sault

Village de Sault @Boris Stroujko/ stock.adobe.com

"Nous n'avons pas assez de médecins volontaires" : le bilan contrasté de la solidarité territoriale en Paca

Lancé à l’automne dernier dans cinq communes (Sault, Valréas, Villecroze, Lapalud et Roquestéron), le dispositif a été délégué localement par l’ARS à des structures de santé (CPTS, MSP, hôpitaux de proximité). Malgré le manque de volontaires, plusieurs centaines de consultations solidaires ont déjà été assurées dans la région, sans pour autant régler sur le fond la pénurie de médecins. 

26/03/2026 Par Sylvain Labaune
Déserts médicaux
sault

Village de Sault @Boris Stroujko/ stock.adobe.com

À Villecroze (Var), l’arrivée des médecins solidaires a été comme une bouffée d'air. Si deux généralistes sont encore en activité, ils ne prennent plus de nouveaux patients depuis longtemps. Depuis le lancement du dispositif, en novembre 2025, six médecins se sont portés volontaires, ce qui est loin d'être la norme ailleurs. A la mi-mars, 212 consultations solidaires avaient été réalisées. Un succès.

"À chaque venue des médecins solidaires, tous les créneaux sont pleins, au rythme actuel de deux journées de consultation par semaine, assurées par les différents praticiens qui participent au dispositif", explique Cindy Pugliese, coordinatrice de la CPTS Dracénie Provence Verdon, chargée localement d'organiser le dispositif. L'agenda est bouclé jusqu'à fin juin. Sur place, ils prennent en charge des patients sans médecin traitant ou avec un besoin de soins non programmés dans les 48 heures. "Le bénéfice pour la population est objectivement très réel."

Si le dispositif fonctionne à Villecroze, c'est aussi parce qu'il a été rendu attractif. Pour recruter, la CPTS ne s'est pas contentée de la plateforme nationale. "Au départ, deux premiers praticiens sont entrés via la plateforme, en répondant à l'appel national. Mais pour susciter plus d’engouement, j’ai relayé l’annonce sur les réseaux de remplaçants médicaux, et cela a fonctionné", explique Cindy Pugliese.

L'accueil des médecins a été pensé pour être le plus simple possible. Le cabinet est "prêt à l’emploi", avec un fonctionnement standardisé pour que chaque praticien puisse prendre ses marques rapidement. "Je suis partie un peu sur le même principe que Airbnb", décrit la coordinatrice de la CPTS Dracénie Provence Verdon. "Un kit d’accueil est fourni aux médecins pour qu'ils n’aient pas de mauvaises surprises en arrivant, avec des explications sur comment accéder au cabinet ou comment se connecter au poste informatique", poursuit-elle.

Si le logement est à la charge des médecins (avec toutefois une indemnité pour le financer), certains en profitent même pour rester quelques jours sur place. "Ils viennent le jeudi, le vendredi, et en profitent pour passer le week-end en famille", précise Cindy Pugliese. 

Cependant, la solidarité territoriale ne doit être qu'une "solution de dernier recours, un pis-aller, et elle n'a pas vocation à durer”, nuance la Dre Florence Zemour, présidente de la FMF Sud. Pourquoi ? "Car ce sont des médecins de passage qui, par définition, ne peuvent pas devenir des médecins traitants", rappelle-t-elle. Or il faut une "vraie continuité des soins" pour assurer un suivi de qualité. 

"Sans la solidarité territoriale, on ne s’en sortirait pas"

A Roquestéron (Alpes-Maritimes), les résultats sont un peu plus modestes. Sur place, l'organisation du dispositif a été confiée par l'ARS à la maison de santé de l'Estéron. L'objectif initial était d'avoir deux journées de consultation par mois. Au départ, un seul médecin s'est porté volontaire. "Le premier mois, en octobre 2025, nous avons eu quatre journées, puis quatre également en novembre, au rythme de 15 à 20 consultations par jour", explique le Dr Marcel Marcillon, président de l'association qui gère la MSP. 

Le dispositif a ensuite connu une interruption. Il doit reprendre en avril 2026 grâce à l'arrivée d'un nouveau praticien qui assurera au moins deux journées de consultation par mois. "Il a fallu faire une mise au point sur ce qu'il fallait rajouter dans le cabinet, en particulier la nécessité d’installer un logiciel partagé de coordination compatible pour les médecins solidaires", précise-t-il.

Malgré cette pause, le bénéfice est "réel" pour des habitants souvent en rupture de soins, assure Marcel Marcillon. "Sans la solidarité territoriale, on ne s’en sortirait pas. Nous couvrons un vaste territoire de 23 communes. Il compte trois médecins, mais tous sont pleins."

Un manque de médecins volontaires

A Lapalud (Vaucluse), le dispositif a été mis en route en décembre 2025, grâce à l'arrivée d'un médecin marseillais qui a tenu plusieurs permanences. "Il est venu trois fois par mois en décembre, janvier et février. A chaque fois, il a reçu entre 62 et 64 patients sur trois jours", rapporte Patricia Blanquier, présidente de la CPTS Nord Provence qui co-gère le dispositif à Lapalud. La commune a mis un appartement à disposition du médecin solidaire. 

"Malheureusement, ce médecin est absent en mars et avril car il est sollicité sur un remplacement ailleurs", précise-t-elle. Son retour à Lapalud est prévu à partir de mai. "Ce médecin a été absolument choqué du nombre de patients en rupture de suivi et porteurs de pathologies importantes et chroniques. Je pense que cela a décuplé son envie d'intervenir à nouveau chez nous", souligne Patricia Blanquier.

Deux médecins installés exercent encore sur le territoire de Lapalud, mais ils sont âgés et maintiennent leur activité le temps de trouver des successeurs. Et, comme ailleurs, ils n’acceptent plus de nouveaux patients. "Dans ce contexte, la population a été absolument rassurée de savoir qu’un nouveau médecin va pouvoir les recevoir à un moment donné", ajoute la présidente de la CPTS.

Cependant, le maintien du dispositif ne tient qu’à un fil puisqu'un seul médecin s'est porté volontaire à Lapalud depuis son lancement. "Dans un monde idéal, nous aimerions avoir assez de volontaires pour ouvrir trois jours de consultations par semaine", conclut Patricia Blanquier. 

À Valréas (Vaucluse), une douzaine de journées de consultation de médecins solidaires ont été organisées depuis décembre 2025, au sein de l'hôpital local. La municipalité assure la communication autour du dispositif et précise qu'il s'agit de consultations à destination de patients "sans médecin traitant".

"A Sault, personne n’est venu aux consultations"

À Sault (Vaucluse), le dispositif médecins solidaires n'a, à l’inverse, pas trouvé son public, explique le Dr Sébastien Adnot, généraliste à Carpentras et secrétaire adjoint de MG France. Une seule journée de consultation a réellement été assurée au tout début, en octobre 2025. "Un médecin est venu de Pertuis [Vaucluse]. Il a reçu 9 patients. Le deuxième jour, il n'y avait personne et les venues suivantes ont été annulées", rapporte-t-il.

Une situation ubuesque qui s'explique, selon Sébastien Adnot, par un mauvais zonage de l'ARS qui a identifié "à tort" Sault comme un territoire en tension. "La population locale n’est pas en rupture de soins, notamment parce qu’elle a pris l'habitude de se déplacer dans les communes voisines pour consulter."

Pour le représentant syndical, l'exemple de Sault illustre une limite importante du dispositif : "Le diagnostic initial - qui a permis de déterminer les zones d’intervention des médecins solidaires - n'a pas toujours été pertinent". Selon lui, ce mauvais ciblage s'explique par un manque de concertation avec les acteurs de terrain. "Ces zones ont été remontées sans concertation avec les professionnels de santé du terrain", pointe Sébastien Adnot, précisant que les CPTS disposent aujourd'hui de "diagnostics précis" en matière de démographie médicale.

Du côté de l'ARS Paca, on insiste sur le caractère encore expérimental du dispositif. "Il n’y a pas d'objectifs, par exemple, sur un éventuel nombre de consultations à atteindre dans la région", précise Augustin Viard, directeur des soins de proximité. "L’enjeu est pour l’instant que tous les sites soient opérationnels." Cependant, leur activité reste limitée par le nombre de médecins volontaires, reconnaît-il. "Nous n'avons pas assez de médecins volontaires pour faire tourner les cinq lieux en temps plein."

Quelques mois après son lancement, le dispositif médecins solidaires semble réellement utile à la population dans la plupart des territoires de Paca. Mais il reste très limité, à la manière d'une rustine sur un pneu crevé : il ne résout pas sur le long terme la question de l’accès à un médecin traitant. Surtout, il dépend fortement du nombre (encore trop faible) de médecins qui se portent volontaires. 

Faut-il réformer l'Ordre des médecins ?

Pascal LIGIER

Pascal LIGIER

Non

Comme dans toute organisation professionnelle, qu'elle soit syndicale ou autre, on trouvera toujours des abus avec des notes de fr... Lire plus

4 débatteurs en ligne4 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Décryptage Déontologie
Dépassements d’honoraires des médecins : "le tact et la mesure" à l’épreuve des abus
05/02/2026
29
Insolite
Pas d'adresse ni de téléphone... A Angers, ce cabinet qui accueille les patients sans médecin traitant est un...
22/01/2026
7
Concours pluripro
Maisons de santé
Arrêt brutal d'une expérimentation finançant 26 maisons et centres de santé qui luttent contre les inégalités...
04/02/2026
2
Enquête
"Ne plus en faire, c'est un deuil" : pourquoi les médecins renoncent aux visites à domicile
14/01/2026
31
Histoire
"Mort sur table" : retour sur l'affaire des "médecins de Poitiers", qui a divisé le monde hospitalier
15/12/2025
7
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2