Charles Midol

Crédit : Diocèse de Lille.

À 33 ans, il partage son temps entre l'Église et l'hôpital : le choix de vie hors du commun d'un médecin-prêtre

Médecin interniste dans un hôpital catholique de Lille, le Dr Charles Midol a été ordonné prêtre le 28 juin dernier. Il considère ces deux rôles comme des vocations qu'il pratique en communion. Troisième épisode de notre série d'été consacrée à la double vie des médecins. 

12/08/2026 Par Isabelle Veloso Vieira
Portrait Insolite
Charles Midol

Crédit : Diocèse de Lille.

"J'ai senti que la prêtrise était un métier qui pouvait me rendre profondément heureux", sourit le Dr Charles Midol, médecin interniste de 33 ans à l'hôpital Saint Vincent de Paul, à Lille. C'est en troisième année de médecine que le jeune étudiant a ressenti cet appel. Un prêtre lui avait alors demandé s'il ne voulait pas entrer au séminaire. L'idée a germé avant qu'il ne décide de rejoindre celui de Saint-Paul VI qui lui a permis de faire sa formation à la prêtrise en alternance. Car, pour Charles Midol, il n'a jamais été question d'arrêter ses études de médecine.

Issu d'une famille de médecins, il a d'abord voulu faire ce métier pour son contact avec les gens. "Je travaille dans un hôpital public donc on soigne absolument tout le monde sans distinction." Installé à Lille sud, dans un quartier "avec une grande mixité", l'hôpital Saint Vincent de Paul accueille des personnes musulmanes autant que des personnes chrétiennes de tradition venues des Flandres. "Je rencontre des gens différents que je ne verrais pas autrement. Cela agit comme un moteur de voir de nouveaux visages et de construire des relations riches avec des personnes que l'on n'a pas choisies."

Cette dimension résonne particulièrement avec sa foi et son rôle de prêtre. "Je retrouve les mêmes qualités de service et de disponibilité en tant que médecin et prêtre, explique-t-il. Servir quelque chose qui nous dépasse est commun aux deux métiers."

Deux formations suivies à l'unisson

Pendant douze ans, ses formations de médecin et de prêtre ont cohabité. "C'était un défi", admet le jeune prêtre. Notamment pour trouver le temps de prier et d'aller à la messe, en parallèle de son internat. Alors, une fois ses études de médecine terminées et sa thèse soutenue en 2021, il a ressenti un certain soulagement. "J’ai pu me consacrer entièrement au séminaire. J'ai passé trois ans à Rome. Ces années m'ont permis de me concentrer sur ma vocation à la prêtrise. La période du séminaire est censée être un temps de prise de distance, bonne pour le discernement. Mais j'ai ressenti comme un éloignement avec l'hôpital et avec les patients alors qu'ils m'apportent beaucoup de choses. Il me manquait des gens pour qui prier."

Si le médecin traite essentiellement des pathologies bénignes dans son service d'immunologie clinique, il porte souvent dans ses prières des patients qui l'interpellent. "En tant que prêtre, lorsqu'on célèbre la messe, nous prions forcément pour des situations difficiles qui nous sont partagées, confie le jeune prêtre. Je ne le fais pas toujours consciemment mais certains patients occupent mon attention."

Son activité médicale et la prêtrise ont grandi ensemble. "Mon objectif est d'en faire une seule vie. Pour l'instant, cela fonctionne car ces rôles ont une cohérence." Ordonné prêtre le 28 juin 2026, après treize années de séminaire, il sera vicaire et épaulera le curé chargé de la paroisse. Ce travail, il l'exercera du mercredi au dimanche. Les deux autres jours de la semaine, Charles Midol revêt sa blouse de médecin, comme il le fait actuellement. Le lundi, traditionnellement jour de repos des prêtres, lui l'utilise pour travailler. "Je dois faire des sacrifices en matière de temps", souffle-t-il. Le mardi, après sa journée de travail, il assiste à une messe à la bougie à l'université catholique de Lille.

À la rentrée, il sera aumônier des étudiants au sein de cette université. Le prêtre les accompagnera dans la pratique de leur foi. "Je constate déjà que les étudiants en santé se posent des questions sur la façon de lier leur foi à leur futur métier, analyse Charles Midol. Beaucoup se demandent comment choisir un métier qui résonne avec leurs convictions et valeurs." De par son expérience, le jeune prêtre espère les guider.

Exprimer sa foi au travail

Pour trouver une unité entre ses deux activités, il veille à rester pleinement prêtre dans son activité médicale, notamment en travaillant dans un hôpital catholique. Doté d'une chapelle, l'établissement organise parfois des moments de prière avec les soignants. Une opportunité appréciée par les professionnels de santé qui peuvent parfois manquer de temps pour exercer leur foi à cause de leurs obligations professionnelles. D'autant plus pour Charles Midol qui a fait de la prière un pilier essentiel de sa vie.

Par-dessus sa blouse, il peut revêtir son col romain. "Je trouve ça important de montrer la présence de l'Église auprès de personnes qu'elle ne rencontrerait pas, par ailleurs", se réjouit Charles Midol. Le port du col romain suscite des échanges avec une partie de ses patients. "Certains me demandent, souvent à la fin d'une consultation, si je suis prêtre, remarque le trentenaire. Je trouve ça intéressant car dans une relation de médecin à malade, c'est souvent le premier qui pose les questions. Là, ça leur donne l'occasion de m'en poser. Je trouve ça beau."

Le jour de son ordination, Charles Midol s'est réjoui de voir quelques-uns de ses patients assister à la cérémonie. "Ça m'a beaucoup touché, s'émeut-il. Cela montre que j'ai réussi à créer une belle unité entre mes deux métiers." Chose qu'il a cherché à faire dès le début de son séminaire. "Les professions de santé ont le sens du don et du service en commun. Ce sont des caractéristiques qui résonnent avec ma foi. Mes rôles de médecin et de prêtre se nourrissent l'un l'autre." Si sa foi n'a aucune influence sur sa pratique professionnelle, d'un point de vue technique et scientifique, elle modifie son approche humaine. "Elle m'apprend à être davantage patient et à l'écoute car je ne le suis pas forcément de nature", admet le jeune prêtre.

L'Église a toujours encouragé le jeune homme à poursuivre ses études de médecine. "Cette activité médicale, je la perçois comme une mission, un envoi de l'Église, affirme Charles Midol. Je ressens un appel profond pour l'hôpital dans lequel je travaille. L'équipe avec qui je m'investis m'a beaucoup apporté humainement et professionnellement et parce qu'il y a une place pour la foi." Cependant, le prêtre assure que sa mission première reste la prêtrise. "Un jour, je ne serai peut-être plus médecin" conclut-il.  

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