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Transformation de l'ANDPC : une occasion de revenir à "l'âge d'or" de la formation pour les médecins ?

Alors que la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) travaille sur des scénarios de transformation de l'Agence nationale du DPC, le FAF-PM et le FIF-PL, deux organismes financeurs aux mains des médecins libéraux et des autres professions de santé, se disent prêts à gérer l’enveloppe DPC afin d’éviter qu’elle ne soit transférée à des opérateurs généraux... au détriment des professionnels. 

23/04/2026 Par Louise Claereboudt
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Actée à l'automne par le ministère de la Santé, la "transformation" de l'Agence nationale du DPC (ANDPC) a fait l'effet d'une bombe dans le secteur. Si la mission confiée quelques mois plus tôt à l'Igas sur l'avenir de l'agence laissait présager une volonté gouvernementale de la réformer, son "démantèlement" a été jugé "précipité" par son personnel et sa directrice, évincée en janvier dernier. "Annoncer la fin d'un opérateur national sans aucun document cadre, sans lettre de mission, sans calendrier et sans responsable identifié n'est pas une méthode, c'est une brutalité administrative", dénonçait le comité social d'administration de l'ANDPC dans une lettre adressée à la DGOS et à la Cnam à la mi-novembre.

Dès l'annonce de la transformation de l'agence, une mission a été confiée à la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) avec pour objectif d'éclairer le ministère de la Santé sur les différents scénarios de transformation possibles et sur le calendrier de mise en œuvre. L'une des pistes avancées serait que la gestion administrative soit confiée à la Haute Autorité de santé (HAS) et la gestion financière à France Compétences, voire à la Caisse des dépôts selon plusieurs sources. En attendant, l'ANDPC continue d'assurer la gestion du DPC sous la houlette d'un inspecteur de l'Igas, nommé directeur par intérim, Dominique Giorgi.

Redoutant la "fuite" des fonds de formation conventionnels dédiés aux seules professions de santé conventionnées vers d'autres secteurs à travers des opérateurs généraux, comme France Compétences, les Libéraux de santé ont aussitôt appelé les pouvoirs publics à "sanctuariser" son enveloppe budgétaire à travers le Fonds d'assurance formation de la profession médicale (FAF-PM) et le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIF-PL). Comment ? Tout simplement en confiant à ces organismes financeurs les missions financières aujourd'hui assurées par l'ANDPC.

"Nous sommes prêts à prendre notre part"

Ces organismes sont "déjà pleinement opérationnels et compétents pour gérer les dossiers et les fonds relatifs à la formation professionnelle continue des libéraux", justifiaient les Libéraux de santé. Un argument repris par les principaux intéressés, lors de rendez-vous avec la DGOS. "Au FAF-PM nous sommes tout à fait prêts à prendre notre part", affirme le Dr Jean-Louis Bensoussan, réélu président à la mi-avril. Ce fonds, géré par un conseil de gestion composé de cinq syndicats représentatifs de la médecine libérale*, dispose d'un budget d'environ "12 millions d'euros" grâce à la contribution à la formation professionnelle (CFP) versée par les médecins libéraux installés et remplaçants et prélevée par les Urssaf. "Environ 11 000 médecins sont formés tous les ans."

Philippe Denry, président du FIF-PL, se montre lui aussi favorable à un élargissement des missions financières et/ou administratives du fonds. "Toutes les professions de santé qui dépendent du DPC sont au FIF-PL à part les médecins, donc on connaît un certain nombre d'organismes, on a déjà des commissions professionnelles, on connaît aussi des interlocuteurs qui, parfois, sont les mêmes à l'Agence et au FIF, on peut tout à fait séparer des enveloppes financières, […] suivre la réalisation des programmes que chacun ferait soit dans le cadre du DPC soit en dehors", avance le pharmacien de profession. Selon le FIF, plus de 67 000 professionnels de santé libéraux (kinés, pharmaciens, infirmières) se sont formés en 2025.

Le FAF-PM et le FIF-PL revendiquent, par ailleurs, leur expérience passée. "A l'époque, le FAF-PM gérait déjà à la fois la cotisation légale, qui perdure aujourd'hui, et également une contribution de l'Assurance maladie pour ce qui était de la formation conventionnelle", rappelle Jean-Louis Bensoussan.

Si "la HAS a toute sa place pour ce qui est des orientations prioritaires et de la surveillance des méthodes pédagogiques", le syndicaliste de MG France voit d'un mauvais œil le transfert des missions financières à France Compétences. "France Compétences est une grosse machine qui [gère] la quasi-totalité de la formation professionnelle des salariés, des apprentis, dans notre pays. Elle brasse des sommes colossales. On ne voudrait pas [que l’enveloppe DPC] soit [noyée] dans cette masse de plusieurs milliards d'euros… Ça nous fait un peu peur", reconnaît le médecin.

"La crainte, c'est qu'on ne retrouve pas notre budget, on n'est pas du tout favorables à cette solution", abonde Philippe Denry, qui se dit "en phase" avec le président du FAF-PM sur ce "point de vigilance". D'autant que, jusqu'ici, les deux organismes collecteurs n'ont eu que peu d'information de la part du ministère. "On est dans l'attente", confirme Jean-Louis Bensoussan. "Je ne suis pas sûr [que les pouvoirs publics] connaissent parfaitement le mode de fonctionnement du FIF et du FAF donc on leur a expliqué un peu plus en détail lors d'un rendez-vous. Ils ont pris note, ils ont enregistré nos critères de qualité, nos capacités de lutte contre la fraude, nos systèmes informatiques [...] mais on n'a pas eu de retour pour le moment", indique Philippe Denry.

Redonner la main au terrain

Pour le FAF-PM comme pour le FIF-PL, transférer davantage de missions à leurs fonds permettrait de redonner la main aux professionnels de santé, "comme c'était le cas avec la formation conventionnelle", relève le pharmacien. "A l'époque, la profession était intimement associée aux deux parties de la formation (la gestion financière et l'élaboration des orientations prioritaires), c'était un peu l'âge d'or de la formation, ça fonctionnait plutôt bien. Ensuite, l'Etat ou l'Assurance maladie, on ne sait pas bien qui, a voulu reprendre la main sur l'ensemble du dispositif. Aujourd'hui, l'ANDPC est à la fois le payeur et l'organisme scientifique", pointe Jean-Louis Bensoussan.

Pour le président du FAF-PM, c'est en partie ce qui a fait que l'ANDPC "était beaucoup décriée par la profession", qui s'est retrouvée "spectatrice". "Les médecins ne se sont plus retrouvés dans ce type de fonctionnement. […] C'est pour cela qu'il y en a encore trop peu qui participent à des actions de formation, ils ne comprennent pas bien les tenants et aboutissants", déplore Jean-Louis Bensoussan, convaincu qu'"il peut y avoir une vraie politique incitative à la formation continue des médecins". "C'est nécessaire, les médecins ont besoin d'entretenir leurs compétences tout au long de leur vie professionnelle, et ce retour vers des structures pilotées par des médecins devrait leur redonner envie de retourner autour d'une table et de travailler ensemble."

Même point de vue du côté du président du FIF-PL qui appelle les pouvoirs publics à "s'appuyer sur les structures qui connaissent déjà les professionnels concernés et travaillent déjà avec eux sur leurs formations". Alors que la certification périodique est entrée dans sa phase opérationnelle, Philippe Denry loue la "vision globale" que peut notamment avoir le FIF-PL, qui ne finance pas uniquement des formations dites "cœur de métier". "Des biologistes et des pharmaciens se sont mis aussi au management ou à la gestion d'entreprise." "Au FAF-PM, nous faisons aussi des choix politiques à la fois liés aux maladies qui peuvent apparaître, mais aussi à la pratique professionnelle", indique Jean-Louis Bensoussan.

* MG France, SML, CSMF, FMF, Avenir Spé-Le Bloc.

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