Les médecins grévistes prennent les patients "en otage", fustige le Pr Grimaldi
Professeur émérite au CHU de la Pitié Salpêtrière (AP-HP), André Grimaldi porte un regard très critique sur le mouvement de grève lancé par les syndicats de médecins libéraux du 5 au 15 janvier. En cessant leurs activités, les grévistes prennent leurs patients "en otage", dénonce le diabétologue dans une tribune publiée dans Libération.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Pr André Grimaldi ne mâche pas ses mots lorsqu'il évoque ses confrères libéraux en grève. Dans une tribune publiée dans Libération mercredi 7 janvier, le professeur émérite de médecine au CHU de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) fustige l'appel des syndicats libéraux à cesser toute activité entre le 5 et le 15 janvier. Un mouvement "historique" regroupant les médecins généralistes et les spécialistes, par ailleurs invités à s'exiler à Bruxelles du 11 au 14 janvier afin de "créer une situation sanitaire politiquement insupportable", selon Le Bloc, qui en est à l'initiative.
Si ce mouvement se veut "politiquement insupportable pour les gouvernants", c'est "parce qu['il est] médicalement insupportable pour les patients et leurs familles", pointe André Grimaldi dans son texte au ton accusateur. En cessant leurs activités, les "médecins grévistes vont prendre les usagers en otage comme ils ne manquent pas de le dénoncer lorsqu'il s'agit de la grève des salariés des transports en commun. Avec cependant une différence notable […], les médecins ont prêté serment de ne pas abuser de la faiblesse des personnes malades angoissées qui font appel à eux".
"Si, comme les agriculteurs en colère, les spécialistes du bloc projettent d'aller à Bruxelles, il y a là aussi quelques différences. Les uns prennent la route avec leurs tracteurs, les autres poseront leur bistouri et iront en TGV rejoindre leurs hôtels", tacle encore le diabétologue. "Les uns gagnent moins de 30 000 euros par an quand les autres gagnent en moyenne plus de 120 000 euros. Et le temps de travail des premiers est un peu plus grand que celui des seconds."
Si les spécialistes de bloc s'apprêtent à quitter la France, c'est notamment pour défendre leur droit aux dépassements d'honoraires – mis à mal par un récent rapport parlementaire notamment. Or ces derniers "ne cessent d'augmenter", rappelle André Grimaldi. Ils ont en effet atteint 4,5 milliards d'euros en 2024 (+ 7% par an depuis 2021). "Ces dépassements peuvent varier du simple au double, voire beaucoup plus, sans autre raison que la décision personnelle du médecin obtenant le 'consentement' du malade qui pense que si c'est cher, c’est quand même que c'est mieux", observe le professeur.
Si l'on veut défendre notre système de santé égalitaire et solidaire, il faut commencer par dissocier les médecins généralistes et les spécialistes raisonnables des ultralibéraux
Ce dernier s'oppose, par ailleurs, au remboursement des prescriptions des médecins en secteur 3 : "Les clients de ces médecins séparatistes refusant le conventionnement n’ont pas à bénéficier du bien commun qu'ils récusent." Et désapprouve le soutien que leur apportent leurs confrères conventionnés. "Pourquoi les médecins installés en secteur 1" et les spécialistes en secteur 2 Optam "participent-ils de ce front du refus de la médecine libérale 'canal historique' détestant la Sécu et haïssant l'Etat ?", s'interroge-t-il dans sa tribune.
Pour le diabétologue, si ce mouvement est né, c'est parce "que les gouvernements successifs n'ont cessé d'accentuer les contraintes imposées à l'ensemble des médecins sans distinction de statut et de revenu, qu'il s'agisse de la liberté d'installation, des contrôles des prescriptions, des formalités administratives, de la pratique du tiers payant, de la participation à la permanence des soins". Or, "si l'on veut défendre notre système de santé égalitaire et solidaire, il faut commencer par dissocier les médecins généralistes et les spécialistes raisonnables des ultralibéraux", estime-t-il.
Et de conclure : "Pour rompre le front du refus de la médecine libérale, il faut, comme l'aurait dit Georges Pompidou, 'arrêter d'emmerder les généralistes'."
[avec Libération]
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