais la situation dégénère. 

Sortant de ses gongs, ce dernier agresse verbalement et physiquement une infirmière qui se trouve près de lui. "Il l'a poussée, l'a traînée par les cheveux", indique l'établissement à l'AFP, avant d'être rejoint par son frère. Alertée par les bruits, une équipe des urgences qui célébrait Noël dans une salle de repos, intervient.

Au total, une dizaine de membres du personnel des urgences sont intervenus pour tenter d'aider la soignante violentée, essuyant les coups des deux frères, qui ont pris la fuite en voiture avant l'arrivée des forces de l'ordre. Sept soignants présentent des blessures : tuméfactions au visage, côtes fêlées, fractures… Tous sont en état de choc. Une cellule psychologique a été mise en place.

Les urgences ont été fermées jeudi toute la journée à la suite de cet incident d'une violence inouïe. Elles ont rouvert leurs portes ce vendredi matin. 

Les agresseurs, recherchés par la police depuis les faits, se sont présentés d'eux-mêmes au commissariat d'Annemasse, jeudi 9 janvier vers 13 heures, pour déposer plainte contre les urgences, révèle Le Dauphiné libéré. Ils ont été immédiatement placés en garde à vue et devraient être entendus ce vendredi. Les soignants de l'HPPS ont également déposé plainte contre les deux hommes.  

Agresser les soignants, dont la profession vise le soin des autres, est et sera toujours intolérable

Le nouveau ministre chargé de la Santé, Yannick Neuder, a réagi jeudi dans la soirée à cette violente agression sur le réseau social X. "Agresser les soignants, dont la profession vise le soin des autres, est et sera toujours intolérable. Les équipes hospitalières mettent toute leur énergie dans la prise en charge des patients, d’autant plus dans le contexte actuel, elles méritent notre reconnaissance et certainement pas un acte de violence", a-t-il écrit, apportant son soutien aux soignants. "Je sais qu’ils sont choqués et c’est bien compréhensible, cette agression est, je le redis, totalement inadmissible."

Le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) a également condamné "avec la plus grande fermeté" cette agression "violente et choquante". " En plus des répercussions graves que ces actes engendrent pour les victimes et leurs collègues, ils affectent également l’accès aux soins. En effet, ces actes inacceptables ont entraîné la fermeture temporaire des urgences et laissé plusieurs soignants blessés et en état de choc", a réagi l'institution ordinale par voie de communiqué.

Exprimant "son soutien indéfectible à l'ensemble des personnels blessés et traumatisés par cet événement", le Cnom a appelé à des "mesures fortes" pour prévenir "de tels incidents et protéger les soignants".  

 

De multiples agressions en Haute-Savoie depuis début décembre

Depuis un mois, plusieurs agressions de soignants ont été signalées en Haute-Savoie. Début décembre, deux soignants ont été violemment agressés à l'hôpital de Sallanches, et le 6 janvier, un véhicule du SMUR appartenant au centre hospitalier Annecy-Genevois a été caillassé lors d’une intervention, indiquent l'agence régionale de santé et la préfecture dans un communiqué commun, dans lequel toutes deux condamnent fermement l'agression survenue dans la nuit de mercredi à jeudi.

Hier encore, une autre agression envers un professionnel de santé a eu lieu au centre hospitalier Alpes-Léman.

"Les professionnels de santé sont trop régulièrement confrontés à des agressions, verbales ou physiques. Celles-ci ne font qu’augmenter. Chaque jour, en moyenne, en France ce sont 65 professionnels de santé qui sont victimes d’agressions physiques ou verbales", rappellent l'ARS et la préfecture, apportant leur "soutien indéfectible" aux victimes.

[avec Le Dauphiné libéré et AFP] 

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4 débatteurs en ligne4 en ligne
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15,2 k points
Résistant
Chirurgie générale
il y a 1 an
"Les agresseurs, recherchés par la police depuis les faits, se sont présentés d'eux-mêmes au commissariat d'Annemasse, jeudi 9 janvier vers 13 heures, pour déposer plainte contre les urgences" certains "patients" ne doutent de rien! et je parie qu'ils votent!
Photo de profil de MICHEL OSMIN COUGEU
220 points
Médecine générale
il y a 1 an
Il existe un droit de retrait dans la législation du travail , lorsqu'il y a danger pour un salarié...du moins, tant que les conditions de sécurité ne sont pas remplies! En l'occurrence, il s'agit, ici, d'un certain nombre de salariés.
Photo de profil de HENRI TUONG NGUYEN
34 points
Médecine générale
il y a 1 an
Ca ne sert rien de condamner verbalement. Il faut les mettre en prison sérieusement au moins 5 ans. Les prochaines voyous vont peur être réfléchir avant d'agresser les soignants. Même peine pour les agressions de pompiers ou des policiers.
 
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