Privés de doses de vaccins au profit des pharmaciens, les médecins en colère exigent la "démission de Salomon"

08/03/2021 Par Aveline Marques

La nouvelle est tombée dimanche soir, via un message urgent de la Direction générale de la Santé. Les médecins libéraux ne seront pas approvisionnés en doses de vaccins la semaine prochaine. Les 28.000 flacons d’AstraZeneca qui seront livrés seront en effet réservés aux pharmaciens d’officine, autorisés à vacciner par un décret vendredi dernier.   Rarement une décision aura suscité autant de réactions. Ordre, syndicats, Collège de médecine générale… les représentants des médecins sont unanimement révoltés par le message urgent envoyé dimanche soir par la direction générale de la Santé aux professionnels de santé. « Pour la semaine du 8 mars, la commande ne sera ouverte que pour les besoins propres des officines, il ne sera pas possible de prendre des commandes pour les médecins compte tenu du nombre de doses livrées par AstraZeneca (environ 28 000 flacons disponibles à la commande) », indique la DGS, décrivant les conditions d’ouverture de la vaccination aux pharmaciens. Ce lundi matin, les communiqués pleuvent pour dénoncer cette décision, qui va imposer à nombre de médecins d’annuler les rendez-vous de vaccination pris la semaine prochaine. « C’est déshabiller Pierre pour habiller Paul », dénonce l’UFML. Le syndicat du Dr Marty « demande instamment au ministre de la Santé de réagir et de stopper cette décision vécue comme une insulte par la profession, qui va à l’encontre de leurs engagements dans la campagne vaccinale. Rien ne justifie le fléchage du matériel vaccinal vers une profession plutôt qu’une autre à moins que cela trouve sa source dans une pénurie de stocks dissimulée. »

« C’est le summum de la sottise technocratique ! », s’indigne le SML, qui reproche à la DGS d’avoir cédé « aux caprices des pharmaciens » en leur permettant de vacciner alors que les doses manquent encore… mais aussi de ne pas avoir informé les représentants des médecins de cette décision lors de leur réunion hebdomadaire avec le ministère vendredi. Face à cette « faute de trop », le syndicat demande la démission de Jérôme Salomon, signataire de ce message. Même exigence de la part de MG France, qui dénonce une « décision invraisemblable ». Le syndicat de généralistes demande en outre au ministère de « donner les consignes nécessaires pour que les besoins des médecins soient tous pourvus » et appelle les praticiens à « exiger de leur pharmacien les doses commandées » et à « renouveler dès aujourd’hui leur commande suivante ». Sur Twitter, le Dr Hamon appelle au « boycott ». « Que Salomon se démerde », s’emporte le président d’honneur de la FMF.

De son côté, la CSMF déplore « la fin de la priorisation que les médecins avaient organisée » et reproche au Gouvernement d’avoir permis trop vite aux pharmaciens de vacciner.  « Lorsque la France recevra suffisamment de vaccins, il sera alors temps de permettre à tous les professionnels de santé de vacciner », pointe la confédération. « La CSMF appelle le gouvernement à redresser d’urgence la barre, à soutenir ceux qui sont impliqués, sans prendre des décisions en trompe l’œil pour faire plaisir et donner l’illusion que l’on fait quelque chose en s’agitant. » « A l’heure où de nombreux patients prioritaires attendent encore leur vaccin, cette décision ne peut que creuser les inégalités d’accès à la vaccination pour les patients les plus prioritaires », redoute le Collège de médecine générale. Même incompréhension du côté de Réagjir. Le syndicat de jeunes généralistes et de remplaçants « dénonce les injonctions contraires subies par les médecins généralistes : un jour ne vaccinant pas assez et retardant la campagne, et le lendemain privés des doses nécessaires… » Sur Twitter, l’Ordre des médecins fustige un message « inacceptable » et exige qu’il soit « démenti par le ministre Olivier Véran ». « Les médecins, moteurs de la campagne vaccinale auprès de la population, doivent être assurés de leur approvisionnement en doses », souligne l’instance.

Sur le réseau social, nombre de médecins témoignent de leur écœurement et se désolent d’avoir à déprogrammer les rendez-vous de la semaine prochaine.  

 

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