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Mesures barrières et cours de médecine : comment les résidents du Ghetto de Varsovie sont parvenus à éradiquer une épidémie de typhus 

Le plus important des ghettos juifs de l'Europe sous domination nazie était à l'origine une "zone de contrôle des maladies". Le surpeuplement de ce quartier de 3.4 km², les mauvaises conditions de vie et la famine ont fini par en faire une "zone de contagion" : au printemps 1941, une épidémie de typhus se déclare et s'annonce "massive". C'est sans compter l'extraordinaire résilience des résidents du ghetto, qui parviennent par leurs efforts à renverser le cours des choses. 

 

"L’ennemi veut nous enlever, à nous Polonais et Juifs, tout ce qui est art et science. Il se peut que nous périssions, mais si nous devons périr, faisons-le avec dignité." Au printemps 1941, alors qu'une épidémie de typhus exhantématique se répand dans le ghetto de Varsovie, Ludwik Hirszfeld, éminent microbiologiste et sérologiste polonais, donne son premier cours à une assemblée avide de réunions et de connaissances. Officiellement -avec l'aval des Nazis- il s'agit de former des agents de lutte contre la maladie : "apprendre à reconnaître les poux, à connaître les microbes du typhus, à désinfecter les vêtements et doucher la population", se souvient l'un des auditeurs de Hirszfeld, Stanislas Tomkiewicz. Officieusement, le codécouvreur du système ABO vient de lancer "une première année de médecine de très haut niveau" dont les enseignements s'avèreront précieux pour le jeune Tomkiewicz, qui sera l'un de ses étudiants. 

Chaque semaine, Hirszfeld donne deux conférences de deux heures : une heure de théorie et une heure de clinique. Aux côtés d'autres médecins du Ghetto, il dispense ses cours dans un local situé au-dessus d'un poste de police. Des enseignements de biochimie, d'anatomie, d'histologie, d'immunologie et de physiologie et même des autopsies. Il faut dire qu'au ghetto, entre la famine et le typhus, les cadavres ne manquent pas. "C’était presque une défense intellectuelle contre l’horreur quotidienne de la mort : elle devenait un objet de recherche scientifique, un objet d’apprentissage. J’adorais ces 'travaux pratiques', j’y allais de très bon cœur, je n’en ai pas loupé une seule séance", raconte Tomkiewitz. 

"J’avais souvent l’impression [de faire cours] à de petits oiselets effrayés" ,se souvient Hirszfeld dans son autobiographie*. "Je regardais leurs jeunes visages et me disais que si peu d’entre eux allaient survivre.[…] Devais-je avant leur mort leur parler d’infections et faire passer des examens en bactériologie à des condamnés? Non, j’allais les arracher [à la réalité] par un grand envol de la pensée […]. 'Écoutez, leur disais-je, je suis ici avec vous derrière ce mur, comme chacun d’entre vous, n’importe quel petit soldat idiot peut me tuer par caprice. Mais la pensée me permet d’errer dans les pays lointains, car je suis tombé amoureux de la science'. […] D’en bas, on entendait les coups de feu et les cris des victimes. Mais [les étudiants] restaient assis, complètement absorbés. […] Jamais je n’ai parlé avec tant de plasticité ni avec tant d’ardeur. Je sentais qu’il fallait que je remplace la vie à laquelle ces enfants avaient droit, comme ils avaient droit à la jeunesse et à l’amour." 

Loin de se résoudre à leur sort, les habitants du ghetto de Varsovie ont fait preuve d'une incroyable résilience. Par leurs efforts collectifs, ils sont même parvenus à contenir une épidémie de typhus dont l'incidence...

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