Opposées à une formation en accéléré pour les aides-soignantes, des organisations infirmières déposent un recours devant la justice

19/09/2023 Par Mathilde Gendron
Paramédicaux
Six organisations d’infirmières et d'étudiantes infirmières ont déposé un recours devant la justice, ce lundi 18 septembre. Elles s’opposent à un arrêté, paru au Journal officiel le 3 juillet dernier, permettant aux aides-soignantes, sous certaines conditions, d’intégrer une école d’infirmière dès la deuxième année. 

 

Ce texte est "inadapté aux exigences du métier", et "met en danger les patients" ainsi que "la reconnaissance du diplôme au sein de l'Union européenne". C’est ce que dénoncent six organisations notamment d’infirmières et d'étudiantes infirmières. Parmi elles, Convergence infirmière, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) et la Fédération nationale des étudiantes en sciences infirmières (FNESI). Ce lundi, elles ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat au sujet de l’arrêté du 3 juillet, paru au Journal officiel. Le texte permet aux  "aides-soignants disposant d'une expérience professionnelle d'au moins trois ans à temps plein sur la période des cinq dernières années" d'"intégrer directement la deuxième année de formation d'infirmier", après avoir validé "un parcours spécifique de formation de trois mois", stipule l'arrêté. 

Pour les six organisations, cela est "insuffisant", puisque ces "trois mois" de formation représentent "seulement 420 heures" au lieu des 1 533 heures prévues dans la première année d’étude de soins infirmiers, selon l’AFP. Cette formation accélérée ne permet pas non plus d’obtenir les crédits européens (ECTS), prévus dans la législation européenne. 

 

"Il y aura des morts"

Cette formation, qui doit débuter en février 2024, va "à l’encontre" de la logique de "montée en compétences" et "d’universitarisation" du métier d’infirmière, pour les six organisations. "On ne peut pas tolérer un nivellement par le bas" des compétences, ajoute Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière. 

"Les infirmières ont le droit de faire de plus en plus d’actes, indique Jean-Christophe Boyer, l’un des avocats des organisations, alors comment peut-on de l’autre côté de la chaîne fragiliser leur socle ?" Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI, pense, lui, déjà aux conséquences sur les patients : "Derrière cette décision irresponsable de réduire d’un tiers la durée de formation, il y aura des morts."

[Avec AFP] 

2 débatteurs en ligne2 en ligne
Photo de profil de Cédric  Lebacle
956 points
Incontournable
Chirurgie urologique
il y a 2 ans
Cet arrêté visant à permettre l’intégration accélérée d’aides-soignants expérimentés en deuxième année de formation infirmière, mérite une attention nuancée. Tout d’abord, il faut reconnaître que les aides-soignants avec plusieurs années d’expérience ont déjà acquis un certain niveau de compétence clinique et de compréhension du système de santé. De plus, ils sont souvent très intégrés dans les équipes de soins et comprennent les dynamiques de travail en milieu hospitalier. Cependant, il est important de noter que la formation infirmière comporte des aspects théoriques et pratiques, comme la pharmacologie, les soins techniques plus avancés et la prise en charge de situations complexes, qui ne font pas nécessairement partie du cursus ou de l’expérience d’une aide-soignante. Une formation de 420 heures peut être envisagée comme une solution pragmatique pour combler ces lacunes spécifiques. Certains domaines clés, comme le raisonnement clinique, et les responsabilités médico-légales pourraient ne pas être adéquatement abordés dans un laps de temps aussi court. Le débat en cours soulève une question fondamentale : comment équilibrer la nécessité d’une formation approfondie avec les besoins urgents en personnel de santé qualifié ? Cette réforme, bien que controversée, offre une voie accélérée qui pourrait être améliorée par des évaluations rigoureuses et des ajustements basés sur les résultats. Elle mérite donc d’être explorée plus en détail.
Photo de profil de Fabien BRAY
7,5 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 2 ans
Que les aides soignantes avec un minimum d'expérience aient une passerelle, dans le fond pourquoi pas. Mais le vrai problème c'est l'absence de contrôle sérieux des compétences techniques à la fin du cursus infirmier depuis la disparition des MSP. Ils ont sabordé les études d'infirmier avec les dernières réformes, ce qui fait que toute nouvelle IDE commence son travail en étant suspectée d'incompétence, et cette suspicion est malheureusement souvent justifiée. Si les études étaient plus difficiles la question de la passerelle ne se poserait même pas.
Photo de profil de Emmanuel  Signoret
703 points
Incontournable
Médecine générale
il y a 2 ans
Poussons le raisonnement : les techniciennes de surface pourront faire aide soignantes qui pourront faire infirmière qui pourront faire médecin. Bref tout le monde pourra tout faire...à prix cassé évidemment. Ce ne sont plus des passerelles,c est du funambulisme. Je me demande pourquoi nos jeunes se lancent encore dans des études de médecine !!!
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