Chirugien

@Photographee.eu/stock.adobe.com

Du bloc à Tik Tok : "The French chirurgien", le médecin qui vous montre ce que vous avez dans le ventre

Métro, bloc, Tik Tok… Les journées du Dr Alexandre Mensier se suivent mais ne se ressemblent pas. Entre deux opérations, le chirurgien de 38 ans armé de sa caméra dévoile les coulisses de la chirurgie à ses quelque 1,2 million d’abonnés (toutes plateformes confondues). Ses objectifs sont multiples : vulgariser ses opérations, raconter ses dernières anecdotes médicales et faire de la prévention. Un quotidien à cent à l’heure où médical et virtuel ne font plus qu’un. 

04/09/2026 Par Anaïs Bocher
Chirugien

@Photographee.eu/stock.adobe.com

"Je pars opérer, à tout à l’heure !" La secrétaire n’a pas levé la tête que le Dr Alexandre Mensier a déjà filé dans les dédales de l’hôpital. Reconnaissable à son éternel calot qu’il ne retire jamais, le chirurgien n’a pas une minute à perdre. "On a une cholécystectomie puis on enchaîne sur une hernie, des hémorroïdes et une appendicite", énonce-t-il en dévalant les escaliers. Direction le bloc. Dans la salle d’opération, une armée d’infirmières s’affairent pour préparer le patient. Sondage, perfusion, anesthésie, préparation du champ opératoire… Le ballet chirurgical s’organise, rythmé par les bips des machines et les allées et venues de l’infirmière instrumentiste.  

Entre deux coups de scalpel, Alexandre Mensier explique ses gestes à son équipe et une fois la vésicule biliaire retirée, direction la table d’opération pour en extraire les calculs. Le tout filmé pour ses abonnés. "Vous allez comprendre pourquoi on a mal, précise-t-il devant la caméra. Les calculs sont composés de calcium et de cholestérol qui se sont cristallisés et qui coincent la vésicule biliaire." Un enseignement en apparence classique, à un détail près. Plus d’un million d’élèves assistent au cours improvisé. 

"Mon père était chirurgien et son métier m’intriguait beaucoup, observe Alexandre Mensier. Parfois, il jouait avec nous dans le jardin et son téléphone sonnait. Il partait à l’hôpital, parfois jusqu’au lendemain. Lorsque j’étais au lycée, il m’a emmené avec lui au bloc et en consultation et j’ai eu un déclic." Son bac S en poche, le Nordiste part à la faculté de médecine avec un objectif précis. "Je voulais être chirurgien viscéral à Lille, assène-t-il. En cas de défaite aux examens, je n’aurais vraiment pas su quoi faire. C’était ça ou rien. J’ai mis toute mon énergie pour y parvenir."  

C'est devenu ma soupape de décompression

Six ans plus tard, ses efforts paient et il entame son internat de chirurgie à Lille, suivi d’une expérience à Tahiti puis à Arras, où il forme de nombreux étudiants en médecine. Mais en 2020, tout s’arrête. "Je me suis installé en clinique pendant le Covid, indique Alexandre Mensier. L’activité s’est réduite à cause de la crise sanitaire et la structure est différente d’un hôpital universitaire. Il n’y a plus d’interne ou d’externe à former. Ce côté pédagogique me manquait beaucoup." 

Le voyant peu à peu sombrer dans la dépression, sa femme Margaux, pharmacienne, lui conseille de se lancer sur les réseaux sociaux. Si le chirurgien est novice dans ce domaine, il se prête de bonne grâce au jeu et y prend goût très rapidement. "C’est devenu ma soupape de décompression, observe-t-il en souriant. Ça me fait plaisir de faire des petites vidéos après le travail. Je me dis que ça va aider les gens, ça leur apprend de nouvelles choses et qui sait ? Ça suscite peut-être des vocations." 

Ni complexe ni tabou

Si de nombreux médecins se bousculent sur les réseaux pour vulgariser du contenu médical, les chirurgiens, eux, se font rares. "Lorsque j’ai commencé les réseaux, de nombreuses personnes m’envoyaient des messages pour me dire que personne ne leur avait expliqué leur opération, le déroulé et l’objectif, se rappelle le spécialiste. Dans mon cabinet, j’ai toujours une planche anatomique que j’utilise pour expliquer précisément à mes patients ce que je vais faire dans leur corps. Ils ne sortent pas d'ici s'ils n'ont pas intégré le déroulé de l’opération. J’ai compris qu’il y avait un réel besoin et que je pouvais agir dessus." En plus d’ouvrir les portes du bloc à ses abonnés, Alexandre Mensier aborde tous les sujets de sa spécialité sans complexe ni tabou.

Crédit photo : Anaïs Bocher

Occlusion intestinale, rectocolite hémorragique, hémorroïdes, cancer colorectal, cancer du côlon, kyste pilonidal… Chaque thème est méticuleusement exploré. "J’ai voulu un peu démystifier ces situations qui sont anxiogènes parce que l'anxiété et le stress avant un bloc, ce n'est pas bon pour les patients, précise le praticien. Quand ça va bien avant, les patients récupèrent mieux, notamment pour les grosses chirurgies." Les vidéos explicatives avec schémas et illustrations à l’appui s’enchaînent sur son compte intitulé "The French Chirurgien", suscitant des milliers de réactions des internautes. Après avoir posté une vidéo sur le syndrome occlusif, une mère de famille réalise que son enfant présente des symptômes similaires. Après un scanner, il est soigné en urgence d’une tumeur rare au côlon. "Elle m’a longuement remercié par message et ça m’a beaucoup marqué", explique le Dr Alexandre Mensier, ému.  

Un canal dont il se sert également pour pousser des coups de gueule comme les rendez-vous non honorés de patients ou le manque de respect envers le personnel soignant. "On a parfois l’impression d’être au restaurant, commente-t-il. Certains patients ne préviennent pas et ne viennent pas. D’autres annulent la veille pour le lendemain alors qu’ils se font parfois opérer et que tout est prêt. Il y en a aussi qui se permettent d’utiliser un vocabulaire déplacé, agressif voire raciste envers les infirmières qui travaillent avec moi. C’est intolérable ! J’en parle sur mes réseaux pour faire de la prévention, faire passer un message et éviter que ça se reproduise." En parallèle de ses expériences, il relaie également des prises de position fermes concernant l’actualité médicale. En janvier 2026, le chirurgien annonce vouloir participer à l'exil symbolique des spécialistes à Bruxelles. Il en est finalement empêché par sa direction qui le réquisitionne aux urgences et l’avertit de sanctions financières et pénales en cas d’absence. Une situation qu’il critique vivement sur ses réseaux.  

Certains viennent de Marseille pour se faire opérer par le Dr Mensier

Avec cette notoriété bâtie sur les réseaux sociaux, le téléphone du praticien ne cesse de sonner. Des appels qui dépassent largement les frontières du Pas-de-Calais. "Nous avons des patients qui appellent de Corse, précise Karen Créache, infirmière de bloc. Certains viennent de Marseille pour se faire opérer par le Dr Mensier. Un patient est même venu de Belgique. Le fait de voir le Dr Mensier parler simplement de sujets complexes sur les réseaux met les patients en confiance."  

Face à l’intérêt suscité par ses contenus vidéos, le chirurgien décide de passer de la caméra à la plume en écrivant son premier livre. Fidèle à ses habitudes, le jeune père de famille ne perd pas une minute. Une fois ses deux enfants couchés, entre les opérations, après les consultations... il s’attèle à la tâche. Objectif : raconter les anecdotes chirurgicales les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Après un an de travail, son ouvrage "Secrets de blocs" est publié en septembre 2025. Attaque de requin sur deux pêcheurs, massage interne d’un cœur, reconstruction du corps d’un parachutiste brisé en mille morceaux, dons d’organes… Les anecdotes ubuesques s’enchaînent, toujours accompagnées d’une page explicative sur la pathologie rencontrée, les risques, la conduite à tenir et le procédé chirurgical qui en découle. "Je me suis dit qu’on vivait des choses incroyables dans mon métier et que c’était intéressant de le partager avec le grand public, indique le médecin. Je l’ai aussi écrit pour que les gens se rendent compte de tout ce qu’on peut vivre en tant que chirurgien."  

Depuis ses débuts sur les réseaux, le praticien voit de plus en plus de ses confrères chirurgiens se lancer à leur tour pour expliquer leur spécialité aux internautes. Une victoire pour le médecin. Serait-ce une opportunité pour passer le relais et souffler un peu ? Impensable ! Prochains projets en vue pour le Dr Mensier : transformer son livre en bande dessinée et continuer à développer sa communauté. Même si le praticien reste formel sur son activité phare. Elle est et restera la chirurgie viscérale.  

Faut-il diminuer le remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à SMR faible ou modéré?

Thierry Wattelle

Thierry Wattelle

Non

OUI ou NON ... quelle importance ? Comme souvent, il faut définir précisément ce dont on parle, à savoir "Qu'est ce qu'un médicame... Lire plus

 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

"Le père est une personne à part entière dans la grossesse" : une consultation dédiée encore méconnue par les...
29/07/2026
8
Urgences
Urgences en plein vol ou dans le train : pourquoi des médecins hésitent parfois à répondre à l'appel
13/07/2026
56
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
26
"Un médecin n'est jamais en retard : l'heure de convocation n'est pas l'heure de début de la consultation"
21/07/2026
0
Internat
"Il y a un suicide tous les 18 jours" : à bout, les internes désertent leurs stages pour défendre leurs droits
28/04/2023
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3