Tests sérologiques : la prudence de la HAS masque-t-elle une pénurie de tests ?

05/05/2020 Par Dr A.Marceau
Infectiologie

A la lecture du communiqué de la HAS*, publié le 2 mai, la question mérite d’être posée. Car la position de la HAS est celle-ci : « La HAS appelle à la prudence quant à l’utilisation des tests sérologiques, qui ne peuvent aujourd’hui pas permettre d’établir un passeport d’immunité à des fins de déconfinement. » Pour la HAS, cette prudence s’impose par le manque de connaissances sur l’immunité développée par les personnes ayant eu le COVID-19 si bien que cette instance, qui rappelle à chaque occasion son indépendance, ne « les recommande (que) pour les enquêtes épidémiologiques, les diagnostics de rattrapage et la prévention de la circulation du virus dans les structures d’hébergement collectif. » Cette position est contestée par certains, dont Pierre Poindron, virologue, professeur honoraire à l’Université Louis Pasteur (Strasbourg). Pierre Poindron, sur son blog (2) rappelle que « les anticorps neutralisants, dans le cas des virus enveloppés, sont dirigés contre les projections superficielles du virus, et empêchent ce dernier de se fixer sur son récepteur cellulaire », conférant donc une protection immunitaire.

La structure spatiale du récepteur du SARS-Cov-2, à savoir le récepteur de l’ACE2, est désormais connue, de même que l’interaction, parfaitement modélisée, des spicules, ces projections superficielles insérées dans l’enveloppe membraneuse des Coronavirus, avec ce récepteur. Dans un article qui vient de paraître dans la revue Cell (3), les auteurs apportent la preuve que le virus suscite la production d’anticorps neutralisants qui réagissent avec une séquence appelée S, indispensable à la fusion de l’enveloppe virale avec la membrane de l’endosome. Pierre Poindron précise que « les auteurs détaillent la position des sites antigéniques spécifiques que l’on appelle les épitopes, et qui sont impliqués dans la production d’anticorps neutralisants. Très justement, ils concluent que la stimulation de réponses immunitaires humorales polyclonales sont susceptibles de prévenir l’émergence de mutants échappant à la neutralisation ». Et de conclure ainsi : « Dire que les épreuves sérologiques sont dépourvues d’intérêt pour détecter un état d’immunité est donc soit le fruit d’une ignorance incompréhensible, soit un mensonge destiné à masquer une triste réalité : nous n’avons pas assez de tests pour détecter l’état immun de nos concitoyens ». La position très évolutive que le gouvernement a adoptée vis-à-vis des masques, position semblant adaptée à la disponibilité de ceux-ci, suscite bien des interrogations. En sera-t-il de même vis-à-vis des tests sérologiques ?

Faut-il supprimer les ARS ?

Marie GILARDI

Marie GILARDI

Oui

Leur communication est opaque Ils ne comprennent rien au terrain Ils ont une logique comptable Ils ont et ont participé à la... Lire plus

10 débatteurs en ligne10 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Témoignage
"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn...
15/04/2026
21
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
15
Psychiatrie
"La caisse me réclame plus de 40.000 euros" : le combat d'un psychiatre pour des prescriptions basées sur les...
08/04/2026
20
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Déontologie
"On m'a sali alors que je n'ai fait que rendre service" : un médecin retraité jugé pour avoir continué à...
10/03/2026
0
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2