58 euros brut : le nouveau salaire horaire proposé par Braun aux médecins intérimaires

28/03/2023 Par Louise Claereboudt
Alors que les médecins intérimaires ont engagé un bras de fer avec le Gouvernement, dénonçant la mise en application de la loi Rist qui vise à plafonner leurs rémunérations dès le 3 avril, le ministre de la Santé a tenté hier d’apaiser le conflit.  
 

"Parce que je veux lutter contre les dérives de l’intérim cannibale qui déstabilisent nos hôpitaux, les tarifs des rémunérations des médecins intérimaires seront mieux encadrés dès lundi", a rappelé hier François Braun, en déplacement au CH d’Alençon, dans l’Orne. Alors que les médecins intérimaires sont vent debout contre la mise en application de la loi Rist, entrée en vigueur en avril 2021 mais jamais vraiment appliquée, le ministre de la Santé s’est montré déterminé à faire respecter ce plafonnement. Mais face au risque de retrait massif de ces professionnels, qui dénoncent le mépris de l’Etat, le ministre a concédé une revalorisation de ce plafond, de l’ordre de 20%. 

 

Ainsi à partir du 3 avril – date de mise en application de la loi Rist – les médecins intérimaires seront payés 1 390 euros brut maximum pour 24 heures – soit 57,9 euros brut de l’heure, contre 1 170 euros brut pour 24 heures comme prévu initialement. Il s'agit d'une "remise à niveau par rapport aux revalorisations qui ont eu lieu pour les médecins hospitaliers sur la période", a justifié le ministère de la Santé à l’AFP. Les hôpitaux qui ne respecteraient pas ce plafond légal risqueront, à compter de cette date, des poursuites judiciaires. 

Vendredi dernier, le Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux (SNMRH) alertait sur le risque de mise en péril imminente d’au moins 70 établissements de santé. Plus d’une centaine de services seraient menacés de fermeture, faute d’avoir pu recruter d’intérimaires au tarif de 1 170 euros. Le "coup de pouce" du Gouvernement pourrait-il faire changer la donne ? Rien n’est moins sûr. Le syndicat ne se montre en tout cas pas satisfait. Dans un message posté sur Twitter, il dit refuser toute "négociation" et réclame "l’abrogation" pure et simple de la loi Rist, qui "méprise les médecins et met en danger des milliers de patients". 

Dans un entretien accordé à franceinfo, le président du syndicat, le Dr Éric Reboli, a estimé que 1 390 euros brut pour 24 heures était un montant trop juste. Cela reviendrait, selon lui, à moins de 40 euros net de l’heure. "On nous demande d'aller dans des établissements qui sont en difficulté, où on remplace un, voire deux médecins à la fois", justifie l’urgentiste pour qui les "mercenaires" pointés par Braun sont "des exceptions". "Il y a 10 000 à 12 000 intérimaires en France environ, nous ne sommes pas 12 000 à gagner 6 000 euros par garde", assure-t-il, précisant qu’il touche en moyenne 1 500 euros pour 24h. "Si on déduit les congés payés et la précarité, cela représente la somme de 50 euros de l'heure. Pour un médecin au niveau bac+10, ça me parait honnête comme salaire." 

 

Un coup de pouce sur la prime de solidarité territoriale 
Lors de son déplacement, le locataire de l’avenue de Ségur a également annoncé la revalorisation de la prime de solidarité territoriale, qui s'adresse aux praticiens hospitaliers qui acceptent de venir en aide à un hôpital en difficulté de la même région. Le montant des primes de solidarité territoriale sera fixé par l’Agence régionale de santé. Mais, a précisé François Braun, un médecin intérimaire venu d’un hôpital de la même région pourrait toucher "jusqu'à 2 200 euros brut" pour 24 heures le week-end et "1 700 euros brut" pour 24 heures pendant la semaine. 

[avec AFP et franceinfo]

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