"Nous ne sommes pas des charlatans" : après une tribune à charge, les homéopathes crient à la calomnie

20/03/2018 Par F. Na.
MEP

Les médecins homéopathes sont avant tout des médecins, s'agace le Dr Didier Deswarte en réaction à la tribune des 120 médecins contre les médecines alternatives. Vice-président du Syndicat national des médecins homéopathes français, il appelle au questionnement et au dialogue. Il déplore la violence d'une telle attaque.

    Egora.fr : Quelle est votre réaction à la tribune signée par 120 médecins contre les médecins dites alternatives ? Dr Didier Deswarte : On commence à parler des charlatans et on l'amalgame à des docteurs en médecine qui utiliseraient la thérapeutique homéopathique. C'est d'une violence sans nom. C'est même une attaque qui peut avoir des conséquences en justice, c'est une calomnie. C'est grave. Les attaques sont régulières. Mais là, elles sont d'une grande violence qu'on ne comprend pas. Nous sommes docteurs en médecine, nous sommes médecins de premiers recours, nous nous perfectionnons. On est médecins à part entière. On est même d'abord médecins, et on utilise des techniques complémentaires comme l'homéopathie ou l'acupuncture. Nous ouvrons notre art médical à d'autres techniques, qui sont éprouvées. Il y a quelques années, le rapport du Dr Lebatard-Sartre du Conseil de l'Ordre national expliquait que ces techniques devaient être le fait de docteurs en médecine. Et que ceux qui l'exerceraient sans être médecins seraient poursuivis pour exercice illégal de la médecine. C'est donc une démarche propre aux médecins. On s'intègre dans les milieux officiels, dans la formation… Nous sommes des docteurs en médecine qui utilisons des techniques complémentaires. Et c'est au médecin de peser l'indication de ces médicaments. Je vais prendre l'exemple des soins de suite en oncologie. L'homéopathie ne traite pas le cancer, mais peut traiter le patient subissant les effets secondaires de ses traitements oncologiques afin de les minorer, d'améliorer la qualité de vie et lui permettre de mieux réagir aux thérapeutiques classiques. Tout est gagnant. Un patient qui supporte mal les médicaments aura un risque vital plus important.  

  Que répondez-vous à ceux qui disent que les bénéfices de l'homéopathie ne sont pas prouvés ? Si on nous donne assez d'argent pour faire des études cliniques, on veut bien les faire. On est ouverts, mais c'est très cher. Nous sommes demandeurs d'études. Il y en a quelques-unes. Récemment l'étude EPI-3, avec un comité scientifique tout à faire neutre, avec une grande cohorte de médecins et de patients, a montré que nous soignons les mêmes pathologies, les mêmes patients et que nous ne représentons pas de pertes de chances pour le patient.   Peut-on qualifier ces résultats d'"effets contextuels" comme le font les médecins à l'origine de la tribune, et dont ils reconnaissent d'ailleurs les bénéfices ? Ils écrivent des "effets contextuels qui s'appuient sur un discours ésotérique"… Esotérique ? Il faut replacer la naissance de la discipline dans son époque, et voir ce qui est bon à prendre. Ce qui était bon à prendre dans l'homéopathie à l'époque, c'est une approche par la globalité de la personne. La définition de la science c'est la remise en question. Nous devons tous nous remettre en question. L'acupuncture a des effets très intéressants, mais il faut la resituer dans le contexte du taoïsme à l'époque. On retrouve des concepts qui n'ont pas à rougir des nouveaux concepts en médecine fondamentale. Je pense à la notion de la systémique, la prise en compte de l'environnement… Il faut retraduire un peu, pour la pédagogie, et essayer de remettre les pendules à l'heure.   Convenez-vous de la défiance grandissante du grand public envers la science et la médecine ? On a tendance à nous amalgamer au mouvement anti-vaccins. Il faut mettre des nuances. Vous avez dans nos milieux, mais ailleurs aussi, des personnes qui enfourchent le cheval de l'anti vaccination. Mais ce n'est pas notre propos. Nous sommes un pays qui vaccine beaucoup et on a des preuves de la protection indispensable des vaccins contre certaines maladies. En revanche, ce n'est pas non plus la panacée. En fait, rien n'est anodin en médecine au niveau de la thérapeutique. C'est vrai qu'on observe quand même une grande défiance chez les patients.   Comment lutter contre cette tendance ? C'est un débat à mettre dans nos discussions. Les immunologues, il y a quelques années disaient bien qu'on ne connaît pas les conséquences à long terme de ces vaccinations sur l'auto-immunité par exemple. C'est quand même une grande question. C'est pour ça qu'il ne faut pas non plus faire du tout vaccination. Par exemple, les pédiatres disent qu'il y a une période de tolérance chez le nourrisson qui fait qu'il tolère la vaccination et qu'il faut le faire le plus précocement possible. Mais on peut le voir autrement : on peut se dire que l'individu doit "maturer" son système immunitaire. On peut alors se demander si on ne vaccine pas trop précocement ces enfants, dont l'organisme est en cours de maturation. Mais on ne peut pas se passer de ces vaccinations pour le tétanos, la polio, la diphtérie… Il y a aussi des vaccins qui sont plus fiables que d'autres. Ce qu'il faudrait, c'est pouvoir étudier scientifiquement ces vaccins au niveau de leur efficacité d'une manière plus formelle, voir comment les effets secondaires sont analysés. Je crois qu'ils ne sont pas suffisamment déclarés. Il faudrait faciliter le travail du médecin pour qu'il puisse les déclarer plus facilement. Pour l'hépatite, vous pouvez avoir des réactions délétères 4 ou 6 mois après. Est-ce qu'elles sont bien dans les statistiques ? J'ai vu des cas de sclérose en plaque. C'est toujours troublant de voir un épisode de sclérose en plaque, même s'il est atténué, chez une personne après un vaccin. Voyez, je suis homéopathe mais je ne suis pas anti-vaccinaliste. Le principal c'est qu'il y ait un dialogue, qu'on puisse remettre en question les données et que la recherche soit objective.

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