Tracteur

@Dre Françoise Duquesnel

"Mes parents ne voulaient pas que je sois paysan" : le quotidien méconnu du Dr Luc Duquesnel, généraliste et éleveur de chevaux

A 69 ans, le Dr Luc Duquesnel partage son temps entre ses patients, son syndicat et… ses chevaux. Le président des Généralistes-CSMF a repris l'exploitation familiale en Mayenne, se consacrant à l'élevage hippique. Une "vie bien remplie" à laquelle il n'est pas près de renoncer. Deuxième épisode de notre série d'été consacrée à la double vie des médecins. 

05/08/2026 Par Aveline Marques
Tracteur

@Dre Françoise Duquesnel

Quand il ne consulte pas à son cabinet du Pôle santé de Mayenne, ou qu'il n'est pas dans un train direction le siège de la Cnam à Paris, le Dr Luc Duquesnel est… à la ferme. Rares sont les confrères qui le savent mais l'emblématique président des Généralistes-CSMF est également exploitant agricole. Plus précisément, éleveur de chevaux de concours hippiques. "En ce moment, j'ai 9 chevaux de sauts d'obstacle, de races selle française", décrit-il. 

L'élevage de chevaux est un "atavisme familial", nous raconte-t-il. "Mon grand-père avait un haras dans l'Eure, au bord de la Seine. En reprenant des juments qui venaient de chez mon grand-père, j'ai poursuivi la lignée." 

"Je voulais être agriculteur, mais mes parents m'ont poussé à faire des études" 

Ses parents avaient pourtant d'autres desseins pour le jeune Luc. "Mon père était paysan, il a tout fait pour me dégouter de la ferme. Quand j'étais enfant et adolescent, je participais à la traite des vaches, je passais la moissonneuse batteuse… Je voulais être agriculteur, mais mes parents m'ont poussé à faire des études."  

Ce sera donc la médecine. Mais pas question pour Luc Duquesnel de renoncer à ses premières amours. "Pendant mes 8 années d'études de médecine, j'ai retapé la maison de la ferme, où mes parents n'habitaient pas. Si bien qu'arrivé à la fin de mes études et de mes deux années de remplacements, je savais où j'allais habiter mais pas où j'allais travailler, s'amuse-t-il. C'était souvent l'inverse pour les médecins à cette époque-là." 

Son père prenant de l'âge, le généraliste a repris l'exploitation familiale, qui se compose d'une forêt de 23 hectares et de 10 hectares d'herbage. Exit les vaches laitières, les charolaises et les moutons, place aux chevaux ! 

Entretenir les champs, semer les engrais, réparer les clôtures, s'occuper des chevaux, gérer la reproduction… Les semaines du généraliste mayennais sont bien chargées. D'autant que Luc Duquesnel ne manque jamais son tour de garde de PDSA. "J'ai toujours vu mon père travailler 7 jours/7 alors les gardes le week-end… élude-t-il, lorsque l'on s'étonne face à son emploi du temps.

Les vaches, c'était 365 jours par an, matin et soir, Pâques et Noël compris. J'ai quand même des conditions de vie et d'exercice moins difficiles", relativise le praticien, qui considère qu'il a "beaucoup de chance" de pouvoir exercer le métier qu'il voulait faire en parallèle de la médecine, une voie qu'il n'a jamais regretté d'avoir empruntée. "Quand je suis sur mon tracteur, avec les chevaux, ça me vide la tête… Je ne dis pas que ce n'est pas du stress on quand on a un cheval malade ou un imprévu à gérer. Mais c'est passionnant." 

Employant un ouvrier agricole à mi-temps, le généraliste peut également compter sur le soutien de sa fille, vétérinaire, avec qui il a un temps participé aux concours hippiques chaque dimanche. Comme lui, cette jeune maman consacre une partie de ses soirées et de ses week-ends à l'exploitation familiale. "Elle a appris le métier avec mon père. Tous les deux, on s'épaule." 

"Pour la récolte du foin, je peux annuler toutes mes réunions" 

La récolte du foin qui nourrira les chevaux durant l'hiver est le moment le plus important de l'année pour les Duquesnel. "Cette semaine-là, je peux annuler toutes mes réunions, qu'elles soient sur la Mayenne ou sur Paris", lance le généraliste. Bravant la chaleur de la fin du mois mai, père et fille se sont attelés à la tâche. "On s'est partagé le boulot : moi je le faisais entre midi et deux, et elle en fin d'après-midi quand elle rentrait de son cabinet. Cette année, les conditions étaient exceptionnelles", raconte-t-il. 

De son propre père, Luc Duquesnel a également hérité de son engagement syndical. "Mon père était président d'un syndicat agricole au niveau département. J'ai baigné là-dedans étant enfant. Ma mère n'arrêtait pas de râler parce qu'il était toujours au téléphone, en réunion avec des agriculteurs", se souvient-il. Enchainant les commissions paritaires et les séances de négociations, toujours prêt à battre le pavé parisien, Luc Duquesnel œuvre aujourd'hui à améliorer les conditions d'exercice des médecins. Sa plus grande fierté est d'être parvenu, au terme d'une grève de 4 ans, à réformer l'organisation de la PDSA dans son département de la Mayenne, qui fait désormais figure d'exemple. 

A bientôt 70 ans, le président des Généralistes-CSMF n'envisage ni de déplaquer, ni de rendre les clés du tracteur. "Avec ma femme, qui est médecin de HAD, on aurait pu prendre notre retraite il y a trois ans. On continue à travailler parce qu'on estime qu'on a des métiers passionnants et vu la pénurie médicale, on mettrait nos patients dans l'embarras. Dans mon territoire, la démographie médicale est dramatique. On a perdu 4 médecins en 2025, deux de plus en 2026, sans nouvelle installation. Tant que j'ai la santé, je n'ai aucune envie d'arrêter." 

Les oraux ont-ils leur place dans les examens de médecine ?

Suzanne 42

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Non

Les oraux CLASSANTS n'ont pas leur place à mon avis car, si imparfaites que puissent être les épreuves écrites, celles-ci demeuren... Lire plus

3 débatteurs en ligne3 en ligne
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alain delhumeau
98 points
Anesthésie-réanimation
il y a 2 mois
très heureux de voir l'heureux parcours du Dr Duquesnel que j'ai connu étudiant à la fac d'Angers , il se distinguait déjà parmi ses pairs et n'hésitait pas à râler et a mobiliser ses congénères lorsqu'il n'était pas d'accord . Il aimait les animaux et, si ma mémoire de vieillard ne me trahit pas, je l'ai vu venir à une réunion, dans un amphi ,avec son chien. mes meilleurs souvenirs et tous mes vœux de bonheurs au Dr Duquesnel.
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Bernard LEVE
6,5 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 2 mois
"Mon père était paysan, il a tout fait pour me dégouter de la ferme" ... pour vous dissuader de faire un métier de bagnard que nos décideurs, politiciens ou hauts fonctionnaires ne connaissent pas (tout en étant persuadés du contraire) et méprisent profondément.
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Bertrand WEYD
22 points
Médecine d’urgence
il y a 2 mois
Un très gros bosseur avec qui j’ai partagé de très belles tranches de vie professionnelles et personnelles. Un homme de convictions, de confiance, convivial et humain.
 
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