@New Africa/Stock.adobe.com
Télé-expertise auprès d'opticiens : les ophtalmologistes dénoncent des pratiques dangereuses pour les patients
Le syndicat représentatif des ophtalmologistes alerte, ce jeudi 3 septembre, sur la téléexpertise réalisée auprès d'opticiens, sans contact direct avec les patients. Ils dénoncent des retards diagnostiques pouvant "entraîner des dommages irréversibles".
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Le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) alerte, ce jeudi 3 septembre, sur le développement de la télé-expertise optique. Cette pratique, qui s'est développée ces dernières années, permet aux opticiens de fournir en quelques heures des prescriptions de lentilles ou de lunettes à leurs clients, via un examen visuel fait par l'opticien lui-même dans son magasin. L'ophtalmologiste, qui prescrit à distance sur la base des données du contrôle visuel de l'opticien, n'a pas de contact direct avec le patient.
Pour le Snof, ces téléexpertises, qui "n'ont rien en commun avec les téléconsultations", sont "susceptibles de s'affranchir des exigences médicales et déontologiques indispensables à la sécurité des patients".
Le syndicat craint notamment des retards dans le diagnostic de certaines pathologies, "comme le glaucome ou certaines atteintes rétiniennes", cite-t-il, dans son communiqué. Un tel retard peut pourtant "entraîner des dommages irréversibles".
Selon le syndicat, "plus de 5 000 patients ayant obtenu une ordonnance optique via certains dispositifs de téléexpertise sont atteints d’un glaucome qui n’a pas été dépisté et pourraient ainsi rester non traités".
Autre point de vigilance : 30 à 40% des prescriptions réalisées par téléexpertise concerneraient des lentilles de contact, c'est quatre à cinq fois plus qu'en consultation en présentiel, d'après le Snof. Cet écart "interroge sur les conditions de prescription, alors que les lentilles nécessitent une évaluation médicale adaptée", pointent les ophtalmologistes.
Une plainte ordinale déposée
Et, alors qu'elles sont présentées comme luttant contre les déserts médicaux, ces pratiques sont réalisées en grande majorité dans de grandes villes (Paris, Marseille, Toulouse…). "Le recours à la télémédecine doit avant tout répondre à un besoin médical et territorial identifié, et non se développer indépendamment de la réalité de l’offre de soins", soutient le Snof, pour qui "ces solutions sont essentiellement utilisées à visée commerciale pour des magasins installés en zone concurrentielle".
Il y a donc urgence à agir. "Les autorités doivent maintenant s’emparer de la téléexpertise optique pour poser un cadre clair, garantissant à la fois son développement et la sécurité des patients", appelle le Dr Vincent Dedes, président du Snof. Le syndicat demande notamment un agrément obligatoire pour les sociétés pratiquant cette téléexpertise et une traçabilité complète des prescriptions. Il annonce, par ailleurs, avoir déposé une plainte ordinale à l'encontre de plusieurs acteurs et prescripteurs de ces sociétés de téléexpertise "dont les pratiques sont susceptibles de contrevenir au cadre médical et réglementaire en vigueur".
[avec AFP]
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