"Ce passage en pharmacie, 3 ou 4 étoiles ?"

09/05/2023 Par Karen Ramsay
L'actualité socioprofessionnelle vue par Karen Ramsay, rédactrice-en-chef du pôle magazines ("Egora-Le Panorama du médecin" et "Concours pluripro") à Global média santé. 

 

Etoiles

À la veille d’un voyage en avion avec son fils de trois ans, une jeune femme se présente en pharmacie. Elle souhaiterait une solution de réhydratation à glisser dans sa valise pour parer à tout incident. Le pharmacien, tout sourire, répond à sa demande explicite tout en lui conseillant divers produits pour compléter l’arsenal thérapeutique. Sur le comptoir s’accumulent gommes à mâcher, sirops et autres petites fioles "indispensables"… D’un geste presque désinvolte, l’homme lui glisse également une carte de fidélité garantissant une réduction de 25% sur le deuxième produit acheté, le cumul des points lors de ses visites et un accès aux "bons plans" grâce à leur newsletter. La proposition gentiment déclinée, et la solution de réhydratation glissée dans son tote bag, la jeune femme tourne les talons mais est interpellée à nouveau par la blouse blanche, l’invitant cette fois à laisser un avis sur Google… Ce passage en pharmacie, 3 ou 4 étoiles ? L’anecdote pourrait faire sourire si elle ne disait pas l’envers du comptoir officinal qui se plie, de plus en plus, à ce système de notation fait de grands éloges et de petits reproches. Et tandis que l’internaute, souvent anonyme, s’amuse à distribuer les bons et les mauvais points, la pharmacie joue au service après-vente. Des 627 avis déposés sur cette pharmacie parisienne qui affiche une note de 4 sur 5, la plupart sont commentés par le "propriétaire" qui remercie les gentils et récuse les mécontents. Certes, le phénomène est connu mais sommes-nous aujourd’hui réduits à évaluer les soins prodigués, l’accueil reçu, le diagnostic posé à coups d’étoiles – comme le pouce sur les réseaux sociaux – et à régler ses comptes sur l’espace public ? Le patient est-il ce client qui aime, déteste, félicite, critique la prestation reçue ? Les soins sont-ils de simples biens de consommation et le pharmacien un bon commercial ? L’officine est un commerce dit de proximité mais le pharmacien n’est pas un commerçant comme les autres. Chaque jour, 4 millions de personnes se rendent dans une officine, et 18,9% des produits sont vendus hors prescription… À l’heure de l’automédication, l’achat de médicaments n’est pas un acte anodin. Il est toujours bon de le rappeler.  

 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Témoignage
"Ma concentration ne dépassait pas les 30 minutes" : médecin généraliste, elle raconte "l'enfer" de son burn...
15/04/2026
21
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
15
Psychiatrie
"La caisse me réclame plus de 40.000 euros" : le combat d'un psychiatre pour des prescriptions basées sur les...
08/04/2026
20
Maladies rares
Qu’est-ce que le syndrome de Moersch-Woltman, dont est atteinte Céline Dion ?
01/04/2026
14
Déontologie
"On m'a sali alors que je n'ai fait que rendre service" : un médecin retraité jugé pour avoir continué à...
10/03/2026
0
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2