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Fraude et annulation : retour sur le scandale du concours de l'internat de 1995
Alors qu’une lettre anonyme dénonçant des fraudes lors des Ecos a suscité une vive polémique ces dernières semaines parmi les étudiants en médecine, un précédent existe. En 2000, les résultats du concours de l'internat de 1995 ont été annulés. Les prépas de l’époque auraient eu vent des sujets, informant ensuite leurs étudiants.
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L’affaire, qui n’est pas sans rappeler la suspicion d'irrégularités et de fraudes aux Ecos 2026, avait fait grand bruit en 1995. Cette année-là, plus de 5 000 étudiants en sixième année de médecine se présentent au concours de l’internat. A la clé, seulement 2 000 postes dans les spécialités médicales et chirurgicales (hors médecine générale). Mais quelques mois plus tard, le doute s’installe : des soupçons de fuite sont révélés. Une requête est alors déposée auprès du Conseil d’État pour annuler les épreuves. Les rumeurs seront confirmées cinq ans plus tard.
On est en juin 1995, plus de 5 000 étudiants en médecine planchent sur les épreuves du concours de l’internat. "A l'issue des épreuves, un candidat m'a confié qu'il savait que les sujets 'acné' et 'traitement de la douleur par morphine' allaient tomber à l'internat. Il me raconte que, lors d'une conférence organisée par un cours privé, émanation d'un grand laboratoire, un professeur a insisté sur ces deux sujets, disant qu'ils allaient tomber au concours", relatait Roland Seif, auprès du Parisien en 2001. Le candidat - qui a obtenu son concours - avait alors porté plainte pour suspicion de triche. Plainte qui a débouché sur une information judiciaire ouverte en janvier 1996 par le parquet de Paris et confiée à la juge d’instruction Anne Demortière. En avril, la procédure se poursuit : une requête est déposée auprès du Conseil d’État pour obtenir l’annulation du concours.
A cette époque, le concours de l’internat de médecine est séparé en deux zones, Nord et Sud. Il est le seul moyen d’accéder aux spécialités, seule la médecine générale n’est pas encore considérée comme une spécialité. Au total, plus de 400 sujets peuvent tomber le jour J. Un tirage au sort est effectué en amont par le Centre national des concours d’internat (CNCI) pour sélectionner 30 sujets (10 pour le concours Nord, 10 pour le concours Sud et 10 en réserve).
"En 1995, Roland Seif avait été averti que les sujets de 'dossiers' sur lesquels il avait planché avaient été annoncés lors d'une séance de préparation à l'examen organisée par le laboratoire Servier - acné, et traitement d'une douleur néoplasique. Il découvre qu'un autre sujet tombé au concours - maladie de Vaquez - leur a été donné en examen blanc. Du côté d'un autre laboratoire - Hoechst -, autre conférence, même coïncidence : deux sujets du concours sont donnés en examen blanc - acné encore, et péricardite. Comment ces laboratoires, qui se vantent d'offrir 100 % de réussite à leurs poulains, ont-ils pu faire bonne pioche ?", interroge Libération dans un article de juillet 2000. "La probabilité pour que cinq bons sujets circulent est infinitésimale."
A y chercher de plus près, les dossiers tirés au sort sont également suspects : les concours Nord et Sud ont quatre sujets en commun. Et huit sujets font partie des 49 ajoutés en 1993. "Comme si l'ordinateur appréciait les nouvelles questions […] Cette fois, la coïncidence est impossible", pointe Libération.
Annulation des résultats
Au même moment, le comité scientifique et pédagogique du CNCI réagit pour démentir "formellement que des fuites aient pu intervenir sur des questions ou des dossiers d'internat". Pour autant, l’Agence de la presse médicale (APM) répond à Libération qu’en "fonction des sujets sortis, les membres du conseil scientifique et pédagogique voient s'ils sont adaptés au niveau des étudiants et au programme".
Le 29 mai 2000, cinq ans après les faits, le Conseil d’État invalide finalement le concours pour les 5 000 candidats : "Les délibérations par lesquelles les jurys des concours Nord et Sud de l'internat en médecine organisés en 1995 ont arrêté la liste des candidats admis sont annulées." D’après l’institution, les suspicions de Roland Seif sont fondées. Le tirage au sort est remis en cause : les sujets similaires pour le concours Nord et Sud paraissent improbables, tout comme piocher plusieurs sujets d’actualité.
En février 2001, Le Parisien annonce que "deux médecins ont été mis en examen le 31 octobre dernier pour 'fraude aux examens et concours de l’Etat'". Ces deux médecins sont le doyen de la faculté de médecine de Saint-Etienne et président du conseil scientifique du CNCI, ainsi que le secrétaire du conseil scientifique. "En effet, le tirage de 1995 a été effectué par [ce dernier] et une secrétaire. Les textes officiels prévoient pourtant la présence du président du conseil scientifique […] et du directeur administratif [...] Mais aucun de ces derniers n'a assisté au tirage au sort. Il est apparu également que les sujets retenus pouvaient, après coup, donner lieu à expertise, ce qui n'est pas non plus prévu par les textes", décrit Le Parisien. Les deux médecins poursuivis n’ont finalement pas été condamnés par la justice.
Que le système ait été faussé m'est insupportable
Mais cinq ans après avoir passé le concours de l’internat, la majorité des internes ont décroché leur diplôme. Certains sénateurs se sont emparés du sujet dès 2000-2001 en demandant au Gouvernement "quelles sont les conséquences pour, d'une part, les candidats, diplômés en 1995 qui exercent depuis et, d'autre part, les candidats non admis". Aucune réponse. Aujourd’hui, la validité du titre des quelque 2 000 spécialistes de la promo 1995 n’est pas remise en cause.
Quant aux recalés, en droit de demander réparation, en plus de Roland Seif, seuls quatre avaient lancé une procédure de demande d’indemnités pour responsabilité de l’Etat, selon Le Parisien. "Ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant l'argent du dédommagement que la volonté que cela ne se reproduise plus. L'internat est une magnifique idée : celle de la réussite au mérite et de l'égalité des chances qui permet aux meilleurs de choisir la spécialité médicale de leur choix. Que le système ait été faussé m'est insupportable", répondait Roland Seif au Parisien en 2001. Destiné à la cancérologie clinique, Roland Seif est devenu médecin généraliste, comme la plupart des candidats recalés. "Je suis arrivé 1 800e, on m'a proposé un poste de santé publique à Reims et j'ai refusé. Mon rêve s'est effondré à cause de gens malhonnêtes."
Plus de 30 ans plus tard, cette fraude avérée semble de l’histoire ancienne. Comme l’affirme un doyen ayant passé le concours de l’internat dans les années 90, "à l’époque, il n’y avait aucune charte d’éthique, de probité et donc beaucoup d’influence à droite, à gauche. C’était habituel". "On peut imaginer que […] le système est entièrement corrompu. Qui sait ?", résumait Roland Seif en 2001. Les suspicions de triche en 2026 font remonter les mêmes velléités. Aujourd’hui, c’est bien le Centre national de gestion, en charge d'organiser les Ecos, qui semble visé même s’il dément les éventuelles fraudes. Fin mot de l’histoire… dans 5 ans ?
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