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Quand "dépanner" ses proches devient un fardeau pour les médecins : "Ils ne se rendent pas compte de la responsabilité derrière"

Quel médecin n'a pas été sollicité par un membre de sa famille, un ami ou même une connaissance éloignée pour donner un avis médical, rédiger un certificat ou encore gérer une urgence ? Un sacerdoce qui touche l'ensemble des praticiens. Mais comment le vivent-ils ? C'est la question que s'est posée le Dr Florian Tirode, dans sa thèse. 

22/10/2026 Par Sandy Bonin
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"J'ai creusé un petit peu dans la littérature, et on voit que 99 à 100 % des internes et des médecins sont confrontés aux sollicitations de leurs proches. C'est un peu inéluctable." Face à cette situation qui le concerne personnellement, le Dr Florian Tirode a choisi de sonder l'avis de ses consœurs et confrères dans sa thèse, soutenue en septembre 2025. "J'ai décidé de travailler sur ce sujet parce que lorsque j'étais en stage, j'ai été sollicité plusieurs fois par des infirmières, ou même des aides-soignants, qui profitaient que je sois dans le service pour me dire : 'Ah, est-ce que tu pourrais faire un certificat médical pour mon fils ou pour moi ?' C'était assez récurrent, certains me contactaient même par texto après le stage", rapporte Florian Tirode.  

Ces sollicitations ont commencé dès la première année d'études, selon le jeune généraliste. "Il y a toujours un petit mot taquin lors des réunions de famille du genre : 'Toi qui vas être médecin, qu'en penses-tu ?' Puis au fil des années, on va prendre du galon et les demandes vont s'intensifier", remarque-t-il.  

Alors qu'en France, il n’existe pas de législation interdisant à un médecin d’effectuer des actes de soin ou de prescription à des membres de sa famille, le jeune soignant a donc décidé de s'interroger, dans le cadre de sa thèse, sur "le ressenti des médecins généralistes du Nord et du Pas-de-Calais sollicités par messagerie personnelle et non sécurisée (mail, SMS/MMS, réseaux sociaux...) pour la réalisation d'une consultation informelle demandée par un membre de leur famille".  

Pour ce travail, treize généralistes (six hommes et sept femmes), âgés de 48 ans en moyenne et aux modes d'exercice variés, ont été interrogés. Tous avaient déjà été confrontés aux demandes de proches, qu'il s'agisse de leurs enfants, petits-enfants ou entourage familial plus étendu. Et pour la plupart, les dernières demandes étaient très récentes : "pas plus tard qu'hier soir", "pas plus tard que ce week-end", "la semaine dernière", "ce matin"…, peut-on lire dans la thèse. Certains médecins rapportaient même être sollicités "quotidiennement".  

Je ne me vois pas faire un frottis à ma fille

Les requêtes étaient diverses, allant d'une demande d'examen complémentaire ou de soin paramédical à l'examen d'une oreille ou à une suture. "Les motifs amenés par les proches sont toujours assez variés. D'une demande assez simple de prise de sang par exemple au renouvellement de traitement. Forcément, le ressenti va donc varier pour les médecins", analyse Florian Tirode.  

Si certaines sollicitations ne requièrent pas d'examen clinique, d'autres forcent les médecins à se confronter avec l'intimité de leurs proches, alors qu'ils n'y sont pas forcément prêts ou enclins. L'un des généralistes sondés a ainsi soigné sa fille jusqu'à ses 18 ans avant de décider de passer la main à un confrère. "Je ne me vois pas faire un frottis à ma fille", a-t-il justifié. 

D’autres praticiens ont partagé cette réticence à réaliser "des gestes qui, hors cadre médical, pourraient être interdits, incestueux notamment avec leurs parents", souligne Florian Tirode, comme ce praticien qui s'est retrouvé face à la poitrine de sa mère dans le cadre d'un doute sur un cancer du sein. "On n'est pas forcément prêt à être confronté à l'intimité de ses proches", remarque Florian Tirode, alors que ce n'est pas le cas avec un patient.  

Une hausse des demandes 

Enfin, les proches négligent souvent les difficultés psychologiques engendrées par certaines demandes. "J'ai soigné mes grands-parents jusqu’au bout et ça, c’était affreux pour moi. Mon grand-père, c’est moi qui ai fait son certificat de décès […] J'en ai gardé un très gros traumatisme", témoigne encore l'un des médecins sondés dans le cadre de la thèse. "Cela montre vraiment l'étendue du panel des demandes des proches, cela va de la pédiatrie jusqu'à la mort", pointe le Dr Tirode.  

Plusieurs médecins interrogés constatent une hausse des demandes. "C’est de pire en pire. […] Il y a 20 ans, on était moins sollicités pour prendre en charge des gens de notre famille", pointe un généraliste sexagénaire. "C’est de plus en plus compliqué […] Ça n’existait quand même pas beaucoup il y a 10 ou 15 ans, et il y a 20 ans encore moins", abonde une consœur.  

Florian Tirode constate que "la récurrence des demandes" est ressentie "de manière négative par les praticiens". Une problématique accentuée, selon lui, par la "désertification médicale". "On ne peut pas trop laisser le proche sans son traitement, surtout si c'est un traitement important, mais c'est vrai que c'est un peu plus délicat dans le cadre d'un renouvellement notamment, il faut voir comment il va, prendre la tension idéalement, faire une ordonnance pour une prise de sang… Tout un suivi. C'est chronophage et ça engage la responsabilité du médecin", soulève le généraliste.  

Les proches n'ont pas conscience de la responsabilité engagée

"Ils ne se rendent pas compte de notre travail, de notre responsabilité derrière chaque prescription. On a quand même notre part de responsabilité. […] Quand on dépanne quelqu’un, il faut assumer la responsabilité. Je lui ai dit : 'C’est illégal, je ne le ferai pas'", a notamment relevé une généraliste quadragénaire interrogée. 

"Les proches n'ont pas conscience de la responsabilité engagée par le médecin quand il analyse quelque chose, même d'anodin, comme une prise de sang", pointe Florian Tirode. Pourtant, souvent, même s'ils ont prévu de voir leur médecin, "ils vont quand même demander : 'Qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu peux regarder s'il y a quelque chose de grave ?'", constate le généraliste. 

La manière de traiter un proche est également questionnée dans la thèse. Certains généralistes ont tendance à "sous-diagnostiquer" ou à "sur-diagnostiquer". Quatre praticiens interrogés ont notamment pointé l'aspect "stressant" des requêtes de proches. "Quand t’as de l’affect, c’est très difficile de soigner les tiens", a reconnu un généraliste quinquagénaire. Les médecins soulignent également le manque d'objectivité face à la famille. "J’avais tendance, de manière non objective, à rationaliser les choses, ce que je n’aurais pas fait avec un autre patient", admet ainsi une généraliste interrogée.  

De plus, ces prises en charge informelles grignotent le temps déjà compté des médecins. "Même si ce sont des demandes simples, cela peut rapidement prendre une à deux heures sur une semaine", assure Florian Tirode. "Puis finalement, le médecin ne décroche jamais, le psychologique va en prendre un coup", ajoute-t-il.  

Au final, sur l'ensemble des treize médecins interrogés "100% ont évoqué un ressenti négatif", rapporte Florian Tirode. Un avis toutefois nuancé par le sentiment positif d'avoir été "utiles" pour leur proche pour quatre des généralistes sondés.  

Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?

Pascale Debenest

Pascale Debenest

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J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus

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